Apprendre à se connaître : cette déconcertante banalité qui régit notre bonheur au quotidien

Voilà approximativement 200 000 ans que l’évolution a créé physiologiquement l’Homme tel que nous le connaissons aujourd’hui. Un être humain doté d’une conscience évoluée. D’un pouvoir de réflexion, d’une capacité de décision, d’une conscience de soi.

200 000 ans.

Et pourtant en 2016, combien de personnes sont capables de se dire honnêtement : Ok j’ai compris, je fonctionne comme ça, ceci est bon pour moi, j’ai trouvé mon but dans la vie.

Si j’en crois ce que j’observe au quotidien, dans la rue, au travail, dans mon entourage : pas des masses.

La plupart d’entre nous associe cette question à des réponses simples : mes parents sont ces personnes, ils m’ont fait, je viens de tel endroit, je vis à tel endroit, je fais tel travail, j’ai tel et tel ami, j’ai un frère et une soeur. Certains ont construit plus ou moins rapidement une vie satisfaisante, s’appuient sur un couple solide, ont des enfants qu’ils aiment, sont à l’aise financièrement. D’autres comme moi ne se reconnaissent pas spécialement dans tout ou partie de ces postulats, du moins pour l’instant, et cherchent activement à progresser dans leur propre quête, au gré de réflexions qui paraissent parfois anormales, stériles ou sans fin.

Mais dans tous les cas de figure, que ce soit ces gens qui ont une vie qui semble toute tracée ( et que j’envie parfois, mais qui ont certainement aussi leurs questionnements et problèmes à régler ), ceux qui y travaillent, ceux qui sont perdus, combien de personnes qu’on connaît vraiment n’a t-on JAMAIS entendu dire “Je suis perdu.” ou “Je ne sais plus où j’en suis.” ou “A quoi ça rime ?”. Souvent suite à une grosse déception, un drame, un gros imprévu. Parfois comme un état semi-permanent ou permanent.

Les facteurs qui régissent notre connaissance de soi, et donc notre quête de bien-être sont très nombreux : passé, éducation, normes sociétales, fonctionnement de notre cerveau, impulsions hormonales, et j’en passe. Qu’on soit l’esclave de ces choses ou qu’on lutte activement contre, on traverse tous plus ou moins des phases où rien ne paraît évident. Où suivre sans fin le cheminement de notre pensée nous amène à une évidence : nous sommes perdus. Parfois c’est momentané, après une rupture ou une perte, le temps d’encaisser. Parfois ça dure des mois ou des années.

On peut avec le temps se trouver des repères qui nous aident, comme des amis intelligents et compréhensifs, comme consulter un(e) psychologue. Mais mêmes dans ces cas la vérité apparait vite évidente : c’est à nous de trouver nos réponses. Votre ami(e) peut vous faire part de son avis ou de son expérience, mais ultimement ça ne sera valable pour vous que si c’est adaptable à votre situation. Un(e) psychologue peut être d’un grand secours, mais seulement si vous êtes capables de faire un travail d’analyse sur vous-même. Il/elle pourra mettre certains de vos schémas ou vos névroses en évidence, mais seulement si vous jouez le jeu de vous livrer honnêtement, et que vous avez un peu de recul sur la situation.

Il est incroyable d’observer qu’on peut passer dix, vingt, trente, quarante ans de nos vies sans être capable de se comprendre. Absorbés par le quotidien, distraits volontairement ou involontairement par toutes sortes de choses pour éviter de trop penser. Regarder ses séries tout son temps libre. Boire de l’alcool ou fumer des joints tous les soirs. La vérité c’est que réfléchir sur soi, surtout au début de l’exercice, ça n’a pas grand chose de drôle. On doit analyser activement ses réussites et ses échecs, ses frustrations, ses comportements, ses névroses et essayer d’en tirer des leçons honnêtes. Comprendre ce qu’on peut améliorer. Accepter ce qu’on ne peut pas améliorer. Tout cela est du sens commun, mais combien d’entre nous le font sur une base régulière ?

Cette vérité peut être bête mais je vais quand même l’énoncer : on ne naît pas en se connaissant. Ou peut-être que si, mais que l’impact de la société, de notre entourage, l’éducation, le langage nous font désapprendre ça au fur et à mesure qu’on grandit et qu’on les absorbe. Le résultat est de toute façon le même, on doit apprendre à se connaître.

