Autant de Montréalais 01.07.16

Montréal dans l’oeil de ma caméra

Autant de Montréalais

Le Projet Autant de Montréalais a débuté très lentement, inconsciemment, intuitivement, sans concept ni d’intention de publier sauf une image ici et là pour le plaisir sur mon facebook personnel. À l’époque, les sessions avaient pour seul but le plaisir et l’amélioration de ma technique de photographie. C’est à force de satisfaire mon obsession d’observer la ville et de la photographier que le concept Autant de Montréalais m’est venu, plus tard. En voyant vivre la ville dans mon viseur, j’y ai vu une source de récitation et une opportunité de soumettre un propos en lien avec la photographie.

Les sessions

Forcément, en photographiant la ville en action on photographie aussi ses citoyens. En captant un coin de rue, où les montréalais circulent souvent, ou même sans arrêts, il passe inévitablement une scène cinématique dans le cadre de ma caméra. Elle influencera ma démarche très tôt dans le processus. Du coup, moi-même montréalais, je me suis vu en eux, à travers mes photos, vivant la ville. Au même moment, l’émergence de tous ces phénomènes internationaux à la Humans of New-York, ou la découverte de l’oeuvre fantastique de Vivian Mayer, me donna envi de créer un contenu plus conceptuel — La photo ci-haut est celle qui initia le tout. Cette photo est aussi devenue l’image de marque de FI3200/, mon petit startup. Ce fut une chance incroyable que de pouvoir capter cette petite fille au milieu de la fontaine de l’esplanade de la Place-des-Arts en 2012.

Esthétique & sujet

Loin de prétendre me rapprocher d’oeuvres aussi remarquables que celle de Vivian Mayer, je me suis néanmoins trouvé une esthétique et une niche artistique authentique et qui me plaît pour ma photographie de rue. Ma motivation artistique est avant tout l’urbanité. Je recherche la beauté ou l’authenticité architecturale de la ville, aussi sa laideur. Tout ce qui se distingue de lieux aseptisés de concepts architecturaux bon marché, et la lumière cinématique. C’est difficile de dire si ce qui attire mon regard est significatif intellectuellement, pour moi il y a une grande valeur pour Montréal. Mais n’oublions jamais les principaux intéressés.

Les Montréalais

Les Montréalais sont la ville, encore plus que l’architecture. Leur vie mise en scène dans les quartiers est donc devenue mon sujet artistique et la véritable valeur de la série Autant de Montréalais. Mes plans et mes compositions très plastiques rappellent un peu l’oeuvre exceptionnelle de Henri Cartier Bresson ou Rui Palha, en toute humilité et inconsciemment.

Motivation

J’ai une personnalité naturellement très encline à donner mon opinion sur l’actualité et les enjeux de notre société. Je me qualifierais même d’individu très politisé. Petit à petit, ma pensée philosophique et politique s’est immiscée dans le contenu du blogue Autant de Montréalais; dans les textes bien plus que dans les photos car j’évite de photographier les gens de la rue avec intention — je trouve que ça peut devenir humiliant pour eux s’ils interprètent le geste comme une documentation publique de leur souffrance — les photos demeurent donc principalement esthétiques. Le blogue me demande beaucoup d’attention, il me faut donc une motivation sociale et professionnelle en plus d’une motivation artistique. Mes opinions sur les politiques de gestion du développement de ma ville et de mon gouvernement s’associent donc à cette démarche et elles se présentent sur presque chaque post. Il y a un message positif et une trame visuelle de fond qui est toutefois le produit principal.

Le Message

J’évite aussi de photographier les montréalais directement avec intention, pour ne pas aggraver une atmosphère déjà bien tendue de notre ère de conflit ethnique et de paranoïa sur la protection de la vie privée, et pour ne pas aggraver ma propre paranoïa de dérranger les gens dans leur intimité. Je prend volontiers un personnage s’il cadre bien sur le coin de rue que je m’apprête à capter ou s’il est un acteur de festival par exemple; ce sont souvent les plus belles photos. Mais surtout, j’ai une motivation liée à la documentation de ma ville et de son citoyen et à l’esthète photographique. Sur la rue j’utilise toujours ma focal fixe 50mm et j’étudie beaucoup la perspective.

Le Citadin

J’illustre le citoyen travailleur qui contribue à créer l’avenir de la ville, à y fonder une famille, et le montréalais résiliant, resté ici, et qui continue de bâtir sa ville malgré les difficultés et les injustices créées par nos dirigeants depuis quarante ans. J’essaie aussi de me projeter moi-même sur ces images: un montréalais passionné de sa ville qui veut la voir s’épanouir, devenir plus juste et plus habitable, plus remarquable et plus internationale, et en chasser enfin ses démons.

