Construire l’identité citadine, entre initiatives citoyennes et actions politiques.

Forum Lyon 2015 — Une Âme pour l’Europe à Villeurbanne

Le Forum Lyon — Une Âme pour l’Europe est un parcours de rencontres et de discussions publiques à travers l’agglomération lyonnaise pour valoriser la richesse culturelle des villes, encourager la participation de chaque citoyen au jeu démocratique et promouvoir de nouvelles formes de coopération entre acteurs de la société civile et responsables politiques.

En 2015, première étape du forum à Villeurbanne où la Compagnie a invité trois observateurs européens : Francisca Abreu (Guimarães — Portugal), Markos Bratuš (Ljubljana — Slovénie), Paul Scheffer (Amsterdam — Pays Bas). Ils seront accompagnés par Marc Ambrogelly (adjoint au maire de Villeurbanne chargé de la démocratie participative) à la découverte du quartier des Buers, invités à partager et rencontrer différentes visions du quartier, envisagé comme espace d’élaboration de la citoyenneté.

Réalisation : http://www.epicerie-culturelle.com

Les 30 et 31 octobre 2015, le Forum Lyon à Villeurbanne s’est déroulé en trois temps mettant en présence différentes visions de la ville et de l’identité urbaine pour susciter une pensée commune et son enrichissement :

  • Une discussion autour de plusieurs exemples de projets de valorisation de villes européennes.
  • Une balade dans le quartier des Buers, à travers des lieux de construction de la citoyenneté.
  • Une présentation du chœur d’Image Aiguë joué par une vingtaine d’enfants et trois comédiens sur les thèmes du pouvoir, de la faim, de la recherche d’une place…
“Il y a une réalité urbaine en Europe qui est très comparable. Mais dans nos débats on ne comprends pas qu’il y a quelque chose en commun.” — Paul Scheffer
Marcos Bratuš, Francisca Abreu, Paul Scheffer et Marc Ambrogelly | Le Chantier du Chœur — Image Aiguë

Vendredi 30 octobre

Le débat au Palais du Travail de Villeurbanne est programmé sous le titre Rôles et qualités des citoyens : la ville comme lieu d’apprentissage de la citoyenneté. La discussion se déroule au fil des présentations d’exemples européens.

Villeurbanne est présentée par Marc Ambrogelly, adjoint au maire chargé de la participation démocratique. Il évoque la mise en place de systèmes pour donner la parole aux citoyens: des Conseils de quartiers où les élus ne doivent pas intervenir, la tentative d’un site collaboratif de suggestions pour la municipalité mais il souligne aussi la difficulté de saisir cette liberté pour les habitants.

Cet intérêt pour la parole des habitants répond à une nécessité, celle de déverrouiller un dialogue compliqué, parfois impossible entre politiques et citoyens. Il fait en effet le constat de tensions entre les projets de changement de la ville portés par les élus et l’attachement des habitants à leur territoire.

Ecoutez l’intervention de Marc Ambrogelly

Francisca Abreu insiste sur la place de la ville dans la vie de leur habitants et donc sur l’envergure du défi que doivent relever les élus: il s’agit de « répondre aux questions pas posées », devancer les citoyens en sachant ce qu’il leur faut. Cette ancienne adjointe à l’Éducation et à la Culture de la ville de Guimarães au Portugal nous a présenté la démarche de sa ville pour préparer sa candidature au titre de Capitale Européenne de la Culture. La stratégie de Guimarães était de créer un projet commun aux institutions et aux citoyens, c’est-à dire de tenir compte de la singularité de la ville et des envies de ses habitants pour élaborer quelque chose de durable.

Ecoutez l’intervention de Francisca Abreu

La question de l’investissement des habitants revient régulièrement dans la discussion : quelle est la part des habitants à un événement municipal à part celle de spectateur? Est-ce qu’institutionnaliser un événement revient à le faire mourir du point de vue de la participation démocratique?

Markos Bratuš nous présente la ville de Ljubljana en Slovénie à travers deux exemples d’engagement d’habitants. Le premier est un projet porté par l’administration de la ville, celle-ci à créé une application sur internet, un « conseil électronique » auquel chacun peut participer. A la différence de Villeurbanne le concept a eu du succès, mais Markos relève une faiblesse du dispositif: si ce conseil électronique fonctionne au niveau individuel il lui manque une dimension collective.

Le deuxième exemple est une réponse à l’affirmation « Il n’y a pas de participation sans démocratie » d’un des participants: Le centre culturel de Metelkova est un ex-bâtiment de l’armée. Un groupe d’artiste a investi les lieux abandonnés et s’est installé de force sans l’autorisation de la ville et contre la décision du gouvernement de détruire les bâtiments. C’est aujourd’hui encore une « zone culturelle autonome » qui fait partie des incontournables de Ljubljana. Il y a là initiative, du véritable « bottom-up » mais qui s’est mis en place hors du cadre démocratique institutionnel.

