L’énergique Solar Sound System fête ses vingt ans

Déjà vingt ans de Solar Sound System, l’occasion pour Makery de revenir sur l’épopée du projet avec le fondateur Cédric Carles.

Publié le 11 mars 2019 par Ewen Chardronnet sur Makery.info

A partir du 21 mars 2019 avec un premier rendez-vous de 20 heures de stream sur la Radio 3S et une fête à la Station E à Montreuil, le Solar Sound System proposera cette année une série d’événements pour célébrer vingt années d’existence. Entretien fleuve réalisé le 4 mars 2019.

Solar Sound System
Cédric Carles sur la scène solaire du Festival Terre du Son à Tours en 2012. © Rubens Ben

L’aventure Solar Sound System a commencé à Lausanne, peux-tu nous raconter comment tu en es venu à fonder ce projet ?

« Je débarque pour la première fois à Lausanne en 1998, au départ dans des espaces plutôt alternatifs. A cette époque je suis en école de design à Orléans et je m’intéresse beaucoup à l’écologie, au recyclage de matériaux, aux changements de modes de vie. A tel point que je me mets à regarder beaucoup ce qu’il se passe en Afrique, à Dakar notamment, un contexte que je rencontre par une exposition de designers africains qui questionne l’économie de matériaux, le recyclage. Je suis à l’époque proche de gens de l’école comme le collectif La Cellule, qui amène déjà une réflexion critique sur les technologies et la consommation, cela malgré des enseignants qui ne nous comprennent pas toujours. Je m’intéresse aussi à l’obsolescence programmée, une expression qui commence à circuler, et c’est là que je rencontre des gens de Lausanne extrêmement actifs dans des lieux alternatifs, des squats reconnus par la ville, avec pignon sur rue, et qui sont déjà dans le solaire thermique sur le toit, le photovoltaïque, qui font de la récup’ alimentaire avec les maraichers, les industriels du pain voisins, qui sont déjà dans des circuits courts, dans ce que l’on appelle aujourd’hui l’économie circulaire ou la fabcity. J’y fait plusieurs séjours et y trouve un mélange de personnes très activistes, de vegans et d’antispécistes qui parlent de l’impact écologique de l’alimentation, mais aussi d’universitaires, d’ingénieurs, d’associations de prototypistes qui sont plus âgés et qui apportent des réflexions vraiment intéressantes.

Le Solar Sound System en extra aux Nuits Sonores 2014 à Lyon © 3S
Solar Shelter / scène solaire au festival Rain Forest à Fontainebleau en 2016 © Rubens Ben

Comment se traduit ta formation de designer une fois là-bas ?

« Je sais qu’il faut que je continue à me former sur les questions écologiques et climatiques, sur l’énergie et dans les domaines techniques en lien avec l’écologie. J’ai soif de matière sur ces sujets. Je vais notamment participer à une formation continue de l’EPFL / Université de Lausanne sur le passage aux énergie renouvelables et qui propose aussi des modules introduisant la question des limites du système-Terre. Une rencontre importante à ce moment-là est celle d’Olivier Jolliet, un chercheur qui réalise des calculateurs d’écobilans en Suisse. Cela m’apporte énormément de nourriture intellectuelle et me reconnecte avec des questionnements de designer sur nos modes de vie non soutenables, notre consommation quotidienne, l’impact de l’énergie grise, celle qu’on ne voit pas, dont personne ne parle, alors qu’on peut agir de suite dessus en consommant plus intelligemment. A ce moment là, je vais aussi travailler dans la pose de panneaux solaires sur les toits pour comprendre comment cela fonctionne dans le concret. Je vais suivre des cours auprès de l’Ader (l’Association pour le Développement des Energies Renouvelables) pour savoir construire son propre régulateur d’énergie pour le solaire. Entre les panneaux et les batteries, il faut des régulateurs et je veux comprendre comment cela se construit en mode DiY. Je suis fasciné par le fait de pouvoir faire de l’électricité avec de la lumière, ce sont les prémices de la création du projet Solar Sound System.

L’atelier de l’Ader Sévelin dans les années 2000 à Lausanne. © ADER

Donc c’est l’écosystème militant écologique suisse qui va faire naitre le projet ?

