20 ans plus tard : La Haine

Il y a 20 ans jour pour jour sortait en salle le film La Haine de Mathieu Kassovitz avec Vincent Cassel, Hubert Koundé et Saïd Taghmaoui. Le film était projeté 5 jours plus tôt à Cannes, et 20 ans plus tard, le magazine Snatch en fait sa une et un dossier spécial.

La haine : une comédie

Il y a quelques semaines, Mathieu Kassovitz, invité du petit journal de Yann Barthès à l’occasion de la sortie de sa nouvelle série sur Canal +, confiait que les discussions autour d’une suite, si elles sont bien en cours, sont de plus en plus compliquées. “Ça prend du temps parce que c’est un sujet très difficile, et qui devient de plus en plus difficile de jour en jour. […] Le problème de La haine, c’est que La Haine c’est une comédie, et si ça a plu aux gens c’est que c’était une comédie. Et c’est très très difficile aujourd’hui d’imaginer La Haine 2 sous forme de comédie.” C’était fin avril. Et cette phrase à résonné en moi comme une révélation.

J’ai vu La Haine il y a deux ou trois ans peut être. Je l’ai vu tard. J’avais 11 ans quand il est sorti. C’était une référence et le film culte pour certains de mes camarades au collège et au lycée. Mais je n’y étais pas sensible. Près de 20 ans plus tard, je l’étais beaucoup plus. J’ai trouvé le film intelligent, bien emmené, certains dialogues m’ont fait sourire, d’autres savaient très bien créer la tension. Mais jamais je n’ai vu le film comme une comédie. Il m’a fallut les mots de Mathieu Kassovitz en cette soirée d’avril 2015 pour lever les yeux de ma TV et me dire “ ah ouais ? … ah ouais !”

Une enquête de 40 pages pour un film vieux de 20 ans

Le mensuel Snatch encore en kiosque pour quelques jours revient sur l’histoire du film, l’histoire de sa BO, l’histoire du quartier et l’histoire d’un fait divers qui a inspiré le film. 40 pages d’un magazine qui en fait 84, ça semblait compliqué de faire une Une différente de celle-ci, placardée un peu partout dans Paris :

Snatch Mag de mai 2015 — dans les rues de Paris

Pourquoi tenir à en parler ici aujourd’hui : parce que les media c’est aussi ça. Faire des films qui résonnent encore et toujours 20 ans plus tard ou bien des magazines qui vont s’en faire l’écho et prendre le temps de ne traiter que de 3 ou 4 autres sujets pour tenter d’aller au bout d’une investigation à laquelle on leur refusera néanmoins les interviews des 4 principaux concernés, cités dans les premières lignes de cet article. Si le film suscite encore de quoi aligner des pages aujourd’hui, c’est peut être parce que justement le sujet des banlieues et des rapports entre elles et l’autorité de l’état y est traité de façon un peu différente, sur le ton de l’humour, un humour qui grince un peu parfois, un humour noir de temps en temps, dans une esthétique en noir & blanc (justement) impeccable. Mathieu Kassovitz a en ce sens bien raison : nous manquons sérieusement d’humour, et tout ce qui va avec (prise de recul, angles d’analyses différents, …) sur ces sujets ces derniers temps.

Nous manquons tout simplement de nous informer ailleurs que dans une instantanéité fondée sur des évènements précis. Pourtant des magazines ou mook qui vont prendre le temps sur ce genre de sujets, il y en a pas mal. Parce que c’est un sujet majeur. Il s’agit de savoir comment on construit le “vivre ensemble” d’aujourd’hui et de demain, sur quelle réalité d’un pays qui restera (je l’espère, je lui souhaite) ouvert aux autres. L’hebdomadaire le 1 du 29 avril par exemple “LE CORBUSIER, LA VILLE ET NOUS”. Il y a aussi l’avant-dernier numéro de Néon : un reportage sur un repenti djihadiste qui fait aujourd’hui de la prévention dans certains quartiers…
Et ce ne sont que les exemples qui me viennent à l’esprit, à notre disposition, pour nous, les petites fourmis perdues dans l’univers intergalactique.


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