✵ sur la plage avec David Bowie

L’éternel retour

Entre une séance photo et une réunion-graphisme, je m’esquive quelques jours vers l’un des grands amours de ma vie: l’océan.

Échappée belle par le train, direction le beurre salé et le soleil en coin de visière. Chaque geste devient un rituel vers d’impatientes retrouvailles: wagon laissé loin derrière, gare quittée à tribord, bagages posés à l’arrache, déjeuner d’affamés oublié, pieds nus libérés, pantalons retroussés. Salut les goélands ! …petites muses sauvages aux ailes d’anges.

Vite! Le sable, les orteils dedans, et là, juste devant, immense nappe de bonheur, infini de vagues bleu-pétrole, griffé par quelques nuages en meringue de velours.

Je reste immobile, ma casquette-matelot-délavé enfoncée jusqu’au dessus du nez.

Au bout de 3 minutes à rêvasser sur les vagues, je remarque deux jeunes filles assises côte à côte, à quelques mètres de moi. Leurs voix de mouettes se perdent joyeusement dans l’éther. Elles partagent les écouteurs d’un casque branché sur IPhone.

- Tiens, écoute celle-la. C’est ma préférée

- J’adore ! C’est quoi son nom ?

- etc…

Je me prends au jeu d’imaginer qui elles écoutent. Avec l’espoir crétin de trouver la réponse sur leur habitudes, détails vestimentaires, manières, expressions, âge.

Plein de noms me viennent à l’esprit. Quand j’entends soudain quelques notes qui me remuent le cerveau.

Les écouteurs laissent échapper une bouillasse sonore saturée-méconnaissable, mais pourtant … Je connais cette musique !! c’est quoi déjà le titre ?? ..jusqu’à l’étincelle :

  • «Oh ! You pretty thing !..»
  • Bowie !… C’est Bowie !!

Je reste scotché. Une fois de plus le monstre sacré confirme son génie.

2016. Elles n’ont pas 20 ans. Elles kiffent David Bowie.

À 20'000 lieues loins des mers d’industrie, elles… elles sont sur la plage avec David Bowie, l’albatros «prince des nuées». L’une parle de sa voix, l’autre de ses textes…

Je les regarde sans un mot… Joyeux, juste joyeux. Le grand oiseau libre n’est pas tout à fait parti, malgré les marées de mode et cascades productives.

Peut-être est-ce à cela qu’on reconnaît les «stars» ? ( je veux dire les vraies, …avant que la télé ne fasse commerce éphémère du sens de ce mot )


Des nuages arrivent, couvrent puis passent. Nos plafonds changent, se repeignent aux couleurs du temps, des époques. Nos spectaculaires feux, artifices, font de légères giclettes au ciel.

Et bien au delà, au dessus, autour, en dessous, ailleurs et pourtant tout près, se tiennent vos Aigles noirs, vos Nymphéas, Chartreuses de Parme, petites et grandes Madeleines, vos «Imagine» «Let’s dance» et «Bohemian Rhapsody»

De la beauté à en ouvrir la mer.

Partout l’éclat de vos œuvres inonde - une éternelle inspiration d’âmes créatives pour un monde qui cherche son souffle.

Les goélands s’éclaboussent à tire d’ailes.

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