Plein Soleil sur Saint-Henri

‘autant de montréalais’ — une renaissance sans tanneries ©


Zénith dans Saint-Henri

Oui, le soleil était plein plein cette journée là. Au zénith ensoleillé, ce n’est pas le meilleur moment pour la photo. N’empêche, je me suis commis à ce ‘autant de montréalais’. En photographie de rue, on ne choisit pas toujours son moment. Voici quelques bonnes images prises cette semaine dans le mythique quartier ouvrier du Sud-Ouest, Saint-Henri.


Un quartier des plus singulier

Il semble bien que le soleil ne soit pas la seule chose qui soit au zénith dans Saint-Henri. Le Marché Atwater n’a jamais été aussi dynamique que depuis les années cinquante. Et, la rue Notre-Dame n’a plus rien à envier à ses contemporaines du Plateau et de HOMA. Les bonnes adresses se multiplient, l’industrie et les résidents se diversifient, on y trouve des initiatives urbaines et des projets artistiques de pointe, et, le canal de Lachine est devenu une véritable perle d’oasis urbaine. C’est un quartier ouvrier riche d’histoire qui vit une renaissance remarquable. Pour ça il faut dire un gros merci aux intervenants qui ont eu la clairvoyance de préserver et réhabiliter les berges du canal. La préservation de cette infrastructure est en grande partie responsable de cette renaissance. Aujourd’hui, Saint-Henri est recherché, et un des quartiers les plus singulier du Canada. La raison est simple, il présente l’une des plus belles qualité de vie en ville. Il s’agit une fois de plus d’une démonstration claire que l’héritage architectural et industriel des quartiers traditionnels porte en lui un potentiel de richesse énorme. Espérons que cette leçon sera enfin assimilée une fois pour toute par nos leaders à l’hôtel de ville.


Un quartier à photographier

J’aime beaucoup me balader dans Saint-Henri. Pour un photographe de rue c’est un quartier avec une banque inépuisable de sujets. Cette journée là, je n’ai couvert qu’une petite partie de ce trésor urbain. Les pôles du FATAL et du square Georges-Étienne-Cartier vallent aussi le détour pour tous les curieux.

Quand Montréal n’avait d’autre plan que de favoriser l’industrialisation

Typique des quartiers du Sud-Ouest dans son aménagement, Saint-Henri n’est pas quadrillé d’avenues et de grands boulevards sur un plan rectiligne parfaitement droit comme dans les quartiers de l’Est. Ce design lui confère un grand attrait pour la composition. Il offre des perspectives différentes, expose l’architecture, et ouvre la vue sur le ciel à plein d’endroits. Pour le design urbain c’est aussi plus intéressant car on y trouve de nombreux espaces irréguliers inconstructibles qui permettent la création de places publiques en carrefour, de mini-parcs haltes urbaines et d’installations éphémères. On y trouve aussi des ruelles vertes très spéciales. Seul une visite guidée avec un expert peut vous faire découvrir les secrets les mieux gardés de ce quartier 😉


L’arroseur arrosé…

J’ignore si cette photographe a comme moi pris la scène, ou si j’étais son sujet principal. Quoiqu’il en soit, elle semble s’être coordonnée parfaitement pour un déclenchement simultané. 🙃 Je shoot vers l’Ouest, tu shootes vers l’Est, Go !. Nous sommes restés de parfaits étrangers. Mais, en l’espace d'une fraction de seconde, le canal de Lachine fut immortalisé pour la énième fois par deux citoyens en convergence. J’appelle ça de la conscience collective. La photographie de rue est un art de la conscience collective.


Créativité

Je pense que c’est surtout la #créativité du quartier qui me séduit. C’est le propre des quartiers les plus ‘branchés’ de la métropole, la créativité. Elle est commune à environ une demi-douzaine de quartier de #Montréal. Le mot ‘branché’ n’est pas toujours péjoratif. Vous savez, on associe souvent ce terme à l’embourgeoisement et à l’élitisme. Ce n’est pas totalement faux, il se marie souvent à ces phénomènes. Mais qu’est-ce qu’on veut au juste en ville ? On veux-tu une ville morne peuplée de centres commerciaux climatisés, beiges, aménagés de ‘parkings’ d’asphalte, terrains de jeux de mouettes affamées, attirées par l’odeur de friture cuite au sol, qui dansent entre le passage de voitures énervées ?! ou, des quartiers à l’échelle humaine, colorés et respirables, ponctués de commerces locaux uniques ? Facile.