« Il faut comprendre que Lausanne est très en avance sur ces questions, notamment à cause de l’accident nucléaire de la centrale de Lucens en 1969 qui se trouvait à une vingtaine de kilomètres de la ville. Un des lanceurs d’alerte important sur la question fut par exemple Pierre Lehmann, un ancien ingénieur nucléaire qui avait travaillé sur le chantier de la centrale au début des années 1960 avant de devenir extrêmement critique du projet. Après l’accident, Lehmann et deux de ses collègues vont créer en 1971 la SEDE, la Société d’Etude de l’Environnement, un peu pour mesurer l’impact de l’accident. Il va ensuite multiplier les études et recherches et devenir un grand promoteur de la décroissance et contribuer au développement de l’Ader. Pierre a notamment beaucoup travaillé avec l’Ader sur les questions de décentralisation des énergies et fait des scénarios sur l’autonomie énergétique communale pour la confédération.

« On peut signaler qu’une étude de 2012 sur Lucens a relevé la présence de strontium et que l’accident est considéré comme parmi les dix accidents nucléaires civils mondiaux les plus graves. Je me souviens que quand on en parlait à Lausanne les gens n’étaient pas au courant. Aujourd’hui une page Facebook « Remember Lucens » s’applique à faire en sorte qu’on oublie pas l’affaire et la caverne contaminée qui est toujours bien là. Il existe une interview vidéo que l’on a réalisé où il raconte tout cela.

« Les géologues avaient dit à l’époque que la caverne suinterait dans 50 ans, et bien 50 ans plus tard (l’accident à eu lieu le 21 janvier 1969, ndlr) on peut dire qu’ils ne se sont pas trompés.

La caverne de la centrale de Lucens

Et donc comment prend forme concrètement la dynamique autour du Solar Sound System ?

« En Suisse il y a plusieurs fois par année des référendums d’initiative citoyenne et en 2000 les habitants sont sollicités sur un référendum « pour l’introduction d’un centime solaire », pour instaurer une nouvelle taxe indexée de 0,1 centime par kilowattheure à la consommation pour toutes les formes d’énergie non renouvelables, avec une redirection vers le renouvelable, dont la moitié pour le solaire. Pour le mouvement écologiste c’est une opportunité énorme et nous nous engageons pleinement dans la campagne pour le « 3 fois Oui ». À cette époque on fréquente beaucoup les rave parties, et je me mets à penser qu’un sound system alimenté en solaire de manière autonome est, en plus de pouvoir faire des raves, un bon moyen de faire la campagne pour le oui. On va recevoir pour cela un peu de soutien des verts suisses, du WWF, de Greenpeace avec qui on partage des locaux, mais plus particulièrement du fondateur de La Bonne combine, François Marthaler, qui dirige aussi le bureau d’ingénieurs en ressources et construction durable (le Bird). À l’époque Marthaler fait beaucoup de conférences sur l’obsolescence programmée, du fait qu’avec La Bonne combine c’est un pionnier du recyclage et de la réparation, de machines à laver, de grille-pains, etc., qui a imaginé un système qui remet des garanties sur les objets réparés. François Marthaler est un visionnaire et va nous sponsoriser les premiers équipements, les déplacements camion, etc. C’est lui qui va permettre d’accélérer le projet. On construit le Solar Sound System avec l’Ader et on va donc monter le sound system sur une charrette de postier et l’amener sur des stands de la campagne, à Neuchatel, Genève, Montreux, Lausanne, etc.

Et la conclusion de la campagne ?

« Malheureusement le centime solaire va être repoussé, mais dans notre milieu activiste et festif, des squats, etc., il y a beaucoup de gens qui aiment organiser des fêtes, les fabriquer, mixer dans des endroits de fou, et qui vont nous dire, « c’est cool ce truc, il faut que cela continue ». Au début on n’a pas vraiment d’étiquette, pas vraiment de nom, on ne cherche pas à être trop visible, jusqu’à qu’on commence à nous appeler pour faire Art Basel, des performances, des fêtes, en France aussi. De fait on sort de l’ombre et le système prend le nom de Solar Sound System. On se rend aussi bien compte à ce moment-là que le soleil c’est super, mais que cela ne marche pas tout le temps, donc pour avoir un système qui reste autonome H24, on installe également des vélos générateurs dessus. On est vers 2004, et à ce moment là on ouvre un MySpace, on pérennise des collaborations, comme avec Tony Light, un pionnier du chiptune et de la micromusique qui nous invite à Milan à jouer au Politecnico pendant le salon du design, puis au Synch Festival en Grèce, où on performe où on veut quand on veut dans Athènes et dans le festival. Tony Light est un mec du mythique collectif italien Otolab, un des concepteurs du LepLoop, une petite beatmachine qu’ils ont développé en DiY au fil des années (LEP pour Laboratorio Elettronico Popolare, ndlr) et qui connaît aujourd’hui un bon succès. On tourne beaucoup en Suisse aussi, à Zurich, à Berne, avec la scène genevoise, dans les montagnes, au Montreux Jazz Festival.

