Et si la FrenchTech pivotait ?

L’Initiative French Tech a emporté, depuis sa création en 2013 sous l’impulsion de Fleur Pellerin, l’ensemble de l’écosystème startups. Fierté, cohésion et coordination ont permis au label de faire rayonner nos startups à l’international. En cinq ans, la FrenchTech a, on peut l’écrire, rempli sa mission et dépassé toutes les espérances.

Malgré ses nombreux atouts, le label en forme de coq connait aujourd’hui ses premiers doutes et se confronte à plusieurs attentes de la part des entrepreneurs et des investisseurs du numérique.

Plusieurs constats sont à faire :

  1. Une marque forte et fédératrice, mais trop centrée sur la communauté française. Dans un contexte d’internationalisaton exponentielle, la mission doit penser au-delà des métropoles, au-delà de Paris, en Europe et au-delà.
  2. Un mouvement qui mérite de nouvelles ambitions : les scale-ups devraient s’identifier à la marque.
  3. Un risque de dévoiement et gadgétisation si on le lui donne pas plus de sens dans le cadre d’une mission refondue.
  4. Un risque d’essoufflement sur la mobilisation des entrepreneurs si des points d’ancrage concrets ne sont pas définis ; on entend de plus en plus la meme rengaine « à quoi ca sert ? ».
  5. Une réussite par rapport à d’autres écosystèmes européens (STING, Digital Hub Initiative, Lisboa Start Up Lab, …), mais le Royaume-Uni met au défi le label FrenchTech avec TECHNATION (fusion de TechCity UK et Tech North) et son programme FUTURE50 (Focus SCALE UP). Ces dispositifs positionnent le pays en tant que leader international & multiculturel de la Tech en offrant des outils concrets d’accompagnement, notamment centrés sur les scale-up pour les entrepreneurs résidant en Angleterre, quelle que soit leur nationalité.
  6. Un besoin de coordination & harmonisation plus fort entre les régions, et entre les métropoles.
  7. Le succès du label a engendré la multiplication d’initiatives qui se chevauchent (FRENCHTECH, CREATIVE FRANCE, FRENCHFAB, …) et entraine de facto une incompréhension à l’international; cela démontre la force créative française, mais il faut penser ces programmes en terme d’impact et donc concentrer les moyens pour plus d’efficacité.
  8. Une gouvernance qui doit s’émanciper de la sphère publique.

De ces défis naissent des opportunités :

  • Simplifier la gouvernance du mouvement
  • En confier la gestion a des entrepreneurs emblématiques
  • Le transformer en véritable outil non seulement de promotion, mais aussi de conquête au services des entrepreneurs

Des exemples à suivre

TechCity UK lancé en 2011, récemment rebaptisée TechNation en fusionnant tous les tech clusters anglais, est une organisation indépendante, financée par le public et le privé. Theresa May vient d’annoncer £21m supplémentaire de soutien public pour les 5 prochaines années. La part du public dans le financement de la structure représente maintenant 70% avec une baisse programmée de 5% tous les ans. Elle a une mission claire de soutien concret a l’ecosysteme avec un focus particulier sur les scale up : “We help start-up and scale-up digital tech companies accelerate their growth through a series of programmes, research & events aimed at boosting the number of high-growth businesses in the UK, raising the profile of the sector, and providing a feedback loop from business to government to help shape policy. We also work to eliminate the issues that hold back startups such as skills and access to finance” . Sa gouvernance est simple avec un board de 6 directeurs entrepreneurs & investisseurs, complété d’un advisory board de 7 entrepreneurs.

Pour la FrenchTech London lancée officiellement en avril 2016, une des solutions trouvées a été la création de la « Company Limited Organisation By Guarantee ». Cette structure privée, composée d’entrepreneurs avant tout, avec l’appui des services de l’état (Business France, Services Économiques de l’Ambassade) et de la Chambre de Commerce, bénéficie d’un financement mixte et structure l’animation du label de façon autonome avec le soutien des équipes de la Mission FrenchTech a Paris. Le board est composé de 6 membres fondateurs et 4 autres directeurs; la structure lance en 2018 un programme d’ambassadeurs locaux, sur différentes thématiques business pour animer des communautés IOT, IA, FINTECH, au- delà du cercle français …

Elle remplit une triple mission:

1- Fédérer l’ecosystème français très dynamique àLondres

2- Accompagner les Entrepreneurs qui arrivent Outre-Manche

3- Faire rayonner la FrenchTech au UK au delà de la communauté française. Le mouvement Londonien est parrainé par Bernard Liautaud, co-fondateur de Business Object & Directeur du Fonds Balderton Capital.

Si la Mission FrenchTech a coché toutes les cases des défis des dernières années, il est temps d’engager la mue afin de répondre aux défis d’un écosystème plus mature :

  • Une organisation indépendante des enjeux administratifs & plus agile,
  • Une gouvernance simplifiée avec un “board” composé à majorité d’entrepreneurs & d’investisseurs, intégrant des représentants de l’Etat ,
  • Un président entrepreneur porte parole du mouvement en France et a l’étranger
  • L’innovation étant la priorité du gouvernement, il associe directement la Mission FrenchTech au Secrétaire d’État en charge du numérique, lui-même rattache au Premier Ministre
  • Une équipe opérationnelle resserrée autour de 10 personnes et 10 responsables de Hub prioritaires
  • Le développement d’outils concrets pour optimiser l’effet de réseau créé depuis 5 ans, et pour permettre aux Entrepreneurs français de chasser en meute à l’étranger
  • La protection de la marque dont la valeur ne fait aucune doute pour l’ensemble de l’ecosystème
  • Un financement mixte public et privé

En tout état de cause, nos startups grandissent, doivent devenir des scale-ups créatrices d’emploi dans la durée, et leurs besoin évoluent. La Mission FrenchTech doit évoluer avec elles en pivotant : d’une mission de communication , elle doit se transformer en une veritable plateforme-réseaux au service de l’écosystème.

Rachel Delacour — Co-Présidente de France Digitale

albin serviant— Entrepreneur, co-fondateur - Président de la FrenchTech London et Ambassadeur France Digitale à Londres

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