Stop

Surtout, ne me sortez pas l’argument de l’inflation parce que c’est le même prix à la consommation qu’ailleurs, et même moins cher souvent, pour une qualité fraiche et supérieure. Une visite au Marché Atwater vous convaincra. Pour le logement, c’est autre chose oui. La qualité de vie et la proximité, ça se paye quand même. J’ai grandi en banlieue et franchement, je ne pourrais jamais y retourner, elle me plongerait dans une déprime profonde. Ça m’arrive d’être obligé d’y aller pour le travail ou autre chose, et elle n’a pas changé depuis trente ans. C’est même pire, il y’a encore plus de voitures, plus d’agressivité, moins de communauté, et pas plus d’espaces verts. La ‘non-évolution’, Ark… Bon, il y a bien quelques exceptions je suppose. J’aimerais bien qu’on me les fasse connaître.


Apparemment…

Il paraîtrait que la banlieue tente de se réinventer, que les nouveaux développements, et même les banlieues existentes, cherchent à recréer la proximité et les coeurs de village, comme à Montréal. Permettez-moi de douter des résultats. Quand tu es entourés d’autoroutes et de quartiers industriels dotés de coins de rue mesurant 1.5km de long, tu es enclavés pour de bon. Mais, avant de me tirer davantage de tomates banlieusards convaincus, j’aimerais souligner que je n’ai pas de problème avec la banlieue, sauf quand je suis forcé d’y aller, hahaha. Je crois que quand toutes les maisons sont pareilles, que tu t’entends plus penser sur le grand boulevard, et que tout ce qu’il y a à se mettre sous la dent c’est du Tim Horton’s, ça rend un peu fou. Ok ok… j’arrête. Scuzez, S-cuzez.


Ligne verte, ligne orange.

Saint-Henri est desservi par deux stations de métro sur deux lignes, un carrefour urbain naturel, au coeur des quartiers du Sud-Ouest. Il est aussi desservi par deux pistes cyclables, par bus, par bixi, à pied, et même par bateau ! Et oui, le canal est ouvert à la navigation de plaisance depuis 2001, entre Mai et Octobre chaque année. Sortez votre kayak ! Vous essayerez de passer de Dollard-des-Ormeaux à Kirkland en Kayak, ou même à pied ! …ok j’arrête. 😎


Comme un deuxième chez-moi

Je n’ai jamais habité Saint-Henri mais c’est tout comme. Plus jeune, pour rencontrer des gens intéressés il fallait sortir de la banlieue et aller dans les quartiers. Au fil du temps, j’ai continué d’y fréquenter mes commerces favoris. Je m’y retrouve donc assez souvent depuis assez longtemps pour m’y sentir très à l’aise. On dit que ce sont les tanneries qui ont fait Saint-Henri. Cet héritage extraordinaire découvert sur le chantier turcot disparaîtra pour de bon cette année, quelle ironie. Faut croire que #Québec n’accorde que très peu d’importance à l’histoire, quelle surprise. C’est notre devise ici : ‘Je me souviens’ …de rien.


Québec enterre l’histoire

Le gouvernement n’a pas jugé bon preserver et mettre en valeur les vestiges du village des tanneries de Saint-Henri dans son méga projet Turcot. Et pourtant, c’est tout petit. Ainsi, là où se termine la ville et où commence la banlieue, se termine aussi la culture on dirait… On fait rase motte pour le nouvel échangeur qui remplacera celui qui avait avant lui aussi enterré l’histoire. En souvenir : Les tanneries de Saint-Henri.

Sur ce, à +.


Mots & Photographies : Eric Soucy / e.soucy.artiste.photographe

Tous les droits sont réservés à autantdemontréalais/fi3200/ericsoucy/2017

toute reproduction ‘et’ ‘ou’ utilisation de ses images doit être d’abord accordée par le photographe

ericsoucy_@hotmail.com

514–867–5201

>> autant de montréalais décor