C’était le futur


Les ruines de la Place des Nations et de Terre des Hommes, une ode à ce qui était le futur.


le futur oublié

Au printemps 2013, deux de nos Photographes s’étaient introduits dans le périmètre bouclé de l’amphithéâtre de la Place des Nations.

‘’Nous voulions photographier le futur oublié’’

Conçue par l’Architecte Français André Blouin — établi à Montréal depuis 1952 — en 1966, et inaugurée au lancement de l’expo en 1967, cette place était le point saillant des festivités de l’exposition universelle de Montréal. Il s’agissait d’une pièce très importante du site de l’expo; c’était l’amphithéâtre qui recevait le monde, le point d’entrée des dignitaires.

Photographe inconnu — expo67
Photographe inconnu — expo67

Avant-gardiste

Avant-gardiste, cet amphithéâtre de cinq mille places est un chef d’œuvre de design inspiré des grands théâtres grecs et romains mais avec une conception futuriste d’estrades modulaires, de passerelles et de plate-formes ouvertes sur l’extérieur. Les gradins étaient reliés entre-eux par de magnifiques passerelles surélevées en bois et par des terrasses de béton dans un environnement fluide, paysagé et poreux. Ces liens piétonniers joignant les gradins avaient pour objectif de favoriser la circulation et la rencontre des gens, la fraternisation et les échanges culturels entre les peuples de Terre des Hommes. Cette œuvre mérita à André Blouin le Prix de l’Académie royale canadienne des Arts.

Une passerelle, et une terrasse de béton s’harmonisent au module de gradins sur la gauche; le tout accessible du sol par des escaliers et un monticule gazonné.

Une ville du futur

Tout le site de l’expo avait ce même design futuriste d’intégration des voies piétonnes et des transports aux fonctions des édifices; une configuration de sentiers et de monorails joignant les différentes places et pavillons rendait le tout très fluide. C’était en quelque sorte la ville du futur. Qu’est elle devenue cette ville du futur ?

Montréal a évolué aux antipodes du design de André Blouin et des autres architectes de l’Expo. Seule la ville souterraine, bâti en harmonie avec le réseau du métro — une création des mêmes écoles d’urbanistes et d’architectes de l’époque de l’expo — est un succès durable. Malheureusement, le réseau du métro n’a pas été prolongé ou bonifié stratégiquement à Montréal depuis la ligne bleue dans les années 80'. Pire encore, il a été négligé dans son entretient avec les résultats que l’on connaît aujourd’hui.

Un futur oublié

Le futur tel que nous l’avaient présenté les ingénieurs de l’expo, avec des designs à l’échelle humaine, des transports électriques et des aménagements paysagers aux voies de circulation intégrées, ne s’est pas matérialisé à Montréal. Et pourtant, les résultats positifs sans précédents de l’expo67 n’étaient-ils pas la démonstration de la justesse du design ? la démonstration que des investissements dans l’innovation attirent le monde ?

Le modèle Nord-Américain d’étalement, d’autoroutes et de banlieues dortoirs

À l’ombre du viaduc du pont de la Concorde qui mène vers la cité du havre et les grands axes routiers de la métropole, la Place des Nations gît isolée avec son utopie urbaine tel un fantôme du futur. Dans les années 60' 70' et 80' Montréal a évolué au rythme des idées de grandeur du Maire Drapeau. D’immenses autoroutes, un centre-ville de grandes gares et de gratte-ciels ont transformé la métropole. Pour faire de la place à tout ça il fallait détruire des quartiers entiers brisant du même coup une fragile cohésion. L’exemple de plus probant est celui de l’autoroute Ville-Marie qui a décimé le quartier latin et le faubourg à melasse et enclavé la vieille ville. Cet infrastructure nécessaire devait lier des secteurs de la ville, pas les détruire et les enclaver.

Détruire pour mieux croître…

Parfois justifiable, parfois condamnable, certains de nos trésors d’architecture et de nos quartiers mythiques durent disparaître par la boule des démolisseurs. Les grandes places, les grands boulevards, les grands ponts, les grands stades et les grandes universités allaient faire de la petite ville une grande cité.

Le Quartier Latin et la Modernité

Autrefois le joyau inconnu de l’Amérique francophone, le quartier latin de Montréal a depuis fondu de moitié pour faire place à des designs douteux d’infrastructures se souciant peu de la vie de quartier et de son héritage architectural. Les rues sont maintenant parsemées d’édifices désadaptés qui ont enclavé les restes du quartier latin défigurant certains de ses plus beaux ensembles résidentiels et institutionnels et laissant ses résidents avec peu de services de proximité et un tissu social troué.

La requalification

Bien entendu il n’était pas possible de tout préserver et la ville devait grandir, mais comment et à quel prix ? Avec ce que nous connaissons aujourd’hui de l’impact de l’expo et de l’ampleur de l’industrie du tourisme à Montréal, la gestion des re-désignations des quartiers du centre-ville n’a pas été optimale, c’est le moins qu’on puisse dire.

Certaines leçons tirées du succès de l’expo et de ses designs avant-gardistes ont donné quelques places intéressantes comme les jardins des habitations du centre-ville dans le quartier chinois, et plus récemment, à la Place Valois dans Hochelaga. Mais somme toute, la planification urbaine de Montréal fut grandement improvisée depuis la construction de la Place Ville-Marie et de ses galeries souterraines.

