le point décisif, où l’on s’approprie tout ce que l’on reçoit du monde pour ensuite s’y intégrer, pour pouvoir en faire partie, est donc celui où tous les éléments retenus dans la perception, qu’ils deviennent conscients ou pas, sont transformés en idées. après ce passage, il devient possible de les modifier, de les assembler, de se les approprier pour en faire quelque chose d’autre. là, ils sont susceptibles de devenir une partie de nous, ce qui est impossible tant qu’ils restent à l’état précédent, peu importe s’ils passent par la conscience (spontanée) ou pas, c’est-à-dire, s’ils sont perçus comme émotions, pensées ou quoi que ce soit d’autre. c’est là que tout se passe, car une fois assimilés dans un modèle, ces éléments sont fixes à nouveau, même si c’est dans une forme bien différente cette fois-ci. dans la conscience (pratique), ces idées, en forme de modèle, auront l’air aussi fixe que tout ce qui se présente à la conscience spontanée. d’ailleurs, cette distinction de deux consciences est un pure artifice de méthode, car la conscience n’est qu’une, percevant d’un seul coup tout ce que l’on distingue ici, tout mêlé en une seule expérience, en une seule réalité. et cela doit être ainsi pour que l’action puisse se dérouler sans entrave, pour qu’elle puisse être une, car elle a besoin d’un terrain fixe, d’un sol ferme sur lequel agir. voilà pourquoi tout ce qui semble un peu incertain, tout ce qui semble au milieu d’un processus pas encore achevé, tout ce qui hésite ou n’a pas une forme définie, est si gênant pour la conscience. et voilà aussi pourquoi ce qui relève de ces états, et qu’elle ne peut pas éviter, est tout de suite classé et rangé sous un nom fixe et défini d’après son manque de fixité, est mis à part du monde de l’action et érigé en élément d’appréciation. 
c’est donc dans ce noir de l’esprit que se trouve la grande partie de nous mêmes, ou même pas une partie mais l’entièreté, car la conscience ne fait que recevoir des résultats, tous les processus se déroulant ailleurs. et parce qu’ils ont lieu dans ce noir, on ne peut que spéculer sur eux à partir de ces résultats pour essayer de nous faire une image de ses principes. même si la conscience nous donne la sensation d’une stabilité, on est en fait tout sauf fixes, on est dans un procès constant où différents éléments sont dans une interaction perpétuelle.
si ce passage est entravé, s’il n’aboutit pas à forger ces briques malléables utilisés par l’imagination pour bâtir ses modèles, on reste stagné sans pouvoir rien faire, même en abondance de ces éléments premiers. et cela parce qu’ils restent à l’extérieur de nous, peu importe si l’expérience qu’on en fait est très proche. s’ils restent dans cet état, s’ils ne sont pas assimilés et convertis en quelque chose d’utilisable, on se trouverait dans la situation de quelqu’un qui veux faire un gâteaux et, ayant tous les ingrédients, ainsi que la recette, n’a pas de four pour le cuire. ou plutôt, car le four est quelque chose de concret dont le manque ne pourrait qu’être évident, ce serait comme si l’électricité était coupée et que, sans le savoir, il mettait le mélange d’ingrédients dans le four et l’activait sans que rien ne se passe. dans un cas pareil, même avec les meilleurs ingrédients, une recette parfaite et un four de pointe, tant qu’il n’y ait pas d’électricité, on n’aura pas de gâteaux. devant cela, il pourrait soit chercher à se fabriquer un four fait-maison avec du feu ou quelque chose de la sorte, soit aller à la recherche de la cause du manque d’électricité, soit renoncer au gâteaux et à tout ce qui implique l’électricité pour essayer une autre forme, non seulement de cuisiner, mais de vivre.

Show your support

Clapping shows how much you appreciated ffragmentss’s story.