Autant de Montréalais — 30.01.16

L’Hiver du Quartier Saint-Louis et du Quartier Latin

La Rue Saint-Denis

La rue Saint-Denis entre Sherbrooke et Sainte-Catherine est considérée comme le coeur du quartier latin. C’est là que nous retrouvons les micro-brasseries réputées, les restaurants populaires et le célèbre théâtre Saint-Denis. Or, ce segment de la rue Saint-Denis est-il le véritable coeur du quartier ? Je pose la question.

La véritable identité du quartier latin se rapporte d’abord et avant tout au savoir et à l’histoire et dans cette optique son coeur se situe un peu plus au Sud-Est, coin Sainte-Catherine et Berri. C’est aussi là que l’on retrouve ses élites et la plus triste de ses misères; quel paradoxe que ce cœur de la ville ou le meilleur et le pire se côtoient. Le coeur du quartier latin c’est aussi le coeur de la ville.

Ruelle Saint-Denis

La ruelle Saint-Denis

J’aime marcher dans les ruelles de Montréal; c’est là que je ressens le plus intense contact avec mon environnement. La ruelle Saint-Denis côté Est entre Sherbrooke et Ontario se présente à moi chaque jour. Cette ruelle est en fait ma cour arrière. Elle n’est pas spécialement belle; elle n’est pas verte non plus, ni même intelligement aménagée. Cela s’explique facilement car elle n’est pas très habitée servant essentiellement aux commerçants de la rue Saint-Denis. De plus, elle est adossée à un poste d’Hydro Québec. C’est donc une ruelle commerciale et industrielle.

Église Saint-Jacques

La prestence du clocher de l’Église Saint-Jacques, visible au loin, et qui appartient maintenant à l’UQAM et à l’histoire, change du tout au tout l’impact visuel de cette ruelle. Aussi, les somptueuses résidences privées d’autrefois qui sont aujourd’hui les bars que nous connaissons rue Saint-Denis transpirent de leur héritage sur nous dans le silence relatif de la ruelle.

Du haut de cette pente j’ai l’impression de voir le coeur du quartier comme on voit le coeur de Montréal du haut de la montagne. Le même effet se produit sur la rue Saint-Denis du haut de sa pente, au coin de Sherbrooke. Mais le trafic intense brise un peu cette magie.
Centre-Ville de Montréal

Mon Chez-Moi

De la fenêtre de mon modeste appartement je vois le coeur de la ville. Chaque jour Montréal me montre une mine différente. J’ai parfois l’impression qu’elle me parle. Elle a bonne mine parfois, et en d’autres occasions elle semble exprimer ses frustrations et ses peines, sûrement attribuables à la dure période qu’elle traverse. Comme un humain, elle respire au rythme de ses réussites et de ses échecs, au rythme de ses émotions. Je fais la même chose qu’elle; on fait tous la même chose qu’elle je crois. La ville vie à travers nous et nous vivons à travers elle; elle est en vie grâce au passé et elle évoluera grâce au présent. De ma fenêtre, je lui partage mes états d’âme quotidiennement, mes rêves, mes frustrations et mes ambitions en souhaitant de les réaliser ici.

Avenue Joly coin Ontario

Montréal

J’imagine que Montréal me voit par la fenêtre de mon appartement, à travailler à l’ordinateur et à faire les cent pas. Vivre au Centre-Ville constitue une distinction importante par rapport à la vie dans les autres quartiers centraux. J’ai l’impression que vivre au cœur de la ville crée un lien plus intense avec elle, avec son histoire, son état, et ses perspectives d’avenir. La ville devient alors une partie encore plus importante de la vie quotidienne. Cette distinction est importante pour la ville aussi. Après tout, les grandes villes ne se distinguent pas des plus petites villes à cet égard; elles s’épanouissent seulement si leur population s’identifie de près à elle, à son cœur et à son caractère au point de s'y enraciner professionnellement et d’y fonder une famille.

La Terrasse Saint-Denis

La Terrasse Saint-Denis

La Terrasse Saint-Denis et sa ruelle — un petit recoin moins connu du quartier composé de nombreux édifices à appartements et d’un Hôtel de luxe. Elle possède un potentiel de re-développement très interessant. On y retrouve très peu de circulation automobile, l’espace est beau, calme et comblé d’histoire. La Terrasse Saint-Denis semble être un endroit idéal pour quelque chose de spécial.

