J’ai un problème dans ma vie : je veux faire Koh Lanta

J’ai souvent des envies qui tournent en obsessions. Par exemple, Koh Lanta. Ça fait des années que j’emmerde tout mon monde avec cette émission parce que j’ai passé six mois de ma vie à m’enfiler les 11 premières saisons. Comme ça, par pulsion. J’ai littéralement passé 6 mois à me faire livrer des pizzas et regarder Koh Lanta. J’aurais pu apprendre une langue, parfaire ma culture littéraire ou enfin apprendre à jouer du piano. Mais non j’ai préféré regarder Denis Brognart répéter les mêmes phrases pendant 14 épisodes, chaque saison.

Je crois je vais m’inscrire pour participer à Koh Lanta.

Quand je dis ça, tout le monde rigole et enchaîne les vannes. Faut dire que m’imaginer sur une plage déserte avec des gens qui me sont inconnus, sans bouffe, sans 4G, à devoir faire du feu et ramasser du bois, je comprends que ça fasse rire. Donc je m’inscris dans la tendance : je me fous bien de ma gueule. Je m’imagine en train de construire une cabane pour feinter que j’ai des compétences techniques alors que j’ai un niveau manuel déjà limité pour monter le jouet d’un Kinder Surprise. Vu comme ça, c’est sûr, je suis pas très vendeur. Alors si on ajoute qui je suis vraiment, c’est encore pire. Le jury il se réunit dès le premier épisode, et avant même d’atteindre la plage, je suis refoulé par le videur de Koh Lanta. Parce que pour un mec de 24 ans, j’ai un corps de lâche qui fait pas son effet 6 pack abdos à l’écran. En plus de ça, mon job est dans le jeu vidéo, et l’esport. Les compétitions de jeux vidéo, le truc le moins bandant du monde pour créer un casting de compétiteurs.

Donc si on résume : la seule chose que je sais faire avec mes mains c’est taper sur un clavier, je suis physiquement pas Florent Manaudou, et je dois à peu près aussi bien nager qu’il doit savoir compter deux par deux et lacer ses chaussures. Si on y ajoute le bonus de mon asociabilité, on obtient le candidat parfait pour faire les casseroles de l’émission. Dans l’idée, mon passage sur Koh Lanta pourrait se résumer à ça :

Mais alors vous savez quoi ? RIEN. A. FOUTRE.

Si j’écoutais tous ceux qui doutent, et si je m’écoutais à chaque fois que n’y crois pas, j’aurais jamais fait le quart de ce que j’ai réussi jusqu’ici. Parce que c’est bien mon arrogance de croire qui me permet aujourd’hui de profiter de toutes mes réussites. Car j’ai la volonté de me dire qu’à chaque fois que j’ai voulu j’ai pu. Et pouvoir ça ne veut pas dire réussir. Mais comme la phrase de beauf le veut : 100% des gagnants du LOTO ont tenté leur chance.

Je sais qu’une bonne partie de ma volonté de réussir c’est pour vous dire : alors, vous voyez ? Vous voyez, croire toujours et encore, me donne raison. Parce que le fond de la chose c’est que j’en ai marre de toujours entendre des discours pessimistes. Y a pas un putain de jour où j’entends pas quelqu’un se lamenter. Venez on arrête ça tous ensemble, là maintenant, et on se dit qu’on tente. Au pire on risque quoi ? Alors j’ai très envie de participer à un format de compétition où je suis dans la peau de l’outsider. Parce que depuis que j’ai plus rien à perdre, je ne fais que gagner. 
Oui c’est toujours la même merde Koh Lanta. T’as le gars qui s’est préparé pendant des mois dans son jardin en Ardèche en construisant des pièges, t’as la mère de 50 ans qui veut faire l’émission pour ses gosses et qui se fait bouger au premier conseil, t’as le FDP de 25 ans, agent immobilier à Paris et détesté tout le long de son aventure, et t’as l’escroc qui arrive à passer entre les mailles du filet jusqu’à la demi-finale. Mais est-ce qu’il y a déjà eu le gars qui a décidé de réussir juste parce que finalement la vie est belle, il suffit simplement de se le dire, et qu’il veut le prouver à tout le monde ?

Donc Denis, fais un effort stp et laisse moi tenter ma chance. Et si je me foire, que je fous le feu à la cabane ou que je file la chiasse à tout le monde en préparant un repas immonde, au pire on passera un bon moment. Et on retournera à la case départ : on se foutra bien de ma gueule, mais pour les bonnes raisons cette fois-ci.

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