Mégalopole planétaire

Le Parc Olympique — Autant de Montréalais ©

L’esprit de Jean Drapeau

Dans l’esprit de Jean Drapeau, l’olympiade d’été de 1976 était bien plus qu’une compétition athlétique internationale étalée sur deux semaines. Non, pour Drapeau et l’hôtel de ville à l’époque, les Jeux de Montréal n’étaient rien de moins que la phase II de la réalisation de la ville du futur. Dix ans plus tôt, l’expo avait ouvert les esprits et convaincu que tout était possible. Son succès planétaire avait pavé la voie pour cette vision mégalomaniaque, il faut ce le dire. Montréal était destinée à croître en une métropole cosmopolite internationale de 7 millions d’habitants plus moderne que toute autre. C’est peut-être en partie ce qui avait plu au CIO en 1970 quand il a octroyé à Montréal les jeux de 76. Depuis, Montréal a abandonné son aérogare du futur, le plus imposant éléphant blanc de l’histoire du Canada, et sa petite bourgade agricole a entrepris sa démolition.


Une mégalopole planétaire

Pour bâtir cette utopie extraordinaire qui allait faire rêver tous les canadiens, un lieu d’une démesure surréaliste, et propulser Montréal vers le sommet des mégalopoles planétaires, il fallait les meilleurs architectes et une vision. L’expert des grands stades de l’époque, Roger Taillibert, s’est amené avec une équipe complète d’ingénieurs français pour construire cet extraordinaire monstre de béton. Oui, c’est bien un monstre qui comprend le stade, sa tour inclinée de 165m, ses 4000 places de stationnement souterrain, le vélodrome (biodôme), l’aréna Maurice Richard, deux stations de métro et l’esplanade du stade couvrant +/- 550 000 m2 de surface, et un volume béton de 400 000 m3, Stade et Esplanade seulement ! whoa !! Je la qualifie d’utopie cette ville de béton dans la ville. Mais n’empêche, elle fut réalisée.


Des proportions sidérales

Cette ville futuriste de béton et de verre aux proportions sidérales a été conçu pour captiver l’esprit des citoyens, des visiteurs et des téléspectateurs. À bien des égards elle aura réussi son pari. Bien sûr, les nombreux déboires du Stade Olympique, l’un des édifices les plus couteux jamais construit, et les dépassements de coûts ont fait pâlir son étoile. Même si les jeux de 76 ont été une réussite commerciale, c’est ce qu’une majorité d’entre-nous retient. Aujourd’hui, qu’en est-il de ce lieu unique ? Eh bien, il est bien vivant et il continue d’ébahir.


Paysage urbain surréaliste

Le Parc Olympique fut presque laissé pour compte suivant le départ du club de baseball majeur des Expos en 2004. À l’époque, l’eau, l’oxidation, l’herbe et la mauvaise herbe avaient rapidement commencé à lentement défaire et transformer cette utopie futuriste en un paysage soviétique de désolation urbaine surréaliste. Heureusement, ou malheureusement diront certains, l’état est intervenu pour que Montréal ne rejoigne pas le club des villes olympiques déchues.

Intentions architecturales & Montréalais

Pour ma part, je crois que les nouvelles initiatives marketing du Parc Olympique et d’Espace pour la vie auront été salutaires. Mais elles auront aussi été polluantes pour l’oeuvre de Taillibert. C’est à dire que les modifications parfois inutiles aux installations, et les ajouts d’innombrables éléments commerciaux superflus, surtout le cinéma StarCité, ont contaminé la pureté de ce monde d’esthétique architecturale idéaliste. Le désir de changer la fonction du lieu a causé ce résultat de design urbain en pot-pourri (vous ne verrez pas ces gros défauts sur les photos, j’aime les choses pures). C’est comme si on avait mis des cônes oranges permanents et des bouches de métro guimard de Paris dans tout Brasilia. Mais pire encore, on a créé une espèce de Dix-Trente au coeur du plus singulier lieu de la métropole. Pour moi, photographier le Parc Olympique de Roger Taillibert et l’interpréter selon ses véritables intentions architecturales représente une lourde charge de travail en re-cadrage et en photoshop, et l’abandon de certaines perspectives fortes intéressantes mais trop contaminées.

Une survivante, Montréal

Pour ceux qui se sont rendu jusqu’à la fin du texte, vous serez heureux d’apprendre que le Parc Olympique de Montréal constitue un phénomène exceptionnel de succès malgré les bourdes. En effet, une majorité des villes olympiques a vu leurs installations être abandonnées à la déchéance de la macroétat donné. À Montréal, nous avons contré le désordre amorcé par le système thermodynamique fermé, une affliction naturelle expliquée par Ludwig Boltzmann vers 1875 grâce à sa théorie de la physique statistique des microétats possibles pour un macroétat donné et inéluctable. Elle dit : les choses évoluerons de l’ordre vers le désordre et dans cet ordre. Le désordre est le destin de toute chose. Ainsi, encore une fois, et malgré toutes les embûches, les mauvaises langues et la macroétat inéluctable, les québécois ont réussi un coup fumant de gestion urbaine en réorganisant le Parc Olympique. S = k log W #fortenmarketing. Ok bye.

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Mots et Images : Eric Soucy

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