Ecoutez l’intervention de Markos Bratuš

Paul Scheffer nous fait part quant à lui d’une initiative d’envergure pour préparer les 750 ans de la ville d’Amsterdam. Le choix de ne pas demander à la municipalité d’organiser l’évènement mais de prendre l’initiative est assumé, il s’agit d’impliquer les gens sur de grands ou petits projets qui se multiplient au fil des suggestions. Comment les financer? Une loterie municipale collecte près de 10 millions d’euros chaque année grâce à la participation de chacun. « La participation démocratique n’est pas un problème » affirme-t-il, elle doit toucher aussi bien les classes défavorisée que les élites et c’est avec créativité et ambition que les initiateurs du projet souhaitent relever ce défi. Paul note aussi qu’il est difficile pour la municipalité de ne pas pouvoir tout contrôler et de laisser des habitants agir.

Ecoutez l’intervention de Paul Scheffer

Ce soir la thématique de l’identité collective d’une ville se décline sur les questions d’immigration, de patrimoine, de mémoire. La discussion s’achève sur la présentation du Rize, institution culturelle hybride dont la vocation est de créer un récit collectif de ce que c’est qu’être Villeurbannais. Une exposition sur le quartier des Buers (que nous visitons le lendemain) est en cours, on y trouve notamment un dispositif de cabine, où les gens viennent raconter leur histoire.

Notre Patrimoine c’est les habitants — Marc Ambrogelly

Samedi 31 octobre

Ce matin la compagnie propose aux participants une balade dans le quartier des Buers. Géraldine Huet, Chargée du développement des publics et des projets partagés du Rize, nous guide à travers les rues du quartiers distillant informations historiques et sociales au cours de la balade.

Deux lieux nous marquent notamment: la Maison du citoyen et son jardin collectif dont la présidente nous fait découvrir un système chaleureux d’échange de savoir entre les habitants qui y consacrent leur temps libre ; et aussi la Mosquée dont on nous présente les missions et les initiatives d’ouverture sur la tolérance.

1–2 : Maison du Citoyen | 3–4 : Mosquée Othmane | 5–6 Immeubles du quartier (photos : Selene Verri)

L’après-midi au Rize est consacrée au Chœur d’Image Aiguë sous la direction de Christiane Vericel, metteur en scène. Là, il s’agit de montrer au public l’aboutissement d’un travail de recherche théâtrale réalisé pendant une semaine avec trois comédiens professionnels et une vingtaine d’enfants (familiers des ateliers de la compagnie). Sur des airs d’accordéons, les situations de confrontations se déclinent, les langues se mêlent, les corps font chœur nous contant des histoires universelles de voyageurs errants, leur valise vide, qui s’installent contre l’avis du pouvoir. Des individus qui se disputent l’espace, la chaise ou le pays sans jamais y accéder.

Le Chœur d’Image Aiguë au Rize (photo 1 : Julie Plozner, photos 2–4 : Nicolas Bertrand)

Étapes suivantes :


FFrancesca Abreu
Membre du conseil d’administration de Cities for Europe
Depuis 1998 et jusqu’en octobre 2013 elle était député-maire de Guimarães en charge de l’éducation et de la culture et responsable de la préparation de la candidature de Guimarães comme Capital Européenne de la Culture 2012. Depuis 2005 elle préside l’Oficina, institution en charge du Centre culturel Vila Flor, et d’une plateforme d’Arts et de Créativité. Depuis octobre 2013 elle est vice-présidente du conseil municipal de Guimarães.

MMarkos Bratuš
Directeur artistique du Théâtre Glej, Ljubljana
Markos Bratuš a travaillé comme metteur en scène, réalisateur, dramaturge, musicien, conseillé et scénariste pour la télévision, le cinéma, la radio et le théâtre. En 2007 il co-fonde le premier média Slovène en ligne Vest.si, où il est à la tête de la production cinématographique et est en charge du développement de nouveaux formats. Il travaille depuis 2008 en tant que juré pour le réseau de théâtre amateur Slovène.

PPaul Scheffer 
Professeur à l’université d’Amsterdam
Paul Scheffer est un auteur et cinéaste Néerlandais, il est professeur à l’Université d’Amsterdam depuis 2003. Il est également actuellement professeur d’études européennes à l’Université de Tilburg. Il a réalisé avec René Roelofs le documentaire Land of Promise diffusé sur Arte en juin 2015.


Quelques Liens

Plus de photos du week-end avec le lien ci-dessous: https://www.flickr.com/photos/imageaigue/albums/72157661730620271

Pour une vision plus globale du Forum, le programme complet dans lequel s’inscrit l’étape de Villeurbanne est à télécharger :
http://image-aigue.org/owncloud/index.php/s/ACPOw96nCIBgkL3

Remarques

Toutes les citations proviennent des discussions du vendredi 30 octobre.

Les photos ont été prises au Rize, pendant et à la suite de la présentation du Chœur d’Image Aiguë le samedi 1er novembre.

Organisation

Le Forum Lyon — Une Âme pour l’Europe est un projet de la Compagnie Image Aiguë et de l’initiative Une Âme pour l’Europe, autour duquel s’est fédéré un groupe informel d’acteurs culturels.

Direction du projet : Nicolas Bertrand, assisté par Juliette Mabilais

Le Forum Lyon 2015 est conçu et organisé avec la Ville de Villeurbanne (en coordination avec le Rize), la Ville de Rillieux-la-Pape (en coordination avec le Service démocratie locale) et l’Institut Goethe — Lyon.

Il bénéficie du soutien de la Fondation Hippocrène et de la Région Rhône-Alpes.


Rédaction et coordination du compte-rendu : Juliette Mabilais