‘Le Punk Man in rag’ — In French 😎

‘autant de montréalais’ 11.08.18 ©

‘Punk man in rag’

L’autre jour j’étais sur ‘St-Lo’, le punk man in rag m’a donné une superbe photo. D’autres gens voulaient bien être dans le cadre aussi, il appert. Pour une minorité je suis un agent d’inconfort, pour une majorité, je suis une distraction amusante. Heureusement que je ne fais pas de la photographie de rue classique, celle qui met l’accent sur l’humain, puisque cela impliquerai des captures de visages de tout près, les montréalais ne sont pas prêts pour ça. Et pourtant, dans les années 30' et 40', ceux-ci se laissaient prendre au jeu par les William Notman et Conrad Poirier. Je suppose que cette discipline est disparue de la conscience collective et sociale depuis, et que la paranoïa s’est installée, symptôme d’un traumatisme dû aux attaques du 11 Septembre 2001 et de la surveillance qui en découle depuis, peut-être. Ou à cause du phénomène des médias sociaux versus la vie privée… ou juste à cause d’une intolérance face à l’expression artistique. Qui sait ? Toutefois, petit à petit, certaines craintes et certaines incompréhensions se dissipent, et la photographie de rue redevient sympathique, même populaire. La nouvelle génération porte ce nouvel élan. Un peu comme Montréal, elle a une volonté de sortir de l’ignorance. Quant à moi, j’ai encore le feu de la photographie de rue.

Montréal à petits pas

Montréal sort lentement mais sûrement d’une longue agonie qui dure depuis près de quatre décennies, elle s’améliore petit à petit. Comment expliquer qu’elle ne se soit jamais (ou pas encore) effondré, comme Détroit ou Baltimore ? — elle appartient pourtant à la même gamme des villes industrielles de l’Est du continent, construite sur un modèle économique manufacturier — Son passé glorieux ? Son histoire ? Son héritage culturel européen ? Son grand fleuve ? De nouvelles politiques économiques ? Son succès touristique ? Son faible taux de criminalité ? Ses Universités ? Un peu de tout ça, mais aussi un peu grâce à nous, les Montréalais de ma génération et ceux de la nouvelle génération, qui voulons une ville du 21e siècle.


Une ville et son peuple : sans envergure

Ce sont les Montréalais surtout qui font revivre la ville — j’ai suffisamment d’âge maintenant pour avoir vu trois cycles différents de Montréal : les années 90', 2000, et 2010. Avant, j’étais un peu jeune, mais tout de même, j’ai des souvenirs clairs de comment Montréal était dans les années 80'. À l’époque, je découvrais ma ville, une sinistré d’un monde postindustriel empreinte d’une culture trouée par sa mémoire médiocre, une ville contaminée de punks de rue violents, les OI’s. Une ville sans vision ni direction, un vieux Montréal quasi abandonné, une nouvelle architecture de papier sans valeur, et des rues commerciales dépouillées de leurs plus beaux attraits. L’héritage du Maire Drapeau, ce mégalomane qui nous a donné le Parc Olympique et une Exposition Universelle exceptionnelle de laquelle nous n’avons rien retenu — il faut dire que les québécois et les montréalais de l’époque érigeaient une ville à l’image de leurs connaissances : sans envergure. Malgré les grands auteurs-compositeurs de la décennie précédente, et les révolutionnaires du Refus Global, la métropole québécoise était devenue un point sur la carte, sans plus — dans les années 80', seul le Club de Hockey Canadiens définissait Montréal. Heureusement, la métropole redevient pertinente, lentement, et ça a commencé en 1987, avec le FIJM.


