Photo d’Ethan Weil sur Unsplash

Pourquoi les personnes vraiment sociales détestent aller en soirée

Quelques réflexions autour des relations sociales contemporaines.

Temps de lecture estimé : 6 minutes

Je viens de regarder une vidéo de School of Life aujourd’hui (Pourquoi les personnes vraiment sociales détestent aller en soirée). Le titre m’a interpellé parce que je me suis demandé si la réponse que j’avais en tête correspondrait à ce qui était présenté.

D’après Alain de Botton, l’idée d’être une personne sociable aujourd’hui est souvent assimilée à ceux qui trouvent de l’épanouissement et qui s’amusent en allant dans des fêtes ou des soirées.

Pour être considéré comme sociable par ses pairs, rien de plus simple, il vous suffit de vous retrouver dans une pièce avec des personnes que vous ne connaissez pas pour la plupart, qui dansent, qui rigolent, qui boivent et qui semblent s’amuser. Sans oublier la musique très forte qui empêche toute conversation sérieuse (« Qu’est-ce que t’as dit ?! »).

Si les soirées sont devenues synonymes de sociabilité, c’est parce qu’elles véhiculent indirectement l’idée qu’une véritable connexion pourrait nécessiter.

Pour bon nombre d’entre nous, les soirées représentent une occasion de rencontrer de nouvelles personnes, de sortir de sa routine sociale.

Les récompenses possibles ? Faire connaissance avec une personne qui vous sera utile (réseau), un potentiel ami (relation) ou partenaire potentiel (sexe, amour).

Si vous connaissez (de près ou de loin) 400 personnes (contacts Facebook) et qu’elles en connaissent 500 alors vous êtes en contact potentiel avec 20 000 personnes — soit 1 % de la population de Paris intra-muros.

Ajoutons que votre cercle social se constitue principalement des personnes se situant plus ou moins dans votre tranche d’âge, et vous avez une formidable représentation du potentiel de sociabilité que vous détenez.

Chacune de ses personnes détient une singularité qui leur est propre, mais ils partagent aussi des traits communs de notre nature humaine (envie, paresse, obsession de soi, conformisme, rigidité, veulerie, agression passive).

Bien entendu, vous ne pourrez pas vous entendre avec tout le monde. Les journées sont limitées et vous avez chacun votre feuille de route. Vos rêves, vos objectifs, vos aspirations, mais aussi vos doutes, vos angoisses et vos peurs.

Les soirées ne favorisent pas l’expression d’une véritable sociabilité

Alain de Botton nous dit qu’une vraie connexion entre deux personnes n’est jamais bâtie à travers quelque chose de chaleureux.

Une véritable sociabilité est le résultat de se rendre vulnérable avant l’autre personne en révélant ce qui est cassé, perdu, confus, tourmenté et douloureux en nous.

Nous bâtissons une véritable connexion lorsque nous osons partager des pensées sincères et sensibles. Nous nous faisons de véritables amis à travers le partage d’information et d’épreuves authentiques (accident, mauvaises nouvelles, échecs), soit une vérité dont l’autorité ne peut être contestée. C’est en évoquant ce genre de sujets que nous pouvons témoigner de la qualité réelle d’une relation amicale.

Si vous vous retrouvez à la rue du jour au lendemain, quelles seraient les personnes prêtes à vous porter assistance ? Quelles seraient les personnes qui vous apporteront un soutien inconditionnel dans les moments difficiles ? Et quelles sont celles qui viendront vous voir après un accident grave ?

La vraie sociabilité nécessite un contexte

Dans notre société occidentale, mieux vaut se montrer impeccable en toutes circonstances pour ne pas risquer de se retrouver rejeté.

Nous apprécions être en contact ou être assimilés à des individus puissants, influents, intelligents et considérés comme prestigieux ; c’est une question de statut social.

Seulement, nous avons tous une part d’ombre. Des frustrations qui nous empêchent d’avancer, des peurs qui nous empêchent de nous exprimer, des angoisses qui paralysent toute initiative de développement personnel.

C’est ainsi que nous contestons notre propre vérité en portant un masque social et qui cache ce que nous sommes réellement à ce moment.

Nous basculons dans un mode par défaut et une force sinistre nous pousse à montrer ce qui a de plus valorisant en nous tout en occultant ce qui se passe vraiment dans nos vies. Un rapide coup d’œil dans votre fil d’actualité Facebook achèvera de vous convaincre.

