Barcelone, une ville pleine de surprises

Tous ceux qui ont arpenté les rues et ruelles de la capitale catalane vous le diront : Barcelone est une ville fascinante. Bien sûr ils vous parleront avec enthousiasme des fantasques architectures de l’incontournable Antoni Gaudi, de la burlesque autant qu’interminable Rambla et (évidemment) des formidables assiettes de tapas à bon marché. Mais ils en oublieront beaucoup, soit par ignorance, soit par oubli pur et simple. Or, Barcelone est une ville merveilleuse, parfois grotesque, un peu furieuse mais aussi terriblement attachante par ses magnifiques décalages.

Au-delà des aéroports ou des gares, le premier contact des gens normaux avec une grande ville se situe dans son métro. Dans celui de Barcelone, les couloirs sont longs, très longs. Pourquoi ? Parce que les stations sont souvent construites en dessous de places absolument gigantesques (Catalunya, on pense à toi). Du coup, les “ah regarde la L3 passe là c’est génial ça va aller super vite” se transforment rapidement en parcours du combattant avec escaliers qui montent, descendent, montent, descendent, montent — tiens un escalator, choue… ah il est en panne — montent, descendent à tout bout de champ. Avec une valise, ce n’est plus un trajet que l’on se farcit, mais un véritable chemin de croix.

C’est vrai, jusque là ce n’est pas très différent du métro d’une autre grande ville. Mais une fois arrivé sur le bon quai, c’est le climat tropical des stations qui prend à la gorge des touristes souvent légèrement stupéfaits. Un sentiment de surprise bien logique vu que l’on parle ici de plus de 30 degrés à l’ombre (forcément) et ce été comme hiver. Certes, ce n’est pas sur toutes les lignes, mais c’est d’autant plus violent que les rames des TMB ressemblent pour leur part à des frigos à roulettes tant la température y est effroyablement basse. Résultat : on tremble un peu à l’idée de tomber malade tous les trois mètres et on savoure les rares petites choses qui rendent le métro catalan fort agréable. Comme ce compte à rebours qui indique à la seconde près quand la prochaine rame passera. Aucune triche, un temps de passage absolument authentique. C’est rare, et donc précieux.

Moins rare mais tout aussi précieuse est l’architecture contemporaine et de ce côté, Barcelone en a sous le coude. Nombreuses sont les personnalités de renom à avoir joué de l’équerre dans la cité du modernisme : on pense bien évidemment à la célèbre tour de communication de Montjuïc réalisée par Santiago Calatrava, au Palais des Expositions (Fira Gran Via(1)) de Toyo Ito ou à la résidence Suites Avenue du même orfèvre japonais et faisant un écho absolument génial à la Casa Milà de Gaudi sur le fameux (et toujours bondé) Passeig de Gracia. D’un peu partout, on pourra aussi voir la très belle Torre Agbar de Jean Nouvel dont les illuminations nocturnes sont juste à tomber par terre. Un peu défraîchi en dehors mais incroyable en dedans, le Musée d’Art Contemporain de Barcelone (MACBA) réalisé par Richard Meier prouve que l’on peut jouer la carte de l’audace dans un quartier aussi historique qu’El Raval.

Toujours dans l’archi qui claque on n’oubliera pas de jeter un oeil au Museu Blau, au centre de recherche Telefónica (dont le rez-de-chaussée est ouvert au public) ou encore à l’incroyable et indémodable poisson de Frank Gehry. Le nombre de constructions étonnantes est tellement incroyable que la ville de Barcelone a (presque) tout rassemblé dans un magnifique livre (avec textes en anglais) essentiel pour les amateurs. Superbement exécuté, ce joli petit ouvrage offre un descriptif complet et la localisation de chaque édifice, quartier par quartier. Avec ça dans la poche, il devient impossible de louper les bâtiments importants, telles que la fantastique reproduction à l’identique du pavillon allemand conçu par l’inventeur du less is more : Mies Van Der Rohe(2). Comme pour beaucoup de choses à Barcelone, l’entrée est payante mais les amateurs ne regretteront pas les quelques euros investis dans la découverte d’un tel joyau.