En tout cas pour ma part, à trentre-trois ans, j’ai la certitude qu’il me reste encore un nombre infini de choses à apprendre et à comprendre sur moi. Et de choses à faire.

Si je devais cumuler les jours où j’ai fait des découvertes fondamentales, où j’ai accepté d’essayer de modifier des comportements récurrents, où j’ai finalement pris des décisions professionnelles ou personnelles qui allaient façonner une partie de ma vie autrement, j’arriverai à quoi ? Peut-être quinze jours sur trentre-trois années d’existence ? Peut-être trois semaines en étant généreux ?

Les raisons à cela peuvent elles aussi être multiples :

  • Une peur irrationnelle du changement. Et j’insiste sur irrationnelle. J’ai un travail qui me rapporte de l’argent, j’ai une sécurité financière, j’ai des engagements. Certes je ne suis pas totalement heureux, mais je ne peux pas envoyer tout ça en l’air quand même ? Sauf qu’en France en 2016, et pour peu d’analyser un peu les risques, ces peurs sont souvent irrationnelles. C’est notre cerveau qui essaye de nous pousser à éviter les gros changements, car la routine nous rassure. La routine on la connait. Le changement, on ne sait pas ce qu’il y a derrière. Alors on préfère focaliser sur LE pourcentage de chance que tout aille très très mal si on fait quelque chose de fou ( ou qui nous paraît fou ), plutôt que sur l’immense probabilité que la situation suivante soit meilleure pour nous. Comme le résumait l’auteur de Wait But Why ? dans cet article sur Elon Musk que j’ai déjà cité ici : Si on vous plaçait dans une simulation réaliste de votre vie à cet instant exact, et qu’on vous disait qu’à part devoir éviter la prison ou laisser vos proches mourir de faim, tout ce que vous faites n’aura aucune conséquence, qu’est ce que vous feriez ? La vérité c’est que dans ce cas de figures la plupart des gens essayeraient de vivre une vie beaucoup plus trépidante que celle qu’ils ont, et le plus drôle c’est qu’ils y arriveraient probablement beaucoup mieux que dans leur vie courante. Ca ne veut pas dire qu’il ne faut pas considérer les risques qui découlent de nos actions. C’est même l’inverse. Le but reste de provoquer des situations qui ont des chances non négligeables d’aboutir à un happy end. Mais ça veut dire que si ce risque est mesuré, il ne faut pas laisser de fausses peurs prendre le pas sur cette décision.
  • La peur du regard des autres. Et particulièrement, la peur de son entourage. Si nos parents nous ont fait comprendre toute notre vie qu’ils aimeraient qu’on soit cadre, on sait que le jour où on va rentrer en rupture forte avec ça, on prend le risque de se fâcher avec eux. C’est un réel problème, et il n’est pas évident de passer ce cap. Mais la vérité, c’est que si on prend ce problème sous un autre angle, il y a des chances que nos parents n’aient pas vécu avec les mêmes contraintes et les mêmes possibilités que vous. Pourquoi alors faire des choix cohérents avec la manière de penser de leur génération ? Et pour aller plus loin, si vous avez peur de ça, c’est qu’à priori vous avez de bons rapports avec vos parents. Si on fait abstraction de la situation de conflit, si vous changez de vie et que vous paraissez BEAUCOUP plus heureux, est-ce qu’ils vont indéfiniment nier les bienfaits évidents que votre choix a eu sur vous ?
    De même en dehors de la famille si vous évoluez violemment ou constamment, vous prenez le risque d’amoindrir ou de détruire votre appartenance à certains groupes sociaux. Si tous vos amis actuels sont des amis que vous vous êtes faits en devenant avocat et que vous décidez de devenir électricien, il y a des chances que votre cohésion sociale mutuelle en prenne un coup, parce que vos problématiques quotidiennes vont s’éloigner. Mais si ce sont vraiment des amis pour des raisons autres que les circonstances, vous le saurez vite.
    S’affranchir du regard des autres. Ca ne veut pas dire envoyer chier tout le monde. Ca veut dire faire sa vie sans se demander ce que les autres vont en penser. Ce n’est pas facile. Mais si vous devez perdre des amis parce que vous n’êtes plus comme eux et que les uns ou les autres ne peuvent l’accepter, c’est un prix à payer pour devenir plus heureux.
  • Une incapacité à savoir ce qu’on veut avec suffisamment de certitudes pour sauter le pas. Et ce point là est peut-être le plus délicat, en tout cas pour moi. C’est celui qui se construit sur des années de réflexions, d’autocritique, de combat et d’acceptation. C’est finalement le seul qui soit un “vrai problème”. Car pour celui-ci il ne suffit pas d’avoir “les couilles”. Comment lâcher ma santé financière, comment quitter ma femme, pourquoi me brouiller avec mes parents, comment choisir mon métier si je n’ai AUCUNE idée de ce que je veux réellement. Ce n’est pas possible. D’où l’importance de se connaître et de se construire sur une base quotidienne.

