Faubourg Saint-Laurent — 16.02.17

Autant de Montréalais en noir & blanc ©

Noir & blanc

Voici un Autant de Montréalais tout en noir & blanc pour la première fois. Avec toute cette grisaille depuis des semaines j’ai trouvé que sortir et faire du noir & blanc était la meilleure solution pour continuer de documenter Montréal en photos. Et puis ça donne l’opportunité de travailler les conditions. En revanche, il y a beaucoup de neige fraîche. Ça sort toujours bien en noir et blanc on dirait la neige. Pour cet épisode l’action se passe dans le quartier des spectacles en milieu d’après-midi, ou le faubourg Saint-Laurent pour les intimes.


Reconstruire, préserver, gentrifier, aimer

Le quartier est en pleine transformation depuis déjà une décennie. Et ça continu de plus belle. La gentrification est de plus en plus intense et le Red Light de plus en plus folklorique. Le pari des festivals et du pôle touristique aura été très payant pour Montréal. Pour ma part, le quartier latin fait toujours mon bonheur. Mais pour combien de temps encore ? La vague des condominiums de luxe et des loyers inabordables déferle vers l’Est. Je m’y suis pas mal attaché à mon quartier latin. Même s’il est parfois squatté de visiteurs indiscrets et bruyants, la qualité de vie y est remarquable.


Les jeunes et les Pubs

La plus importante qualité du faubourg c’est sa jeunesse dynamique. L’UQÀM, la rue Sainte-Catherine, le Boul.Saint-Laurent et la rue Saint-Denis fourmillent de jeunes créatifs prêts à réinventer les arts, la technologie, la politique et le monde. Les nombreux Pubs, lofts et galeries d’artistes, cafés & théâtres du quartier sont autant de ‘think tanks’ où se dessine de prochaines innovations. Pour moi c’est clair que c’est ici que ça se passe. Le Faubourg Saint-Laurent n’a plus rien à envier aux Mile-End, Saint-Henri et HoMa de cette ville. C’est comme si la Place-des-Arts avait enfin rayonné sur son domaine comme cela en était l’intention dès le début. On est loin du Red-Light des années 70–80. Mais j’insiste pour qu’il demeure diversifié. Sans tous les horizons on peut perdre de vue le monde.


Les ‘undergrounds’ devenus culture pop

Préserver jalousement ce qu’il reste du Red-Light c’est important, même fondamental. Il est une composante essentielle de l’identité du Faubourg. Le Café Cléopâtre, le 281, les sex shops, les Foufs, le Montreal Pool-Room, la Librairie l’Insoumise et les surplus d’armée doivent survivre. De plus, il faut continuer à favoriser la création de lieux remarquables comme la galerie Fresh Paint. Ce sont les quartiers diversifiés, uniques et créatifs qui font la réputation des villes à l’international, pas la gentrification et son conformisme économique créé par une seule classe sociale.


Les Montréalais

Et enfin, les gens, les Montréalais, j’y reviens car c’est la clé. La culture pop et les icônes culturelles c’est beau, efficace et vendeur. Mais sans ces résidents impliqués dans leur communauté, prêts à y vivre et faire du centre-ville un milieu Montréalais dynamique teinté d’initiatives locales, ça donnera un mini Disneyland beige qui servira les grandes entreprises sans plus. J’ai cette impression là parfois en plein festival de jazz. Les Habitations Jeanne-Mance comptent 81 nationalités dans son enceinte. J’imagine la palette extraordinaire qui pourrait éclore de son épanouissement. Lentement, ça se matérialise. Mais attention à la gentrification. J’espère que le Faubourg Saint-Laurent va demeurer accessible aux Montréalais de toute origine et classe sociale pour qu’il devienne un centre-ville Nord-Américain unique.

Mots et Photographies : Eric Soucy

Tous droits réservés AutantDeMontréalais/fi3200/2017


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