Tout le monde le sait, Barcelone est aussi une ville dans laquelle il fait bon manger. Mais ce que l’on sait moins, c’est que la cité des tapas abrite pas mal d’excellents restos… italiens. Sur le front de mer (mais sans vue sur la mer !) un tour chez Vicino permet de déguster de fabuleuses pizzas cuites dans un four génial, ou des pâtes et lasagnes passées par le même traitement. En plus raffiné et au pied de Montjuic c’est l’excellent restaurant Xemei qui régalera plus d’une papille. Ses gnocchis al ragu di carne sont tout simplement inoubliables. Seul bémol, le vin se prend uniquement à la bouteille mais il ne faut pas hésiter quand un bon petit Montepulciano attend sagement dans la cave de l’établissement. Et tant pis s’il en reste à la fin.

Au passage, et comme on est dans le coin, ne pas hésiter à visiter le quartier de Poble Sec situé en contrebas du restaurant. C’est charmant, vivant et c’est surtout du vrai Barcelone, bien loin de l’agitation de l’étouffant Barri Gotic (qu’il faut quand même aller voir !). D’autant plus que ce joli quartier populaire héberge l’un des meilleurs salons de thé de la ville : le Spice Café. Là, ce sont des merveilles de gâteaux qui attendent les curieux et il est bien difficile d’évoquer le carrot cake et les autres pâtisseries sans en faire des tonnes tellement l’expérience gustative est merveilleuse. Pour ne rien gâcher, le personnel est adorable et toujours aux petits soins envers sa clientèle. Au final, le seul léger défaut se trouve dans la taille très réduite de la salle mais le lieu est heureusement assez peu fréquenté avant 18 heures.

L’estomac bien chargé, il est temps d’aller grimper les éreintantes pentes voisines pour rejoindre l’incontournable Fondation Joan Miró, l’ancien site Olympique joliment préservé sans oublier le château de Montjuïc bien plus haut (attention, c’est long, mais une fontaine d’eau potable aidera les assoiffés à mi-chemin). Au-delà des endroits très connus cités en amont, il est bon de pousser un peu au-delà du château, vers la mer, pour se retrouver face à l’immense et fascinant port industriel situé en contrebas. De quoi faire de très belles photos insolites, d’autant que c’est aussi par là que passent les avions qui atterrissent sur l’aéroport d’El Prat, tout proche. Ensuite, il est possible de redescendre à pied mais comme les jambes sont en compote, on conseillera plutôt le téléphérique qui a le bon goût de déposer ses passagers au pied du funiculaire. Ce dernier s’occupe avec brio du retour à Poble Sec.

De là, on peut soit rejoindre la Plaça Espanya en remontant l’avenue del Paral.lel, pour voir ses arènes reconverties en centre commercial (c’est magnifique) et bien sûr le Musée d’Art de Catalogne que l’on rejoint après des centaines de mètres parsemés d’incroyables fontaines et d’escalators extérieurs bienvenus après de longues heures de marche. Mais revenons à l’avenue del Paral.lel deux minutes pour évoquer un phénomène un peu particulier à Barcelone : les feux piétons. Tant qu’ils sont verts, tout va bien, et heureusement, mais s’ils clignotent, il ne faut plus hésiter à presser le pas (voire à courir) tant le délai entre leur passage définitif au rouge et le signal de départ donné aux voitures est court (voire quasi instantané). Au début, ça surprend un peu mais on s’y fait vite. Enfin disons qu’il vaut mieux s’y faire vite si l’on veut rester en vie et continuer à voir toutes ces belles choses.