Se connaître, s’accepter et faire ce qu’il faut pour être heureux au quotidien, ce n’est pas une évidence pour tout le monde. Pour certains c’est un travail de toutes les minutes. Et il suffit de quelques heures / jours / semaines de laisser aller pour devoir repartir à zéro. Enfin pour devoir refaire la mise en pratique du moins, car la connaissance elle sera toujours plus ou moins là une fois acquise. Car des fois ( souvent ? ) ce qui est bon pour nous ce n’est pas ce qu’on fait naturellement si on se laisse aller.

Et se connaitre est d’autant plus compliqué qu’il peut y avoir tout un tas de signaux contradictoires. Il y en a même la plupart du temps. Plusieurs de nos envies peuvent être mutuellement exclusives. Ou notre cerveau, nos émotions, notre instincts peuvent avoir des avis divergents sur des décisions à prendre.

Pour ma part, et étant globalement assez solitaire, quand je suis dans l’inactivité totale et que c’est mon cerveau qui pilote tout, je peux devenir très pessimiste et me maintenir dans un état végétatif. En effet, quand on ne fait plus rien, il devient de plus en plus difficile de ressentir les bénéfices de faire. La mémoire de tout ce qui est induit par des sensations s’efface chez moi beaucoup plus vite que la mémoire de tout ce qui est purement cérébral. Je vais courir pendant 6 mois, et que chaque fois que je cours je me dis “Ouah ça me fait vraiment du bien”. Pourtant si j’arrête de courir pendant trois semaines, en pensant à l’idée d’aller courir mon cerveau va faire abstraction de ça et se contenter de se dire “Boh ça sert pas à grand chose, puis là il fait moche tu sais, ça va pas être agréable. Puis tu as des problèmes de genoux.”. Et comme je ne peux pas aussi facilement me rappeler des sensations des endorphines dans tout mon corps après un jogging, et du bien être mental qui en découle, je vais sûrement laisser mon cerveau l’emporter.

Et des exemples où ma mémoire et ma réflexion obstruent les bons aspects des choses, j’en ai malheureusement des dizaines.

Par exemple, je valorise énormément mes amis les plus proches, mais concernant les inconnus, quand je suis à une soirée où “visiblement” ( et ça aussi c’est idiot car en plus on ne sait jamais sur qui on va tomber ) les gens autour de moi sont d’une classe socio-culturelle qui ne m’attire à priori pas trop, je ne vais faire aucun effort pour aller parler aux gens. Même si je suis terriblement seul à l’étranger depuis des semaines.

Si mon expérience me dictait qu’il ne m’est jamais arrivé de rencontrer quelqu’un d’intéressant en dehors de mes cercles éprouvés, ça ne serait encore pas très grave.

Mais le pire, c’est qu’au moins un tiers du temps dans le passé, j’ai fait des rencontres géniales dans ce type de circonstances. Et que les deux autres tiers, même si je ne me suis pas fait un nouvel ami pour la vie, parler avec les gens m’a fait du bien. Donc il n’y a aucune raison de ne pas le faire. Mon cerveau décide juste d’obstruer ce fait pour m’éviter de sortir de ma routine et d’affronter ma timidité, ou en faisant valoir que je ne reverrai probablement jamais ces personnes alors à quoi bon ? Et je suis bien tenté de le croire comme un idiot. Et lorsque j’affronte ça et que ça se passe bien je me dis “quel imbécile, la prochaine fois tu fonces”. Et vous savez quoi ? Il y a des chances que j’hésite encore tout autant la prochaine fois. Car tant que cette situation ne fera pas partie de ma routine, mon cerveau sera fainéant pour y faire face.