La voie publique et un fou de la gauche municipale

Depuis son retour des profondeurs ténébreuses de la médiocrité, Montréal revitalise ses quartiers centraux — vaut mieux tard que jamais. Ça a commencé sur le Plateau Mont-Royal, qui, en 2010, avait des airs d’abandon, des airs de Détroit. Aujourd’hui, l’offre culturelle et commerciale est de retour, et ses habitants recommencent à se balader dans ses rues, à occuper ses terrasses et ses restaurants. Les foires commerciales et autres festivals y pullulent. Ses saillies fleuries et ses ruelles vertes nous permettent de respirer un peu mieux, et accueillent à nouveau les abeilles. Les voitures sont un peu moins nombreuses. Les cyclistes y sont heureux, et la joie de vivre est revenue. Et pourtant, le responsable de cette renaissance, Luc Ferrandez, est vu par plusieurs comme un fou de la gauche municipale. Il n’est pas un visionnaire en matière de design urbain puisque le remodelage des villes industrielles est entamé depuis deux décennies dans le monde occidental, en Europe et aux États-Unis. Dans plusieurs cas, des villes ont même terminé cette révolution, elles affichent aujourd’hui une qualité de vie recherchée et bénéficient d’investissements majeurs, villes au succès économique renouvelé. C’est le cas des grandes villes de Scandinavie, de Lyon, de Philadelphie, Portland, entre autres.

J’aime mon char, l’extension de mon pé**s

Non, Luc Ferrandez n’est pas un visionnaire, ni un bobo, il n’a fait qu’étudier ce qui se passe ailleurs et a constaté l’évident : certaines vieilles villes sont gérées avec la connaissance et l’expertise, elles se tirent ainsi d’affaire. D’autres insistent pour ne pas évoluer (leurs citoyens surtout). La connaissance et l’expertise font la différence. On ne peut en dire autant de la majorité des Montréalais. Oui, nous sommes encore très loin derrière les autres en matière de culture et de connaissances, et ça, sa freine la revitalisation de la métropole. Montréal est la dernière grande ville Nord-Américaine à continuer de s’étendre en construisant des banlieues basées sur un design urbain du siècle dernier. La voiture est toujours et encore le centre de la vie des québécois. Construisons des autoroutes et des grandes surfaces munies de stationnements géants, c’est ce que le peuple veut…

Un moron aux commandes de Montréal

Pire encore, les québécois de l’extérieur de Montréal acquiescent davantage cette ambition. Qui plus est, on risque fort de voir ce segment de la population québécoise prendre le pouvoir, incarné par la CAQ. Ce qui sera alors décidé pour Montréal sera décidé à l’extérieur de Montréal, par des non-montréalais, à Québec surtout, où les citoyens veulent l’élargissement des autoroutes, misère… D’ailleurs, Legault, une fois Premier Ministre Provincial, propose d’étendre le REM jusqu’à Chambly, une lointaine banlieue de Montréal — ça va être beau ça aux heures de pointe à la station de métro Bonaventure sur une ligne orange déjà complètement saturée depuis il y a belle lurette. L’ignorance à fait son oeuvre dans les années 70' et 80', alors qu’on a détruit la seule chose que Montréal avait : son héritage historique (merci aux femmes cultivées, notamment Phyllis Lambert et Blanche Lemco-van Ginkel, d’avoir sauvé ce qui resta du vieux Montréal). Il semble bien que l’ignorance sera bientôt de retour et que nous reculerons en matière de design économique et urbain— peut-être le dernier coup de grâce au moteur économique du Québec — une véritable tragédie grecque pour Montréal, à l’aube d’un rétablissement qui fonctionne, l’oeuvre d’un Trump québécois ? Oui, je suis cynique et plus pessimiste que jamais, je suis réaliste surtout, je vois et j’entends ce qui se trame.


Quel dénouement ?

Ce qui s’en vient pour Montréal dans la prochaine décennie déterminera si elle se positionne avantageusement sur le marché, ou si elle sombrera à nouveau dans une fausse économique, sociale et culturelle, de laquelle elle ne pourrait jamais ressortir. En attendant ce dénouement, je continuerai de la photographier et d’émettre mon opinion à travers ce blogue. Et ce, malgré ce que j’avais promis il y a quelques semaines, c’est à dire de parler photo seulement. Et bien je me ravise, l’action m’intéresse davantage. Après tout, n’est-ce pas à ça que sert l’art ? Offrir d’autres points de vue.

Mots & Photos : / ERIC SOUCY . PHOTOGRAPHE de MONTRÉAL

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