Là où il faudra par contre se montrer parfois (très) patient c’est en cas d’utilisation des nombreuses fontaines d’eau potable disséminées dans la ville. L’eau est excellente et manifestement tout le monde en a bien conscience vu qu’il est fréquent de voir des locaux remplir tranquillement trois bidons de 5 litres de flotte gratuite. Au vu du débit assez lent de la structure, il va falloir rester zen de longues minutes pour repartir avec une bouteille rechargée. Plus insolite (et heureusement) plus rare, il arrive que des gens en scooter s’arrêtent et sortent une éponge de leur poche pour laver leur monture comme si tout était parfaitement normal. On aurait tort de s’emporter contre des coutumes locales qui font aussi le charme de l’endroit. Et dans tous les cas, il faut savoir rester courtois, le Barcelonais n’aimant pas vraiment qu’on le presse quand il vaque à ses petites occupations quotidiennes.

D’ailleurs, le Barcelonais étant Catalan, il appréciera un petit effort de communication dans sa langue avant d’embrayer sur de l’anglais. C’est toujours bon à savoir, parce que c’est aussi comme cela qu’on obtient des sourires plutôt que des moues renfrognées et de la mauvaise volonté. Et attention, on a bien dit Catalan, pas espagnol. Il vaut d’ailleurs mieux éviter de dire que l’on ne parle pas un mot “d’espagnol”, qui prendra ici son véritable nom de “castillan”, pour éviter, là encore, des sourcils froncés et des réponses agacées. Tout cela est quand même assez important quand on sait qu’un touriste demande parfois son chemin et qu’une rue se dit “calle” en castillan et “carrer” en Catalan ! Par chance, Barcelone étant une ville très touristique (plus de 8 millions de visiteurs par an) la plupart des restaurants, musées et bien d’autres endroits affichent des explications en anglais, mais très rarement en français.

Forte de son immense popularité, la reine de la Méditerranée réserve aussi quelques surprises assez désagréables. Ainsi, il devient rare d’y trouver une activité gratuite au-delà des nombreuses aires de verdure. Et encore, une grande partie du Parc Güell est en accès payant (et limitée en capacité d’accueil), ce qui se justifie par l’aménagement fabuleux de Gaudi, mais on comprend moins le Parc du Labyrinthe d’Horta, pas vraiment exceptionnel, et dont l’entrée sera facturée plus de 2 euros par personne. Quant au Château de Montjuïc déjà évoqué, il est encore indiqué comme gratuit dans certains guides, mais demandera lui aussi de passer à la caisse pour en découvrir les arcanes. Néanmoins, le très beau Parc de la Citadelle est lui parfaitement gratuit et permet de jolies promenades et même de faire de la barque pour ceux qui aiment ramer dans une étendue d’eau à peine plus grande qu’une baignoire (évidemment, cette activité est fortement déconseillée).

De manière assez surprenante le stade des J.O. de 1992 est lui visible en accès libre, du moins à l’heure où ces lignes sont écrites parce que tout cela peut très vite changer. Ceux qui ont connu l’évènement à l’époque seront en tout cas ravis de voir un lieu aussi mythique avec sa célèbre horloge et son style architectural aux antipodes des stades habituels. De l’autre côté de la ville il ne faut pas hésiter à jeter un oeil au parc de Poblenou réalisé par Jean Nouvel pour ensuite pousser jusqu’au parc del Fòrum et son incroyable centrale solaire qui offre, en plus d’une architecture étonnante, une très belle vue sur la mer et les bateaux. On peut d’ailleurs effectuer des mini croisières le long des plages de la ville mais il est à noter que les navires bougent énormément même sur une mer très calme et personne ne se chargera de commenter l’excursion donc l’intérêt de la chose est en fait excessivement limité, à moins d’aimer les sensations fortes.

Autre mention très bien sur le bulletin de la ville : les taxis. Jaunes et noirs, on les repère de loin et la plupart se montrent très serviables, n’hésitant pas à tenter de prendre des raccourcis pour amener leurs passagers plus vite à destination. En outre, les tarifs sont raisonnables avec un trajet aéroport / centre ville à moins de 50 euros. De fait, il est conseillé d’utiliser ce moyen de locomotion pour les arrivées et autres départ afin de s’éviter les problèmes de métro décrits au début de cet article. Pour le reste en revanche, autant utiliser les transports en commun qui couvrent très efficacement la ville, que ce soit du côté du métro ou des trams. Quant aux fameux bus touristiques, mieux vaut les fuir à moins d’avoir des affinités particulières avec les embouteillages et les vapeurs d’essence. Enfin, on ne peut que fortement déconseiller le vélo dans une ville qui en propose certes en livre-service mais ne fait strictement rien pour leur faciliter la vie dans une circulation bien trop dense pour être gérée par un cycliste peu expérimenté.

