Merci, j’avais oublié comme c’était bon

Tous les jours on oublie un peu plus qui on était la veille. Je me souviens plus avoir été gamin. Quand tout était nouveau, que rien n’était fade. A chaque jour il y avait son lot de découvertes, de personnes, d’émotions nouvelles. Parfois ça me faisait grandir, souvent je comprenais pas. Je regrette pas cette période. Elle était dure. Comme quand t’avances à l’aveugle et que personne t’aide pour éviter ce putain d’angle de mur que tu tapes avec ton orteil. Tu pestes, tu te mords les lèvres pour pas (trop) hurler et insulter tout ce qui t’entoure. De cette période, je garderais surtout des cicatrices pour tout ce que j’ai forcé et qui a loupé.

Donc depuis j’ai fait le tri, j’ai rayé les mentions inutiles à ma vie pour le moment. Sûrement trop bouleversé, j’ai rayé beaucoup, beaucoup de choses. Je suis en mode routard de la vie, un simple sac à dos, et le strict nécessaire pour être propre sur moi et avancer en toute sérénité. J’ai laissé les grands idéaux communs dans un carton chez mes parents. Un jour j’y retournerai pour y déballer tout ce que j’y ai laissé. J’y retrouverais sûrement de vieux sentiments poussiéreux.

En attendant, je continue à élever mes critères d’existence, en gardant toujours ce plan vigipirate de l’exigence en alerte. C’est pas parce que tout se déroule selon le plan, qu’il va pas valoir être super agile pour esquiver une merde qui me tombe sur le coin de la gueule, un beau jour de printemps. Et parmi les belles merdes, il y a ce picotement au coeur que j’avais oublié, ranger au fond d’un tiroir. Assez loin pour plus y prêter attention, jamais trop loin en cas de nécessité. Je m’en tenais éloigné, pas par envie, pas par peur, simplement parce que les mathématiques de la vie m’en empêchaient. Et pourtant c’est arrivé, je suis à nouveau devenu ce gamin qui attendait des autres, en regardant son téléphone 1000 fois par jour, pour être sûr de pas passer à côté. Ces jours qui font qu’à l’intérieur de toi c’est Disneyland ; une longue file d’attente, mais des montagnes russes qui te font toujours le même effet. L’espace de quelques semaines je suis retombé amoureux.

Je souriais pour un rien. Je disais oui à tout. Chaque vanne me faisait rire. Je préparais mes fringues pour laisser aucune chance au hasard. Je créais des instants inutiles. Et les scénarios s’enchainaient dans ma tête. Que c’était bon d’être invincible !

Parce que cette euphorie unique me rappelle que je suis là, j’existe en tout instant, et que je sens la vie en moi. Et que même si par la suite j’ai l’impression de mourir de douleur, et si parfois encore, certains soirs dans ce trop petit monde, j’ai l’impression que quelqu’un passe mes organes à la moulinette, au moins je les sens, mes organes. Alors merci à toi, j’avais oublié comme c’était bon.

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