Fred 34m2 sur le Solar Sound System à Lausanne © 3S

Vous poursuivez votre engagement militant ?

« Oui, en parallèle des activités musicales, qui sont aussi une forme de démonstration concrète de l’autonomie, on devient très actif dans l’éducation à l’énergie. C’est impulsé par le fait qu’en 2001 on va récupérer l’exposition énergie et climat de l’EPFL, avec la volonté de la faire tourner un peu partout. C’est là que je rencontre Martine Rebetez, une experte du GIEC qui travaille à Lausanne et qui nous montre ce qui nous attend en terme de fréquence et d’accélérations d’évènements climatiques extrêmes. Je réalise à l’époque un truc qui fait l’effet d’un coup de marteau et qu’on appelle aujourd’hui effondrement ou collapsologie.

« De cette exposition, les posters, maquettes, etc., devaient partir à la poubelle, ce qui n’était pas logique en matière d’énergie grise, surtout que j’avais insisté pour créer un chapitre sur ce sujet. L’EPFL donne son accord et on montre d’abord l’exposition au Salon du Livre de Genève. On prend conscience avec cette première expérience que son déploiement pour une seule occasion est compliqué et trop couteux, ce qui nous pousse à imaginer une solution qui passe par la conception d’un camion itinérant, un peu façon « c’est pas sorcier ». L’Ader va une nouvelle fois nous soutenir, nous héberger dans ses locaux, nous donner du crédit et nous aider à trouver des financements grâce à leur réputation de 20 ans. On récupère un vieux Mercedes 509D en semi-remorque, une ancienne bétaillère tout aluminium et au toit transparent. On va le retaper, y compris la carrosserie. On y intègre des panneaux solaires souples, une installation solaire thermique, une éolienne, des maquettes de maisons solaires, le Solar Sound System, on fait de la cuisine solaire avec des paraboles, on diffuse la documentation de La Bonne combine, de la documentation sur l’énergie grise. Notre bus roule à l’huile récupérée de friture, on promeut les agro-carburants, on a aussi un module de biogaz, un module de co-génération gaz/électricité, des maquettes de maisons passives avec thermomètre, une caméra thermique… On intervient dans les écoles, on fait des dizaines de campagnes d’économies d’énergies, soutenues pas les Services industriels de Lausanne et de Genève qui sont les régies communales d’électricité et de gaz, comme il y en avait plein en France, avant la création d’ EDF à la sortie de la seconde Guerre mondiale. D’ailleurs, pour l’anecdote, il y a aujourd’hui un mouvement mondial de remunicipalisation des services de l’énergie, c’est aussi ça la fabcity !

« En 2004, sur demande du réseau Sortir du nucléaire, qui apprend l’existence de nos prototypes, on fera un tour de France des centrales nucléaires.

L’exposition itinérante. © ADER

Là vous franchissez la frontière…

« Le projet va en effet intéresser la France, notamment Alter Alsace Energies, Ajena Energie et Environnement dans le Jura, Prioriterre dans le 74 vers Annecy, ce qui va nous amener à penser un programme transfrontalier européen Interreg entre la France et la Suisse. C’est le programme EDEN (EDucation à l’ENergie), que je me retrouve à coordonner et qui va rassembler différents acteurs de l’éducation et de l’énergie dans la période 2005–2007, avec pour but d’échanger sur les approches éducatives menées de part et d’autres de la frontière franco-suisse, mutualiser et créer des outils pédagogiques communs, brochures, documents webs, maquettes, etc., mais aussi de mettre la main sous le capot, toucher et voir de près des panneaux solaires, les dépecer, montrer directement l’effet des photons, fournir des démonstrations très concrètes, jusqu’à manger du popcorn cuit au solaire.

