Le syndrome de Truman

Depuis quelques années, certains scientifiques ce sont penchés sur ce qu’ils appellent le syndrome de Truman, un délire psychiatrique, parfois hallucinatoire, où tu as l’illusion d’être le héros involontaire d’un scénario de film.

Elle revient sans cesse cette musique. Jour après jour, nuit après nuit. J’ai construit mon Spotify autour de ces playlists de vie. J’ai ma routine qui consiste à les enchaîner à des moments précis. Par exemple, là, j’écris. Donc il faut absolument que Ludovico Einaudi m’accompagne, sinon je suis incapable d’enchaîner trois mots à peu prêt corrects. Pareil, si je vais au sport, je fais pas une pompe sans avoir un beat de Booba qui me pousse à soulever ma graisse. Et ça, c’est pas une habitude pour me faciliter quoi que ce soit. Tout doit être parfait, millimétré au poil de cul pour que si quelqu’un capte ce moment personnel il arrive à en comprendre toute l’importance que je m’en fais. Alors que bon, foncièrement, quand je marche dans la rue, au mieux je me fais accoster par une représentante d’association au gilet fluo, au pire je me fais chier dessus par un pigeon. Dans les deux cas, la communication entre les deux parties n’est pas super bien établie. Mais la BO de cet instant de vie doit être en parfaite correspondance. Au cas où.

Moi mes héros ils sont pas virils. C’est Sacha, c’est Harry Potter, c’est Luke Skywalker. C’est le moi enfant qui pourra jamais s’empêcher de s’émerveiller devant des histoires qui ont toutes la même conclusion : on braque tous les projecteurs sur un gars qui doit se démerder tout seul, qui progresse, qui galère, mais qui gagne toujours à la fin. Parce que son univers considère qu’il est le seul capable. Alors chaque instant de ma vie, je m’efforce à être meilleur que les autres, et pas forcément dans le bon sens. Je me rêve la force tranquille, facile mais travailleur, supérieur mais humble, imparfait mais toujours avec un temps d’avance. Et ça, c’est évidemment impossible. Alors ça créé des failles de partout, que je colmate avec du scotch dans l’espoir que ça tienne assez longtemps pour que j’ai pas à faire de vrais travaux.

Et tout ça, tout cet ensemble, me porte à croire que je vis dans un scénario que je suis moi même capable d’écrire. Mais dans cette histoire j’ai malheureusement oublié de laisser le personnage principal avoir de vraies défaillances qui font mal mais qui rendent réel. Alors je me projette. Trop. Tout le temps. C’est pour ça que je fixe aussi souvent le ciel, parce que c’est toujours ce qu’il y aura de plus haut que moi. Ça laisse rêveur de contempler la grandeur que tu n’auras jamais. Le souci, c’est que j’oublie de regarder les gens dans les yeux, parce que ça m’effraie de lire ce qu’ils peuvent penser. Pas que ça m’importe, mais ça ferait une grosse tâche sur mon scénario que je ne pourrais pas effacer.

Je me rêve Steven Spielberg, alors qu’au mieux, j’ai juste tourné un épisode de Plus Belle La Vie.

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