Place Gilles-Carle

Le Quartier Saint-Louis

Le Quartier Saint-Louis possède énormément de charme. C’est là que nous retrouvons plusieurs des plus belles rue de Montréal: l’Avenue Laval, l’avenue Drolet, Henri-Julien, la Place Gilles-Carle et le Carré Saint-Louis. C’est le début du Montréal des familles; le premier quartier typiquement résidentiel au Nord du Centre-Ville et de l’arrondissment Ville-Marie. Avec ses voisins Milton Park et Mile-End, le Quartier Saint-Louis est l’entrée du Montréal des montréalais.

Avenue Henri-Julien et le Carré Saint-Louis

Le Coeur du Québec Culturel

Le Carré Saint-Louis c’est le berceau du Québec littéraire. Émile Nelligan, Pauline Julien, Michel Tremblay, Gaston Miron, Gilles Carle, Dany Laferrière et de nombreux autres y ont laissé une empreinte indélébile. Cet endroit mythique de la métropole dégage encore aujourd’hui une ambiance exceptionnelle malgré les assauts des destructions et du re-développement non-durable. Heureusement, Des Montréalais passionnés s’efforcent de perpétuer cette qualité d’offre culturelle et historique du square Saint-Louis.

Avenue Laval coin Prince-Arthur et Carré Saint-Louis
Fontaine du Carré Saint-Louis

L’Hiver

L’Hiver n’est certes pas ma saison favorite, bien au contraire. Mais elle possède quelques qualités pour la photographie. La neige apporte souvent un aspect bucolique aux images (très peu de neige se trouvait au sol cette journée là par contre), et les arbres exempts de feuilles leurs donne une qualité visuelle très romantique ou mélancolique. De plus, dénudés, ils nous dévoilent l’architecture qui se trouve derrière au plus grand bonheur des photographes et amateurs du premier art.

L’Avenue Laval

L’Avenue Laval est certainement l’une des plus belles rues de la ville. Je ne ma lasse jamais d’y marcher. La préservation des maisons d’époques sur plusieurs coins de rue lui donne aujourd’hui une prestance exceptionnelle, internationale.

Destruction

Dans les cinquante dernières années, la Ville de Montréal, et spécialement le Quartier Latin, a perdu un patrimoine architectural construit très important. Le manque de vision et de volonté politique en préservation et en design urbain durable a fait reculer Montréal sur le marché des villes touristiques du monde.

Gestion du Patrimoine

La préservation du patrimoine construit ne sert pas qu’à satisfaire les nostalgiques, elle crée de la richesse pour tous en positionnant la ville sur la map monde. Les touristes recherchent des endroits uniques et historiques. Préserver le patrimoine architectural est un investissement payant créateur d’emplois. Or, encore aujourd’hui, et ce malgré toutes les leçons du passé, le patrimoine historique de Montréal est largement sous-estimé, sous financé et constamement menacé. Nous en avons eu un autre exemple cette semaine avec les dommages causés au Mount Stephen Club rue Drummond, causés par un re-développement urbain mal réglementé et par des fautes graves des propriétaires du célèbre édifice.

Pavillon coin Berri et Roy de l’Institut des sourdes-muettes

Le désertion des artères commerciales du Plateau

Dans un contexte économique où la désaffection commerciale des rues Saint-Denis et Saint-Laurent est sans précédents, les investissements privés de sociétés immobilières et d’entreprises de techs ne suffisent plus à remettre sur pied l’économie du Plateau Mont-Royal. Il ne reste que deux solutions dans ce contexte à mon avis: offrir des incitatifs fiscaux importants pour les nouveaux commerçants et ceux qui survivent, ou investir massivement dans des projets culturels, d’infrastructures urbaines et de la nouvelle économie pour recréer un milieu attirant pour les professionnels, les familles, les investisseurs et les touristes. La deuxième stratégie semble être celle que la Ville et Québec privilégient et c’est rassurant.

http://www.montrealinternational.com

Des Projets

Les projets mis en place avec les fonds publics sont-ils tous pertinents et novateurs ? Les marchés urbains concurrents en Amérique du Nord se livrent une féroce bataille pour les investissements privés, et se démarquer de la concurrence devient de plus en plus difficile. Les entreprises et les citoyens du monde recherchent tous la même chose: une qualité de vie, un environnement stimulant et des opportunités.