Popcorns cuits à la parabole solaire. © ADER
Module sur roulette de panneau solaire thermique de l’ITEX. © ADER
Festival de la Terre, avec Greenpeace à Lausanne en 2007. © Cédric Carles
Graphisme pour le Solar Sound System en 2008. Module sur roulette de panneau solaire thermique de l’ITEX. © 3S

La démarche était d’avoir de la ressource autant tangible que chiffrée. Et donc, en parallèle des fêtes, le Solar Sound System va se retrouver dans des tas d’endroits différents, une cour de lycée, une foire bio, un festival, un IUFM, etc. Le sound system propose une ambiance décontractée autour de la musique et on discute beaucoup avec les gens, on diffuse de l’information de confiance, pour que les gens puissent faire le tri du durable sérieux de ce qui relève de projets opportunistes.

Solar Disco aux Grands Voisins à Paris en 2016 © 3S
IRIS, your escape, Central Harbour Front Event Space, Hong Kong 2018 © HXEARTWORK
Marche pour le Climat, Gan Meir, Tel-Aviv 2018. Lior Bap
Solar Sound System Berlin © Rubens Ben

En tant que coordinateur tu deviens un peu la locomotive dans tout ça ?

C’est vrai, mais un sound system ce n’est pas l’affaire d’une personne, c’est une énergie, une dynamique collective, donc on s’encourage, on se serre les coudes avec les équipes impliquées, et puis ce sont les rencontres, qui ont fait que le projet a perduré et qu’il a aujourd’hui 20 ans. Avant les années du programme EDEN on avait exposé par exemple le projet à la Biennale du Design de Saint-Etienne, avec notamment un vrai piratage sonore imprévu dans la halle d’exposition avec Tony Light et l’équipe de la boutique Snug Shop. On va collaborer avec Matt Black de Cold Cut le fondateur de Ninja Tune, faire plusieurs fois la Techno Parade, les Nuits Sonores, etc.

Le Solar Sound System à la Techno Parade 2014 à Paris, avec Matt Black de Ninja Tune :

Le Solar Sound System c’est une vraie sérendipité. Par exemple vers 2011, je rencontre Rubens Ben, un dj, photographe, digital nomad, sur une date du Solar sur les bords de Loire, un petit festival de bateliers écologiques de Loire, vu qu’on aime bien amener aussi le system dans l’esprit guinguette. Ce sera Rubens qui va ensuite monter l’antenne de Tel-Aviv.

C’est aussi dans cette période qu’on monte un projet à Bangalore en Inde avec l’équipe de Vialka qui avait déjà travaillé avec nous à Lausanne et qui ont beaucoup activé de projets du Solar. Ce sera le projet « Rock the Sun » avec l’organisation Jaaga qui travaille à Bangalore sur l’inclusion et l’architecture temporaire et qui mélange locaux et hackers, makers, artistes, etc. On s’aperçoit là-bas qu’ils ont régulièrement des coupures électriques, ce qui pose problème aux geeks et codeurs locaux, et de ce fait on leur conçoit un système fonctionnant avec un onduleur UPS (Uninterruptible Power Supply), stocké chez Jaaga mais également déplaçable dans des caisses (sono, table, onduleur, etc.) à seulement deux personnes. C’est un projet qui tourne toujours (blog et vidéo making-of).

Cédric Carles en montage du Solar Sound System à Bangalore en 2012. © 3S

Et l’installation d’Atelier 21 à Paris ?

Quand je reviens de Bangalore, le Solar Sound System parisien est à l’époque hébergé à Choisy-le-Roy par Bilum, une entreprise qui recycle des bâches, des gilets de sauvetage, des voiles de bateaux, etc., pour concevoir des accessoires, une vrai démarche d’économie circulaire très chouette. C’est là que je rencontre Thomas Ortiz, qui a fait un double cursus art et ingénierie matériaux à Grenoble, qui fait de la musique avec son frère Lucas Ortiz sous le nom Les Frères. Lucas officie aujourd’hui dans le groupe Ovhal 44. Avec Thomas on va travailler sur le recyclage d’une bâche de 5mx5m que j’avais ramené de la tournée du Solar en Inde et on va sympathiser et continuer à travailler ensemble. On s’embarque sur la création de l’association Atelier 21 avec Thomas et Rubens, pour élargir les activités, on va travailler sur les programmes de recherche sur la précarité énergétique et puis sur les Smart Grids de la Cité du Design, développer le projet de recherche Paléo-Energétique, qui donnera naissance à un kit de réemploi de piles alcalines avec RegenBox qui est un ancien brevet tombé dans le domaine public.

