L’hiver tombait des corniches

Saint-Paul : rue principale Ville-Marie ©

L’hiver tombait des corniches

Cette journée là, la rue principale avait fière allure aux chauds rayons printaniers. L’hiver tombait des corniches prestement comme pour fuir le soleil. Arrosés de toute part, les Montréalais et les nombreux touristes semblaient néanmoins jouir d’une allégresse hâtive. Nos remarquables pans d’histoire aussi on aurait dit. C’est comme si la vieille ville avait voulu se secouer de toute cette neige et poser fièrement, de dire, je suis toujours là, et regardez-moi bien ce printemps, je vous en mettrai plein la vue. Je suis moi-même impressionné à chaque fois par notre patrimoine, même si je le connais bien. Et dire qu’on a pensé tout démolir.

Démolir le vieux Montréal.

Il aura fallu des Montréalais visionnaires et tenaces pour sauver le vieux Montréal de la démolition. Et oui, l’administration municipale de l’époque voulait démolir ce qu’elle qualifiait de quartier de taudis et y faire passer une autoroute sur le tracé de la rue Saint-Paul. Imaginez-vous Montréal sans sa vieille ville et une autoroute surélevée du genre métropolitaine à sa place ! On l’a échappé belle.


Une leçon en économie du patrimoine historique

Même aujourd’hui, cette leçon en économie du patrimoine architectural ne semble pas avoir été totalement assimilée par nos leaders puisque pas moins de 140 édifices patrimoniaux abandonnés sont présentement laissés sans protection à Montréal. En 2016, six d’entre-eux ont été incendiés dont deux joyaux inestimables complètement détruits : l’Édifice Robillard et le R. S. Muir & Co.


Abandon du patrimoine

Pour être rassuré sur les intentions et les actions concernant la conservation du patrimoine historique de Montréal par l’administration actuelle, on ne peut pas se fier sur l’initiative 375e ou toute autre déclaration d’amour du maire Coderre parce qu’en réalité, aucune mesure spéciale n’est déployée pour sauvegarder le patrimoine abandonné. En effet, sauf des conseils sur les bonnes pratiques en conservation et des normes de rénovation imposées aux propriétaires de ces édifices, rien ne les empêche d’abandonner les lieux, de les laisser à pourrir, à être squattés et même incendiés. Du moment qu’ils ont le juste prix pour leur propriété, intacte ou en ruine, c’est tout ce qui leur importe.



Quand allons-nous enfin protéger notre trésor touristique ?

Quand on fait l’analyse des industries qui portent l’ensemble de l’économie de Montréal, on voit généralement quatre grands secteurs cités par les experts : la pharmaceutique, l’aérospatial, le jeux électronique et le tourisme. En 2016, Montréal a reçu pour la première fois de son histoire plus de 10 millions de visiteurs. Je peux vous dire avec assurance que ce que les touristes viennent voir ici hormis les festivals de rue, c’est le patrimoine historique, et non les horreurs architecturales qui sont érigées pour boucher les trous laissés par les édifices patrimoniaux détruits.

Mots et Photographies Eric Soucy

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