Malgré sa petite taille, la Belgique est un pays dans lequel une région peut fort différer d’une autre, surtout lorsqu’on compare le nord et le sud. In het noorden wordt het inderdaad nederlands gesproken, tandis que dans le sud, on parle français.

En septembre dernier, j’ai décidé de quitter le confort linguistique que j’ai à Bruxelles pour aller étudier et vivre 5 mois à Anvers, la plus grande ville néerlandophone du pays. Malgré tous les avis que j’ai pu recevoir, je n’avais aucune idée de ce à quoi je pouvais m’attendre.

Depuis, je suis tombé amoureux de cette ville et de ses habitants, qui sont différents de l’image que l’on aime avoir d’eux en Wallonie ou à Bruxelles. Voilà pourquoi j’ai décidé de partager avec vous ce que j’ai appris là-bas.


5 mois de l’autre côté. Mémoires d’un francophone.

par JM Santolin.

Photo © Peter Dekoninck

Attention les yeux

C’est sans doute l’une des caractéristiques les plus connues de la ville d’Anvers : sa richesse.

La gare est magnifique, mélangeant l’architecture ancienne et moderne. Les centres commerciaux ont des allures de palais royaux. Si vous avez besoin d’argent liquide, vous pouvez pousser les portes plaquées or de la banque et utiliser ses distributeurs disposés dans un grand hall en marbre et en parquet. Et je ne compte plus le nombre de Tesla Model S que je vois.

Toute cette beauté est en plus très facilement accessible. D’autant qu’Anvers, c’est la Flandre, et la Flandre, c’est le vélo. Tout est prévu pour, et tout le monde l’utilise. Ecoliers, businessmen, hipsters, étudiants, personnes âgées, hommes ou femmes.

Ceci dit, la beauté de cette ville à l’air également liée à la mentalité de ses habitants. En 5 mois, j’ai par exemple rarement vu un déchet à terre, même dans les quartiers plus populaires. Et pourtant, il y a peu de poubelles publiques. Apparemment, c’est inutile d’en placer plus vu que les gens gardent de toutes façon leurs déchets jusque chez eux.

Shopping Stadsfeestzaal — Photo © Crowne Plaza Antwerpen

Un accueil inattendu

Toutes les personnes qui m’ont partagé leurs avis avant que je ne parte m’ont fait la même remarque. Les Anversois ne sont pas très sociables. Ils sont d’ailleurs assez fermés, et vu l’importance que Bart De Wever et la NVA ont dans cette ville*, ce n’est vraiment pas en étant francophone que ça aidera.
*la NVA est un parti nationaliste flamand. Bart De Wever est son président, et bourgmestre (maire) de la ville d’Anvers.

Alors vous pensez bien que j’ai été surpris de vivre la situation inverse. À peine avais-je commencé à me demander comment j’allais trouver mon équipe de projet qu’un petit groupe d’étudiants me propose de travailler ensemble, après m’avoir attendu à la sortie du cours.

Le soir même, je fais connaissance avec Gilles, Anthony et Riek qui m’expliquent le fonctionnement de la plateforme en ligne de l’école, me font visiter la bibliothèque et me donnent quelques tuyaux pour certains cours. Aujourd’hui, ce sont de bons amis qui m’ont fait découvrir de nombreux bars d’Anvers, à qui j’ai présenté ceux de Bruxelles, et avec qui j’ai pu préparer le meilleur projet de l’année d’après le jury.


Cathédrale d’Anvers — Photo © JM Santolin

Ik spreek nederlands

L’un des buts principaux de cette aventure était de perfectionner mon néerlandais. En Belgique, d’un point de vue professionnel, parler le néerlandais couramment est un énorme atout, et souvent une obligation.

C’était aussi l’un de mes objectifs personnels. Dans un pays qui a du mal à rester uni, il me semble que le fait de dire que l’on est pour l’union ne suffit plus. Apprendre le néerlandais en immersion et découvrir la Flandre était donc selon moi une bonne manière d’agir à mon échelle pour mon pays.

Durant le premier mois, le changement de langue a été compliqué. Très fatiguant surtout. Mon esprit n’avait pas l’habitude de se concentrer en permanence sur chaque mot. Sans parler des conversations à plusieurs personnes qui parlent en même temps.

Mais petit à petit, je me suis senti de plus en plus à l’aise dans la langue. Pour y arriver, j’ai utilisé quelques petites techniques.

  1. Pratiquer un maximum. En posant des questions dont je connais la réponse par exemple. Ou pas, peu importe. Mais en suscitant la discussion.
  2. Prendre l’accent. En me mettant à rouler les R, je me suis mis dans mon rôle. Sur le moment même, ça n’a évidement rien changé à mon niveau de néerlandais. Mais ça aide, comme le costume de Dark Vador aide son acteur à prendre la peau du personnage.
  3. Vivre néerlandais. Lire du néerlandais. Ecouter du néerlandais. Manger du néerlandais. Tout le temps. Jusqu’à ce que je n’en puisse plus. À ce moment-là, je vais dormir, puis je recommence.

Grâce à ces trois techniques, j’ai rapidement commencé à sentir que mon niveau évoluait. Et pour vous donner une idée, voici mon niveau oral aujourd’hui.

Et finalement, je n’ai pas eu une seule remarque ou allusion liée au fait que je sois francophone, alors que c’était la crainte qui revenait le plus souvent dans mon entourage avant mon départ. Je dirais même au contraire. Je me suis très vite senti à l’aise avec les gens là-bas, tant aux cours que dans les grandes surfaces, à la pharmacie, au cinéma, avec les voisins ou en ville.

Anvers est d’ailleurs globalement une ville très accueillante. On découvre très vite la grande communauté juive dans le centre, qui a l’air d’être bien intégrée. Pareil pour les homosexuels, qui semblent aussi y vivre sans aucun malaise ni tabou.

Evidemment, je suis peut-être seulement tombé sur les bonnes personnes, mais mon expérience m’a malgré tout donné l’impression que les francophones sont les bienvenus, contrairement à ce que l’on pourrait croire.

NB : À mon retour, mon nouveau professeur de néerlandais me demande si j’avais suivi ma scolarité en néerlandais, et des amis bilingue affirment que j’ai un accent anversois quand je parle néerlandais. Objectif atteint ?


par JM Santolin

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