Thomas Ortiz avec le Solar Sound System au Château de Chantilly en 2017.

Ces projets parallèles qui racontent des choses sur la précarité énergétique ont aussi été rendus possibles par le fait que depuis que le Solar s’est installé à Paris, on a décidé de rationaliser les activités, de leur donner une viabilité économique plus pérenne. On avait fini par prendre conscience que malgré toutes les demandes à l’étranger, il y a eu beaucoup de choses qui n’avaient pas fonctionné comme on l’espérait, au Cameroun, en Haïti, au Brésil, qui manquaient de suivi. On s’est dit qu’il fallait un système plus cadré, qui s’appuie sur un réseau d’antennes. Aujourd’hui il y a une antenne à Berlin, une autre au Pays Basque, il y a toujours l’antenne de Lausanne, il y a celle de Tel-Aviv, on en a monté récemment une à Hong-Kong, il y a de la demande pour Boston, Singapour, l’Afrique, la Nouvelle-Zélande…

Avec nos petits moyens on essaye de sponsoriser des itérations, de les aider à cofinancer et construire leur sound system local, et si cela rapporte de l’argent, on encourage les membres du réseau à reverser de l’argent pour entretenir la radio 3S et nos développements tech sur les solars, soutenir la recherche. La radio a été créée il y a trois ans et pour rester cohérent elle est bien sûr hébergée à l’énergie solaire. Le principe est qu’on partage l’accès entre toutes les antennes et que chacun peut y poster des mixs, des track-lists, prendre la main et streamer en direct, etc. C’est aussi vu comme une bonne promotion pour les labels qui veulent diffuser sur nos ondes transnationales mais potentiellement aussi sur les sound systems du réseau.

Le Solar Sound System du Pays Basque à San Sebastian, Espagne. © 3S
Solar Wellness Session, Hong Kong 2018 © 3SHK
Solar Sunset Session, Charles Chlore Park, Tel Aviv, photographe inconnu.

En 2015 vous débarquez aux Grands Voisins ?

On quitte en effet Bilum pour s’installer dans la première version du projet des Grands Voisins. Cela nous a donné plus de visibilité sur Paris, et en ce sens le développement des antennes a été aussi rendu possible par des sponsors qui ont pu nous croiser sur cette expérience. On est aujourd’hui soutenu par la Fondation Schneider Electric qui a soutenu l’installation du Solar Sound System à Hong-Kong, qui soutient la radio, qui expose régulièrement avec nous la grande histoire des innovations énergétiques du projet Paléo-Energétique. Enercoop va nous soutenir aussi avec par exemple les Solar Disco.

Il faut voir aussi que l’époque a changé, jusqu’à présent on voulait conserver notre fonctionnement autonome, mais depuis il y a eu Fukushima, la COP21, on voit bien que nous ne sommes plus catégorisés péjorativement comme des alterno-écolos pour qui tout va mal. Donc cela nous permet aujourd’hui d’assumer des propos, de trouver des partenaires intelligents qui nous comprennent, d’aller assez loin, de montrer des modes de vie soutenables, de faire de la recherche, tout en continuant de mobiliser les communautés et stimuler la rencontre des acteurs via le Sound System. En ce sens ces dernières années et le passage aux Grands Voisins ont été une belle expérience de transformations.

Solar Disco 6 aux Grands Voisins en 2017, avec Deviant Disco. © 3S

Aujourd’hui vous êtes installés à Montreuil avec le projet Station E

Quand on apprend que le projet Grands Voisins va se resserrer on répond à un appel à projets d’Est Ensemble d’occupation de friches. On postule sur une parcelle au 236 rue de Paris à Montreuil. Sur la parcelle il n’y a rien, pas d’électricité, pas d’évacuation d’eau. On propose d’y installer notre système solaire dans des containers, nos dynamos et vélos, une phytoépuration. On est choisi, et on nomme le site Station-E, E pour Energie, pour ironiser sur la start-up nation peut-être, ou peut-être pour le E d’Effondrement aussi.