Et puis il y a l’histoire

L’histoire de Montréal transpire sur presque tous les coins de rue de ses quartiers centraux. D’une génération à une autre, les Montréalais continuent de faire de cette ville une cité unique en Amérique. Je pense souvent à eux, les anciens, qui nous ont laissé de nombreux vestiges et une empreinte socio-culturelle qui nous a définis. Ils sont trop souvent oubliés et leur contribution aussi.

Une ville qui retrouve enfin ses repères

J’aime voir ce qui se produit petit à petit à Montréal depuis quelques années. Portée par la nouvelle génération de Montréalais, notre ville retrouve peu à peu ses repères. Les trésors architecturaux et les vieux coeurs de villages sont redécouverts, réinvestis et restaurés dans les meilleurs cas. Autour d’eux on y recrée un milieu de vie sain et créateur d’emplois avec du commerce de proximité sur les avenues principales et maintenant même les rues transversales. C’est l’essence même de l’agglomération de village qui refait surface dans le design des quartiers et qui redonne à Montréal sa qualité première de grosse ville habitable à l’échelle humaine. C’est ça qui crée des quartiers exceptionnels, pas des mégas centres commerciaux ou des complexes de tours au design urbain mégalomane pensés pour l’air climatisé et la voiture.

L’Art et le Spectacle

Un autre fort trait de caractère qui avait échappé à Montréal dans sa période de modernisation est son tissu artistique et sa tradition du spectacle. Même si je n’ai pas vécu le Montréal des années 30, 40 et 50, j’en connais la réputation. Ça me rend heureux de voir autant de festivals, d’art de rue et d’effervescence sur les scènes musicales après une traversée du desert culturel qui a durée trente ans. Montréal a un ADN de ville festive depuis toujours. Montréal doit continuer de renouer avec son identité culturelle et urbaine.

Un peuple d’artisans

Montréal est une ville créative, une ville d’artisans. La nouvelle économie web est marquée mondialement par la qualité de nos artistes. Pour ma part, malgré la pression familiale et la pression économique, je suis demeuré authentique à moi même, incapable d’être heureux sans produire de l’art professionnellement. Musique et photographie m’ont assez bien réussi jusque-là et maintenant je m’efforce de bien écrire.

Questionnement

Je me demande parfois si ma démarche artistique est valable, si elle intéresse les gens. Je me demande même si je la comprend moi même. Puis ensuite je remets tout en perspective et je trouve que je suis en plein dans le mille. Je pense que cela est typique du créatif névrosé dans mon genre. Je me remets en question constamment, et puis je retrouve ensuite l’inspiration après quelque temps. Je ne connais aucune autre façon de faire et d’être.

Ces petits lieux

J’ai le goût du détail. Je remarque ces petits lieux, ces petits événements, qui font de la ville un endroit vivant. Ça peut être aussi banal qu’un chat qui repère les écureuils du haut de son domaine urbain dans sa ruelle du Plateau. Il prouve que la grosse ville, si écrasante soit-elle, n’abroge aucunement l’instinct des vivants. ‘) Les ruelles de Montréal regorgent de petits événements.

Le bixi et ta bicyclette

Nous nous distinguons des autres villes d’Amérique par notre goût développé de la bicyclette. Les autres villes nous rattrapent vitement par contre. Nous y avons exporté notre invention, le bixi. Malheureusement, ici, nous nous posons tout de même encore la question sur la place de la bicyclette et du transport en commun par rapport à la sacrée automobile dans notre société!? Cette aveuglement est politique il n’y a pas de doute. C’est impossible que nos politiciens soient si peu visionnaires.

Vie urbaine

La tendance populaire est claire et irréversible : les montréalais veulent une ville verte avec une offre mixte de transport collectif, durable et efficace. Un cocktail de moyens de transport et des quartiers vivables et vivants seront essentiels pour garder les citadins ici et commis, et en attirer de nouveaux. Des emplois aussi, bien entendu. C’est beaucoup plus vert, économique, durable et sain d’avoir des trottoirs spacieux, des saillies fleuris pour ralentir la circulation, des pistes cyclables sécuritaires, et des circuits d’autobus efficaces. Cessons d’augmenter les tarifs du transport public et de construire des autoroutes et augmentons l’offre de transport collectif et par le fait même la qualité de vie des Montréalais.

La suite

Pour le futur je souhaiterais poursuivre cette serie mais en sélectionnant des endroits plus iconiques de la métropole. C’est à dire faire plus que le métro en risquant ma sécurité et la rue quand j’ai le temps. Pour cela il me faudra plus de gestion, plus de temps et des permis de photographier… Aussi, je préparerais une expo et un vernissage, quelque part au printemps 2017, pour souligner le 375e de Montréal. Je m’y metterai.

Quartier Latin

Je suis aussi très attaché au projet Marché Voyageur que je mène avec un groupe de citoyens dans le but de lancer un projet de marché public vert au coeur de Montréal, dans le quartier latin. Le Projet Marché Voyageur

Photos et Texte tous droits réservés FI3200/EricSoucy