Cet exemple est simpliste, mais il représente bien pour moi les propres pièges qu’on peut se poser. Et dans le cas courant, aller outre ce mauvais instinct n’est pas non plus très compliqué, et le risque est quasi-inexistant. Mais des fois les choses sont beaucoup plus complexes à détecter et à modifier.

Tout notre processus de prise de décision repose en général sur la contradiction entre ce que pense notre cerveau et ce que dictent nos instincts et émotions. Apprendre à se connaître c’est aussi apprendre à donner la priorité à l’un ou à l’autre, à trouver les équilibres qui fonctionnent dans certains cas.

Et pour ça il faut aussi analyser le passé. Parfois on y fait des découvertes surprenantes. Par exemple j’ai découvert par de mauvaises expériences que dans le domaine professionnel j’avais intérêt à donner la priorité à mes instincts. Ce qui n’est pas forcément ce qui m’a traversé l’esprit à mon arrivée dans le monde du travail. Pour un de mes premiers postes salariés, la description sentait bon, le salaire était OK, le speech du boss était cohérent, et il y avait l’air d’y avoir beaucoup de choses intéressantes à faire. Mais mon sixième sens me hurlait que ça sentait mauvais. Qu’est ce que j’ai fait : j’ai signé. C’est un travail, sur le papier tout est bien, mon sixième sens n’a rien à voir avec le monde professionnel, donc j’y vais.

J’ai passé les deux années les plus horribles de ma vie.

La fois suivante, j’ai privilégié mon instinct. Je n’ai jamais regretté ma décision de prendre un poste depuis. A l’inverse, pour mes choix de partenaires féminins, j’ai commencé tout feu tout flamme en fonçant tête baissée dès qu’une femme me faisait vibrer : ça s’est très mal passé. De manière répétée. Et souvent dans des situations où objectivement il n’y avait AUCUNE chance que ça marche. Mais vraiment AUCUNE. Même dans le meilleur scénario imaginable en partant des variables initiales, je n’aurai pas pu construire quelque chose qui soit bon pour moi à ce moment là avec ces personnes. Mais j’y suis allé car “si mes émotions sont à bloc il y a forcément une raison valable”. Du coup maintenant je mets un peu plus de réflexion dans la boucle, je cherche un meilleur équilibre. Si ça n’a vraiment aucune chance d’être une relation équilibrée, je n’y vais pas. Mon cerveau dit à mon corps “Alors oui là de suite c’est con et frustrant hein, mais tu te rends bien compte que j’peux pas encore te laisser aller au turbin dans une situation pareillle.”.

Certains aspects de soi-même demandent beaucoup de temps et d’expérience pour ressortir. Il m’a fallu presque dix ans pour me rendre compte que mes échecs relationnels ( je veux dire par là amoureux mais je n’aime pas ce terme car il est un peu trop étriqué ) rentraient quasiment tous exactement dans le même schéma. Je n’aurai pas pu aboutir à cette conclusion au bout de la première fois, ni de la deuxième fois. Je vivais la relation en suivant mon coeur et mon cerveau au fil de l’eau, en essayant d’être honnête avec ce que je ressentais et la manière dont je marchais. Mais pour discerner un schéma de répétition il me fallait accumuler encore quelques échecs, avoir un échantillon qui ait une vraie valeur statistique. Et encore fallait-il avoir la volonté de l’analyser. J’aurai pu reproduire ce schéma indéfiniment sans jamais m’en rendre compte si certains éléments ne m’avaient pas mis la puce à l’oreille, et si je n’avais pas essayé de comprendre ce qui n’allait pas.

Me demander “Qu’est ce qui cloche avec moi pour que ça finisse toujours comme ça ?” plutôt que me dire “Alala dis donc j’ai vraiment pas de bol quand même. Six fois la même histoire.”.