Favoriser un contexte d’ouverture

Cela veut dire que les véritables occasions de socialiser peuvent être différentes de ce que l’on envisage. Nous pouvons penser qu’un bon hôte est quelqu’un qui s’assure qu’il y a suffisamment à boire ou qui s’assurer de connaître le prénom de chaque personne.

Mais, dans un sens profond, un bon hôte, c’est quelqu’un qui crée les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent commencer à se sentir en sécurité à propos de ce qu’ils sont véritablement. Une bonne zone de sociabilité devrait alors favoriser un espace dans lequel les connexions peuvent se dévoiler.

Les fêtes et les soirées telles qu’elles sont actuellement structurées, constituent des zones artificielles de sociabilité. Personne n’affiche sa véritable nature, tout le monde joue les faux semblants et il n’y a pas de réelles possibilités d’établir un contact authentique avec une personne.

Combien de personnes avez-vous rencontrées dans des soirées ? Quelles sont celles que vous avez revues ? Et quelles sont celles avec qui vous avez établi un véritable lien ?

Deux excès à éviter

Aujourd’hui, il est facile de faire de nouvelles rencontres, d’accueillir des milliers d’hôtes dans sa vie. Ces passagers n’offrent aucune consistance, ils ne favorisent pas les bonnes conditions que nécessite toute entente cordiale.

« Ce qui ne doit se confier qu’à l’amitié, certains hommes le racontent à tout venant ; toute oreille leur est bonne pour y décharger le secret qui les brûle ; d’autres, en revanche, redouteraient pour confidents jusqu’à ceux qu’ils chérissent le plus, et, s’ils le pouvaient, ne se fieraient pas à eux-mêmes : ils refoulent au plus profond de leur âme leurs moindres secrets. » — Sénèque, Lettre 3

Ceux qui se livrent à tous sont dans une mobilité toujours inquiète et déstabilisante. Ceux qui ne disent rien sont dans une continuelle inaction qui confine à l’énervement et au marasme. Ces deux excès sont à éviter.

Le problème des relations contemporaines

Malheureusement, le monde moderne semble particulièrement réticent à toute prise de recul, de profondeur et de temps long. Les amitiés se font et se défont au gré des humeurs. Vous n’aurez pas deux fois la chance de faire bonne impression, c’est un marqueur social indélébile.

Un « oui » enthousiaste la veille peut se traduire en « peut-être » dès le lendemain. Un malentendu peut briser des années de confiance. Des absences répétées peuvent vous faire passer pour mort.

Rien n’est plus instable que des relations portées par le feu des émotions. Par définition, une émotion est une agitation passagère, un trouble, une réaction en réponse à un sentiment vif et c’est toujours à court terme. Une émotion est toujours en mouvement, comme une vague.

Les réseaux sociaux détruisent toujours plus ce tissu social en exacerbant des instincts très profonds (statut social, estime de soi, accomplissement, envie). Nous sommes invités à nous comparer en termes d’intelligence, d’argent, de sang-froid, de réussite sociale.

Cela alimente naturellement des frustrations. On se demande « Pourquoi lui ? » On attribue cette réussite à la chance, au réseau, on espère que cela ne durera pas. Pour ceux qui manquent de confiance en eux, cette envie se transforme en rancœur — un ressentiment tenace que l’on garde à la suite d’une déception ou d’une injustice.

La personne ayant déclenché cette envie devient une cible à laquelle des frustrés veulent agir pour ruiner sa bonne fortune. L’envie est une émotion négative et désagréable. Elle pousse rapidement à cultiver du vice, à projeter sur l’autre besoins affectifs et désirs inassouvis, et a ne pas voir son interlocuteur pour ce qu’il est vraiment.

Nul besoin d’être misanthrope ou isolé pour sentir que ce qui se passe dans une fête ne constitue pas une réelle occasion de nourrir une rencontre authentique avec autrui, mais plus une occasion de se montrer « sociable ».

Si nous avons une horreur persistante des fêtes, nous devrions être généreux envers nos intuitions et nos pressentiments.

Cela ne signifie pas que nous n’apprécions pas les autres personnes, mais plutôt que nous avons une trop grande ambition, voire trop bonne opinion, du contact social pour supporter ce qui est proposé dans la plupart des fêtes.

Comme le disait Sénèque, avant d’être un ami, soyez juge. Choisir un ami réclame du temps car il s’agit de sélectionner les rares personnes qui feront partie de votre cercle intime : ceux en qui vous avez autant confiance en eux qu’en vous-mêmes.

Je préfère mille fois discuter avec quelques personnes pendant des heures plutôt que d’aller dans une soirée pour tenter de nouer des relations superficielles, fragiles et qui ne reposent sur aucune fondation saine.


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