Une année auparavant on avait imaginé poser le Solar Sound System de Berlin dans un container autonome nommé Energy Station à coté de l’aéroport de Tempelhof où on était off-the-grid. C’est à l’image de ce qui nous porte, car depuis qu’on s’est engagé dans le projet Paléo-Energétique on creuse inlassablement dans les anciens brevets. Il y a trop de choses oubliées, de systèmes énergétiques qui ont disparu, parce qu’ils n’étaient pas forcément assez rentables dans leur époque, ou pas « scalables » comme on dit, dans les après-guerres, au moment de la crise du pétrole, etc. C’est fou ce que l’on peut inventorier dans le domaine de la cogénération, de l’éolien, du solaire thermique, des véhicules électriques, hybrides, avec des pépites lowtech qui remontent parfois jusqu’au 18ème siècle. Le livre Rétrofutur qu’on a travaillé collectivement est l’illustration de cette recherche.

Le Solar Sound System à La Voie est libre à Montreuil en 2015 © Rubens Ben

Tout ce champ a ouvert un travail important sur des typologies de sujet de recherche. On a par exemple été soutenu par la Fondation Bouygues Telecom pour travailler sur le focus crucial du stockage des énergies renouvelables. Comme elles sont intermittentes, il faut pouvoir avoir des stocks tampons pour pouvoir les redistribuer quand on en a vraiment besoin. Et si on avait la puissance d’un institut on irait d’ailleurs chercher de manière plus systématique encore dans les archives. On interagit avec des écoles et un réseau de bénévoles, on publie aussi des missions pour les universitaires. On pense en ce sens qu’il faudrait enseigner l’énergie à l’école, comme une matière transdisciplinaire.

L’énergie c’est le sang de nos sociétés, et avec le Peak Oil qui pointe le bout de son nez, nos sociétés sont entrées en récession. Il faut apprendre à sortir ou à gérer nos dépendances aux énergies, à penser résilience. Il y a d’ailleurs certainement des pistes à trouver avec des addictologues, encore un nouveau chantier de recherche qu’on serait impatient d’explorer !

Thomas Ortiz (à g.) et Cédric Carles (à dr.) présentant RegenBox lors du festival Machines-Energie en octobre 2016 à Marseille. © Zinc

Et donc la Station E c’est un prototype de micro-système résilient ?

Oui, la Station-E est, mine de rien, un point dans la ville où l’on sait que l’on peut venir pour écouter de la musique, recharger son portable ou ses appareils électriques, apprendre sur l’énergie, avoir de la lumière, sur un système autosuffisant en cas de coupure et alimenté en électrons verts par Enercoop. En milieux urbains connectés au réseau ce serait une aberration de dire qu’il faut utiliser des batteries, ce serait une aberration énergétique. Par contre le container bleu autonome Energy Station est le prototype d’un système qu’on avait imaginé un temps après la catastrophe aux Philippines, puis pour Berlin et qui postulait un container sécurisé qui pourrait résister à des tempêtes très puissantes, avec un système UPS, avec du wifi, un peu de telecom, un lieu avec des enceintes pour diffuser de la musique, du matériel pédagogique, les messages d’urgence, les discours du village, en autonomie complète, dans le cas où le reste des infrastructures énergétiques se serait effondré. Comme un groupe de secours en cas de soucis, cela peut paraître exagéré par chez nous, mais il y a plein d’endroits où cela aurait une réelle pertinence.

La Station E, au 236 rue de Paris à Montreuil, propose de l’énergie verte avec Enercoop © Enercoop

Et comment vous allez célébrer les 20 ans ?

On va organiser plusieurs événements cette année à commencer par le 21 mars un stream de 20h sur la radio, en commençant par Hong-Kong, puis Tel-Aviv, Paris, etc. On ouvrira pour l’occasion la station ce jeudi 21 mars, dès 10h et jusqu’en soirée, de manière à annoncer aussi la saison qui arrive.

Le 18 mai on participera au festival de l’Observatoire du partage. On veut faire des choses autour du partage des savoirs, axé sur les besoins vitaux : eau, énergie, alimentation et on accueillera le projet de supermarché coopératif La Caravane, un bar à graines, ainsi qu’une série de rencontres autour du partage de savoir pour plus de résilience, de l’agriculture DiY. Et puis comme l’effondrement est un vrai sujet aujourd’hui, on fera des rencontres sur les solutions concrètes pour savoir comment y réagir. On organisera aussi une semaine estivale pour les vingt ans, avec les présences physiques des équipes de Lausanne, du Pays Basque, d’un maximum de ceux qui ont fait le réseau Solar. Il y a de l’énergie collective autour du Solar, on veut la partager et il y en a d’ailleurs jamais eu autant.

Le site internet du Solar Sound System.

Publié le 11 mars 2019 par Ewen Chardronnet sur Makery.info

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