Avenue des Pins et le Mont-Royal

Des Citoyens Engagés

L’esprit de résilience des Montréalais est impressionnant malgré les durs moments. C’est la qualité de vie sur le Plateau Mont-Royal et dans les autres quartiers centraux qui assure leur survie. Et en même temps, ce sont ses mêmes citoyens qui la créent en mettant sur pied des commerces uniques, en rénovant leur demeure, en créant des ruelles vertes et en mettant sur pied des projets au développement durable. Cette force du citoyen engagé est critique pour le futur de la ville. L’administration municipale doit tirer profit de cet engagement en favorisant les initiatives novatrices au profit d’un développement économique communautaire.

https://fairemtl.ca

Le potentiel des ruelles et des lots abandonnés

L’administration municipale semble souvent être préoccupée avec des besoins urgents à très court terme. Budget, revenus, négociation syndicale et réparation d’infrastructures essentielles. Nos politiciens s’y attarde avec raison car ce sont des urgences. Mais il semble aussi que beaucoup de permis de construction pour des développements sans vision au modèle économique et au design urbain douteux soient octroyés en grand nombre depuis cinq ans. Nous n’avons qu’à regarder le secteur du Centre Bell où pas moins de 8 tours à condominiums de 27 à 50 étages sont en construction en même temps dans un ensemble laissant peu de place aux aménagements urbains verts.

L’expérience locale

Loin d’être un expert en design urbain, j’ai cependant suffisamment de connaissances et d’expérience pour savoir que la vision à court terme d’augmenter les revenus de la ville par la densification à tout prix sans modèle durable ne servira qu’à gagner du temps. Le re-développement urbain des quartiers centraux doit se faire selon un plan de développement à long terme durable axé sur les industries du futurs, les technologies vertes, l’économie sociale et le renouvellement des habitats. Des investissements massifs en immobilier de luxe au Centre-Ville de Montréal n’est pas en soit une mauvaise chose; ils serviront à générer des revenus pour la ville et ils créeront des opportunités d’affaires. Or, ils auront aussi l’effet de renchérir les coûts de la vie comme Toronto et Vancouver nous l’ont démontré.

Le Quartier des Gares

Pour moi, le nouveau Quartier des Gares ressemblera plus à un quartier d’hôtels de luxe qu’à un quartier résidentiel. D’ailleurs, les propriétaires seront pour la plupart des étrangers. Heureusement, un projet de nouveau parc linéaire d’importance tout près à été annoncée par la Ville.

Avenue Joly coin Sanguinet — Quartier Latin

La nouvelle économie

Des investissements dans les industries des technologies du web et dans le réaménagement d’espaces publiques ont donné des résultats très intéressants pour Montréal. Or, nous sommes en retard sur toutes nos concurrentes dans les sphères des infratructures vertes, des édifices à émission nulle, en agriculture urbaine, en économie sociale et en aménagement d’infrastructures de transport collectif durables comme les pistes cyclables et le métro.

La masse critique des investissements dans ces indutries et leur impact sur les communautés est documenté et démontré. La réussite d’une ville n’est pas tributaire à sa densification seule, mais bien au design urbain durable qu’elle réussira à réaliser pour assurer un haut niveau de qualité de vie à ses citoyens.
Arrière de résidences typiques du Quartier Latin rue Ontario — aujourd’hui occupées en majorité par des entreprises

Le Groupe d’Action Citoyenne Marché Voyageur

Je suis à la tête d’un groupe de citoyens et de professionnels qui s’opposent à la contruction d’un complexe immobilier pour des espaces de bureaux destinés aux Employés de Revenu Québec au coût de 249 000 000$ d’argent public sur l’îlot Voyageur Sud. Ce projet de tours à bureaux ne comporte aucun plan de design urbain susceptible de répondre aux besoins du Quartier Latin, du Centre-Ville et du Centre-Sud. Ce projet avait été annoncé à l’automne 2013 par l’administration Marois et Coderre. Il fut mis sur les tablettes au printemps 2015 par l’administration Couillard. Mais nous avons des informations solides provenant de partenaires au projet Marché Voyageur et d’institutions montréalaises importantes que le projet de Revenu Québec est toujours dans les cartons. Nous ne nous contentons pas de s’opposer au projet de Québec et Montréal, nous proposons une alternative populaire pour tous, le Projet Citoyen Marché Voyageur.

Le Maire Coderre et le Marché Voyageur

https://medium.com/marché-voyageur-du-quartier-latin/le-maire-coderre-le-marché-voyageur-a7b6bd10c6d9#.vqyclmk9i

Cour avant des Résidences du Mont-Saint-Louis rue Sherbrooke Est, et le clocher de l’Église Saint-Jacques au loin — Le Quartier Latin

Texte et Photos : Eric Soucy

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