Réussites, échecs et catastrophes

Qui plus est, aucunes leçons n’ont été tirées du fiasco financier et de l’intégration des infrastructures des Jeux de 76' après les Olympiades. Et pourtant, la démonstration du succès et de l’échec était là, sous nos yeux. N’empêche, des monstres sans vision comme le 1000 De la Gauchetière ont tout de même vu le jour ensuite.

La scène principale de la Place des Nations flanquée de gradins de béton et d’une passerelle de bois toujours existante sur la droite menant vers d’autres éléments de l’ensemble

Le Montréal d’antan composent les quartiers les plus prisés d’aujourd’hui

Le quartier latin impressionne encore malgré tout. Mais imaginez le secteur Saint-Louis sur 2km carré plutôt que sur un seul, ou imaginez la rue Ontario comme une autre rue Saint-Denis entre De Maisonneuve et Duluth. Il est trop tard pour réparer les erreurs du passé. Mais il n’est jamais trop tard pour le revisiter et enfin en tirer des leçons. De plus, il n’est jamais trop tard pour écouter les gens, les Montréalais, les Urbanistes, les Architectes. Le Maire Drapeau ne voulait-il pas raser le quartier Chinois et une grande partie du Vieux Montréal ? Les motivations immédiates d’une administration assoiffée de développement peuvent hypothéquer le futur de toute une génération.

Héritage Montréal

Heureusement, des amants de Montréal ont empêché le Maire Drapeau à l’époque de détruire des pans entiers du Vieux Montréal. Il faut bien l’admettre, l’utopie de l’expo eut été l’idéal du futur dans un monde où tout était à faire plutôt qu’à refaire.

L’économie non-durable

Mon propos en rapport avec l’histoire de la Place des Nations et le Montréal du futur est le suivant: le design urbain et l’architecture devraient être une priorité pour l’administration municipale et non pas seulement une valeur ajoutée de mise en marché. Le citoyen, son environnement, ses besoins et la qualité de vie qu’il obtiendra dans le milieu urbain composent le dénominateur commun du succès économique d’une ville. Le monde attire les investissements et la ville intelligente attire le monde. Les besoins immédiats des promoteurs immobiliers et de l’administration de la ville ne servent en général qu’a gagner du temps et à maintenir en place un ordre établi qui crée des retombés économiques non-durables et bien souvent non locales. Qu’en est-il de la vision du futur et du bien être de tous.

ces gradins escaliers sont intégrés à une terrasse de béton aménagée en carrefour avec une passerelle toujours existante sur sa gauche

Adapter des acquis civiques en projets au développement durable : un compromis qui promet

Les projets au développement durable qui s’intègrent bien dans leur milieu en répondant à des besoins réels de la façon la plus économique que possible sont ceux qui méritent notre attention. André Blouin avait vu juste en 1966 quand il a conçu la Place des Nations que Montréal et Québec s’apprêtent à raviver — belle initiative et bien à eux. Nous estimons qu’il sera possible d’en tirer partie même si ses remarquables structures de bois furent pour la plupart démolies pour laisser entrer des camions de la ville remplis d’équipement...

Renaissance des infrastructures

Avec la bonne formule, la renaissance de la Place des Nations pourrait générer des événements viables économiquement. Espérons que l’esprit de respect de l’environnement et du développement durable tel que André Blouin l’avait voulu dès 1967 sera respecté.

Vision

Pour la vision en préservation de l’héritage c’est un peu tard. Mais dans d’autres dossiers comme les cas de certains nouveaux développements et certaines re-qualifications d’acquis civiques, par exemple Griffintown, Quad Windsor et l’îlot Voyageur, nous nous demandons si l’administration Coderre étudie le passé ou si elle gère en mode improvisation ou en mode récompense ou en mode ‘ces deux réponses’. Les projets qui priorisent la requalification d’acquis civiques et le développement économique local méritent notre attention plus encore que des projets neufs rapportant des taxes municipales sur la surface de plancher une fois terminés, et ce à la place de tout le reste, même à la place de faramineux projets comme Quad Windsor qui rapporteront très peu ici et beaucoup ailleurs.

Les leçons du passé

Parce qu’en fin de compte, c’est l’attrait de la ville toute entière qui génère des investissements privés durables par des gens qui veulenet vivre ici, à la place de projets sans modèle urbain ‘et’ ‘ou’ économique dans des quartiers déconstruits mis en place par des spéculateurs immobiliers. Si on fait du neuf il faut se baser sur les leçons du passé pour créer durable. Sinon, il vaut mieux ré-adapter le présent en re-qualifiant le passé. Si on doit innévitablement vendre notre ville aux intérêts étrangers comme dans le cas du projet Quad Windsor, il faudrait au moins exiger une créativité en architecture et en design urbain, une vision qui implique des nouvelles technologies du développement durable pour enfin redonner à Montréal ses lettres de noblesse.


Esquisse d’Architecte du Pavillion du Canada

FI3200 est à la tête d’un projet de re-qualification d’acquis civiques sur l’îlot Voyageur Sud. La Ville et Québec refusent pour le moment de donner du crédit à notre proposition. Malgré la mise en veille indéfinie du projet de tours à bureau de Marois, les deux paliers de gouvernance priorisent néanmoins le projet de tours à bureaux sans modèle économique durable sur le site. Pour connaître notre proposition alternative, rendez-vous sur notre site de projet ici: Projet Citoyen Marché Voyageur. Prononcez-vous sur ce très important dossier à Montréal en répondant à nos sondages en ligne sur la question:

sondage français 1

sondage français 2


photos et texte Eric Soucy — tous droits réservés FI3200/2015