Et si ce Barcelone un peu différent de celui habituellement proposé est très séduisant, il ne faut pas pour autant en oublier certains énormes “spots” à touristes qui ne le sont pas devenus pour rien. Bien sûr, on pense à la Sagrada Familia, la Casa Battló, la Casa Milà, le parc et le palais Güell d’Antoni Gaudi mais aussi au Camp Nou du FC Barcelona, la Barceloneta et même la Rambla(3) pour la splendide mosaïque de Joan Miró (à laquelle trop peu de gens prêtent attention), le marché de la Boqueria et la très belle arrivée sur le front de mer avec le musée maritime et l’impressionnant monument dédié à Christophe Collomb. Pour en revenir deux secondes à Miró, on peut aussi s’amuser à compter le nombre d’agences bancaires “La Caixa” qui n’auraient que peu d’intérêt si leur magnifique logo n’avait pas été conçu par l’artiste barcelonais.

On pourrait continuer à parler longtemps de ce qui est sans doute l’une des plus belles villes d’Europe mais l’important à retenir est qu’il faut l’avoir vue au moins une fois et pendant de longues journées bien remplies. Barcelone est une grande ville qui demande plus d’une semaine pour être appréciée à sa juste valeur. Rester moins longtemps c’est prendre le risque de ne gratter que la surface d’une cité qui vaut mieux que ça et dont une grande partie réside dans les promenades et la découverte d’endroits inhabituels. Chaque quartier réserve des surprises, de jolies places et de belles ambiances. Il est donc important de se laisser porter et d’accepter de se perdre un peu. De toute façon, à l’ère des smartphones, il n’est jamais bien compliqué de retrouver son chemin par la suite.

Enfin, les plus courageux n’hésiteront pas à se lever très tôt pour filer en bord de mer afin de voir le soleil se lever. Attention, à Barcelone le climat (forcément océanique) est un peu capricieux et des données météorologiques qui annoncent un soleil radieux peuvent changer du tout au tout en quelques heures. Pour les amateurs de photos, il faut donc s’attendre à jouer avec un ciel très gris, surtout en milieu de journée, mais qui aboutit généralement sur de magnifiques tons pastels en fin d’après-midi. Dans ces cas là, on ne peut que conseiller de multiplier les visites de musées aux heures où la luminosité est peu intéressante pour ensuite profiter des meilleurs moments pour d’inoubliables clichés. Et un tout aussi inoubliable séjour dans une ville pleine de surprises.

(1) Fira Gran Via est un peu excentrée et demande d’emprunter un train à partir de Plaça Espanya. Petite astuce : tous les trains s’arrêtent à la bonne gare (Europa Fira) et le trajet est compris dans les cartes de transport des TMB. Ainsi, avec une carte “Hola BCN” 5 jours, il n’y aura rien à payer en plus.

(2) Ludwig Mies van der Rohe est aussi l’auteur de la célèbre citation “God is in the details”. Dans son incroyable pavillon, le souci du détail est d’ailleurs manifeste avec la présence de la fameuse chaise Barcelone qu’il a lui-même conçue et qui a traversé les époques sans prendre une ride. Tout comme son pavillon, imaginé en 1929.

(3) Si la Rambla est à faire pour quelques points d’intérêt, il faut aussi s’en méfier, l’endroit n’est pas vraiment apprécié des Barcelonais et l’incessant flot de touristes attire évidemment les pickpockets. Une fois vue, mieux vaut éviter d’y retourner et ceux qui veulent absolument manger dans l’avenue doivent fuir (comme partout), les établissements qui utilisent des rabatteurs. Yelp et Tripadvisor sont très efficaces pour éviter de mauvaises expériences.

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