Et le plus dur avec ça, c’est qu’après avoir compris que je reproduisais un schéma nocif, je n’avais fait qu’un fragment du chemin. J’ai dû ensuite comprendre ce qui n’allait pas dans ce schéma, d’où me venaient les névroses qui me faisaient agir de la sorte. Et le plus frustrant dans ce processus, c’est que même quand on a compris, on est souvent pas encore en mesure de corriger. J’ai accumulé depuis deux échecs supplémentaires, et j’ai progressé, sans aucun doute possible, dans la bonne voie ces deux dernières fois. Mais je n’ai pas encore réussi à outrepasser ces soucis. Et c’est d’autant plus frustrant, que ces deux fois là je me suis dit “HAHA, je sais ce qui va pas mon petit père, cette fois tu vas pas m’avoir.”. Et en fait si. Car dans les relations, on est moins sur la réflexion que sur les émotions et leur bagage. Et contrôler ses émotions ou ses névroses, même quand on comprend pourquoi on les a, pourquoi ce n’est pas bien de faire ceci ou cela, de réagir de telle manière, et bien ça prend du temps. J’ai progressé, j’ai conscientisé le souci, j’ai pu améliorer la situation. Mais il me faudra peut-être encore une ou dix relations pour en venir à bout. Et rien ne me le garantit. Il me faudra peut-être finalement juste accepter que je suis comme ça, et que tel type de relation ne marchera jamais pour moi. Car c’est aussi ça apprendre à se connaitre.

“Mon Dieu, donne moi le courage de changer les choses que je peux changer, la sérénité d’accepter celles que je ne peux pas changer, et la sagesse de distinguer entre les deux.”
Marc Aurèle

Et si comme moi vous êtes très cérébraux, c’est dans cette partie que repose la plus grosse difficulté : le lâcher prise. Quand on a compris que tel aspect de soi ne changera pas, il faut l’accepter et lâcher prise.

Soit en évitant purement les situations nocives pour soi, même si Machin veut tout le temps nous y embarquer, ou même si Chouette a l’air tellement heureux dans une situation similaire. La pression sociale est parfois problématique là-dessus. On est vite tenté de s’approprier ce qui marche pour les autres, même quand il est évident que ça ne marche pas pour nous.

Soit en acceptant que si on les reproduit elles vont sûrement dériver comme d’habitude. Et tant pis. On le sait, et on accepte ce risque.

Dans les deux cas c’est la partie la moins glamour et satisfaisante de l’apprentissage de soi. Mais il ne faut pas perdre de vue le principal : je suis en train de devenir une meilleure version de moi-même, et je suis en train de me donner de plus en plus de clés possibles pour être heureux.

“La vie de chacun d’entre nous n’est pas une tentative d’aimer. Elle est l’unique essai.” Pascal Quignard

Oulala j’arrête pas avec les citations aujourd’hui. Mais cette citation est aussi et surtout valable à l’échelle de tous les autres aspects de notre vie. Elle est notre unique essai d’être heureux, d’être celui que l’on aimerait être.

Concernant le lâcher prise, je sais que pour ma part le physique et l’occupation sont vitaux. Si je ne fais rien de mes journées, mon cerveau tourne en boucle sur les mêmes problèmes, à tel point que je vis dans une bulle déconnectée de la réalité, et même de ce que je ressens réellement. J’en fais un problème purement cérébral et abstrait. Ce qui est affreux, car souvent les choses sur lesquelles je manque de lâcher prise sont des choses qui ne dépendent pas de moi. Ce sont des soucis de timing, des contraintes extérieures, des faits indéniables, des émotions que je ne contrôle pas.

Du coup si je n’ai pas trouvé de solution au bout de plusieurs jours, la raison est simple : il n’y a pas de solution. Du moins pas à ce moment. Pas avec les clés dont je dispose actuellement.

Souvent ce type de verrou mental finit mal pour moi : je veux prendre une décision maintenant car je me rends fou à y penser alors que ce n’est pas le moment. Résultat : je gâche la plupart du temps des possibilités pour retrouver rapidement ma sanité.

