Autrefois, on utilisait un taxi pour se déplacer en ville

Je marche sous le ciel gris de Paname, un livre à la main. Ce n’est pas souvent que j’achète un livre. J’étais en train de penser à mon premier entretien Parisien, j’avais appris mon trajet par coeur car à l’époque mon téléphone me servait à téléphoner. Quand j’aurais des enfants, je pourrais leur dire qu’avant il n’y avait pas de smartphone mais ils ne comprendraient pas. J’ai vingt-six ans et déjà l’impression d’être vieux.

Je remonte tranquillement la rue et je croise une ribambelle de taxi qui stationne en ligne, attendant le prochain client. Je me dis qu’ils sont mort.

Le premier est plus proche du papy que du papa, il porte un costume gris qui semble avoir déteint sur son visage. L’air renfrogné il fait des mots croisés, il doit avoir quarante ans de métier et toutes les rues parisiennes dans la tête. Son savoir-faire, c’est sortir un nom de boulevard comme il sort les mots à caser dans les cases de son journal. Ça me rend triste de le voir mourir, pour me consoler je me dis que ça devait arriver.

Le deuxième est une femme, ce n’est pas courant une femme taxi. Elle est noire et elle est belle, je suis sûr qu’elle est maman, ça se sent. Son emploi du temps doit être réglé comme du papier à musique. Pas la place de glisser les loisirs dans sa semaine elle s’amusera quand elle en aura le temps. Je me sens mal car je me dis que si elle sombre sa famille part avec. C’est une femme forte qui doit porter son monde à bout de bras et si elle flanche, tout le monde flanche.

Le dernier c’est un type coiffé avec trop de gel, les cheveux plaqués en arrière. Il porte une grosse bague sur le petit doigt et hurle au téléphone. Les fenêtres de son taxi sont fermées mais je suis sur que le bruit prend toute la place. Il fait un peu bling-bling les aviators sur le nez un jour de pluie mais c’est aussi ce qui le rend sympathique. Ça doit être un bon copain mais pas un bon taxi car ce métier, en permanence temporaire, c’est en attendant de rêver de pouvoir rêver mieux.

Je me dis que ces gens sont morts, ça ne fait pas l’ombre d’un doute. Je n’ai jamais mis les pieds dans un taxi car j’ai été élevé au Uber. Il n’y a surement pas de place pour tout le monde le plus lourd n’aura pas le temps de se retourner. Forcément les plus en colère se rebellent comme un marchand d’ampoule se plaint du soleil. J’essaye juste de ne pas oublier qu’il y a des gens derrière une industrie qui meurt.

Je pourrais dire à mes enfants qu’à l’époque il existait des taxis mais ils ne comprendraient pas. J’ai vingt-six ans et déjà l’impression d’être vieux.