Il m’est beaucoup plus facile d’éviter de rentrer dans ces états mentaux que d’en sortir ( en prenant une décision idiote ou précipitée ). Parmi les choses qui peuvent m’être d’un grand secours :

  • En parler avec des proches dont je sais qu’ils sauront m’écouter et me donner des avis cohérents avec moi. Ces amis là on n’en a pas cinquante dans une vie et ils valent très cher. Les amis avec qui faire la fête, ça se trouve, les amis avec qui partager ses problématiques profondes, c’est plus rare.
  • Etre occupé suffisamment. J’ai remarqué qu’en général les situations les plus désagréables au niveau mental m’arrivent dans des périodes de creux ou d’insatisfaction dans mon travail. D’où l’intérêt de m’assurer que ça n’arrive pas de manière exagérée ou prolongée.
  • Faire du sport ou de la relaxation. Pour le sport déjà parce que ça me défoule de certaines mauvaises énergies. Et ensuite parce que ces deux pratiques aident à reprendre contact avec ce qu’on ressent physiquement. Ce qui m’est d’une grande aide pour éviter de foncer tête baissée dans mon univers mental avec le risque de ne pas en ressortir sans une mauvaise idée.
  • Sortir marcher. J’ai toujours aimé marcher, mais ce n’est même pas le seul bénéfice qu’il y a ici. Quand je tourne en boucle je suis souvent enfermé chez moi. Et rien que le fait d’être confronté au monde, à la circulation, aux passants a souvent un effet très bénéfique pour me sortir de mon propre cerveau et m’aider à prendre du recul. Comme si mon appartement était ma boite cranienne, et sortir marcher me remettait dans un environnement qui englobe mon corps et le reste du monde à nouveau.

C’est pour tout cela d’ailleurs que j’ai récemment décidé de mettre en place une routine quotidienne ( oui on sait Vincent tu as écrit un article sur la routine … ), pour garder le contrôle au maximum sur moi-même et sur l’atteinte de mes objectifs à long terme, même quand j’ai peu de travail. On verra ce que ça dit.

Cette idée de routine m’amène à un dernier aspect que je voulais aborder : connaître les aspects de soi qui régissent notre quotidien. Le micromanagement. On a tous des choses qui se répètent presque chaque jour. Ou des petits choix qui amènent toujours les mêmes conséquences : quand je mange épicé je suis malade toute la nuit. Donc il serait peut-être bon que ça reste très exceptionnel. Quand je bois je deviens violent. J’aurai peut-être intérêt à arrêter de boire, si être quelqu’un de violent ne fait pas partie de mes projets de vie. Quand je bois je réfléchis moins, je suis quelqu’un de cool, et je supporte même mieux mes frustrations quotidiennes. Mais vu que j’aimerais évoluer dans ma vie et que boire m’empêche de réfléchir, il serait peut-être bon que je m’impose une phase de modération pour régler mes soucis plutôt que de les endormir jusqu’au lendemain indéfiniment.

Dans mon cas ça va même jusqu’à des petits détails psychologiques qui peuvent rapidement tourner des journées entières en autodestruction.

Tous les matins quand je me réveille, la première chose que je fais, c’est penser à absolument tout ce qui ne va pas dans ma vie.

Magnifique manière de commencer la journée.

Ca peut aller des dernières nouvelles traumatisantes que j’ai appris ou subi au fait que je n’aie pas envie de bosser. Ou même à des choses sans conséquences comme je fait que j’ai juste eu 4 likes sur mon dernier partage alors que j’avais mis beaucoup beaucoup d’amour dedans.

Mais je commence toujours ma journée par penser à ça. Et je n’ai aucune emprise là-dessus.

C’est l’activité de démarrage de la machine qu’est mon cerveau. Pendant les premières nanosecondes du boot, alors que je suis dans le coma et que je me mets sous tension. Je n’ai aucun moyen de lui dire “HEEEE STOP NAN ARRETE C’EST NUL CE QUE TU FAIS, PENSE A DES TRUCS COOOOOLS”. Non. Je commence ma journée par ça. Je ne peux pas l’éviter.

De même que tous les jours, quand j’atteins un stade avancé de fatigue, mes pensées dérivent à nouveau automatiquement vers tout ce qui ne va pas. Comme à ce moment de la journée mon cerveau est à court de jus, je n’y peux pas grand chose non plus. Si ça arrive ving minutes avant d’aller me coucher ça va, si ça arrive à 16h ça sent pas bon.

Ca, en ce qui me concerne, ce sont des faits. Je dois faire avec. Alors si ma journée est blindée de travail super cool, ça va aller. Car je vais pas me laisser le choix. Je vais me lever et rapidement faire des choses. Du coup ma première phase négative va être coupée assez rapidement par le passage à l’action. Et avec un peu de chance ma phase négative du soir va être amoindrie par la satisfaction d’avoir avancé dans la journée, et n’aura pas trop d’impact.

Si la veille il m’est arrivé un truc incroyablement bien, ça va aussi m’aider. Je vais commencer par penser dix secondes à tout ce qui craint, puis je vais me rappeler qu’il m’est arrivé ce truc cool, et ces dix secondes vont être balayées par 3 minutes de pensées réjouissantes.

Maintenant, si je n’ai pas du tout de boulot et que je suis en phase où je me prends la tête avec quelqu’un, il va se passer quoi : je vais commencer ma journée par me dire que la vie c’est de la merde, parce que c’est comme ça que mes journées commencent. Ensuite je vais continuer à penser à ça pendant trois heures, parce que j’ai rien de mieux à faire. Puis je vais manger, je vais me demander si j’ai pas envie de faire autre chose, mais je serais suffisamment déconnecté pour me convaincre que non, car les seuls trucs que je pourrais faire servent de toute façon à rien. Après quoi je vais être fatigué d’avoir rien fait de la journée et ma deuxième phase négative va rentrer en action à ce moment là. Ah bah dis donc, ça me change de penser à ça, c’est juste ce que j’ai déjà fait toute la journée. Résultat à 19h je suis prisonnier de ma boîte cranienne, j’envie toute la terre qui a des vies si cools sur Facebook, je pense à m’éclater la tête contre un mur, je regrette de ne rien avoir de constructif à faire dans ma vie, et je suis obsédé à l’idée de faire un discours grotesque à la seule personne que je ne devrais pas contacter dans ces circonstances. Tout en sachant que c’est une idée de merde car j’ai perdu toute rationalité mais j’en suis conscient. Super programme. Le plus ironique étant qu’une fois que j’ai vrillé comme ça, l’unique possibilité qui me soulage c’est de faire la seule chose que je ne dois pas faire, mais EN SACHANT QUE CE N’EST MEME PAS CE QUE JE VEUX NI CE QUI EST BON POUR MOI. Une belle leçon de maîtrise, qui donne parfois naissance à des discussions un peu fantastiques comme “Hé salut, alors j’ai besoin de te dire ça, mais en fait je sais que c’est de la merde hein, c’est juste que si je te le dis pas bah je vais continuer à penser qu’à ça. Mais n’en fais rien hein, fais comme si j’avais rien dit. Tout ça c’est dans ma tête, ça te concerne même pas.” Auquel un bon substitut pour moi des fois consiste à écrire une lettre à la personne où je dis tout ce que je pense, mais sans jamais lui envoyer. Ca me soulage sur le coup, et le surlendemain je prends soin de la relire pour me rendre compte de l’état dans lequel je me suis mis tout seul comme un grand.

Bref. Donc pour lutter contre ces faits qui se sont déjà bien trop répétés ces dernières années, et après m’en être rendu compte, le choix cohérent pour ma part est d’être bien occupé dès tôt le matin, pour minimiser la durée de ma première phase négative, et de faire suffisamment de choses constructives dans la journée pour pouvoir minimiser l’impact de ma deuxième phase négative. Et chiller un peu, aussi, quand même, sinon au bout de trois jours j’implose.

Ce qui me permet, quand je m’y tiens, de transformer un désagrément psychologique relativement important en moyen d’optimiser ma productivité personnelle ET d’être plus heureux chaque jour.

Bien sûr l’intégralité de tout ça ne s’applique qu’à moi. Certaines choses s’appliquent peut-être à vous, mais ça il n’y a que vous qui puissiez le savoir.

Notre évolution personnelle étant un processus itératif, il faut pas hésiter aussi à essayer de nouvelles choses et de nouvelles manières de faire, même dans les domaines où une manière fonctionne déjà suffisamment bien. Surtout si comme moi vous êtes en plus accroc à la nouveauté.

De toute façon, à partir du moment où vous prenez des décisions avec une prise de risque mesurée, qu’est-ce qui peut bien vous arriver ? Etre déçu pendant quelques heures ? Subir un échec ? Bouhouhou.

Allez je suis chaud de la citation aujourd’hui, je vous quitte là dessus.

“Le succès c’est d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme.” — Winston Churchill