Donner une BARC à des start-ups, vous finirez avec une licorne

Guney DEGERLI
Apr 9, 2016 · 6 min read

Depuis plusieurs années, les plus grandes capitales mondiale se livrent une compétition à distance avec pour but de créer le meilleur écosystème numérique permettant de créer ou attirer les meilleurs start-ups. Paris se situe en 3ème position en Europe sur le classement des villes ayant le meilleur écosystème numérique devancé par Londres et Berlin. Alors comment rattraper notre retard pour attirer et favoriser la croissance des start-ups, tout en favorisant l’essor des Licornes made in France ? on résume cela en quatre lettres : BARC

Bureaux : Cela peut paraître évident mais avoir des locaux fonctionnels, qui plus est dans un incubateur, est un facteur de réussite. Pourquoi ? siéger dans un incubateur est un gage de crédibilité aux yeux des clients, prospects ou investisseurs et favorise l’image des incubés. Le mythe de la start up créee dans un garage c’est bien, mais difficile d’attirer des investisseurs prêts à mettre des millions… Les locaux imposent également un cadre de travail structurant pour les jeunes pousses. Créer une distinction entre le cadre privé et le cadre professionnel, ainsi que travailler dans un environnement où d’autres entrepreneurs sont présents, constituent des facteurs de réussite.

Les investissements structurels sont des atouts de poids pour une ville qui souhaite attirer les meilleurs talents : la ville de paris fait en sorte d’avoir un maillage d’incubateurs et d’accélérateurs important. En 2015 on dénombrait 46 incubateurs/accélérateurs dans Paris (plus que Londres et Berlin) avec plus de 100 000 m2, en attendant le mastodonte de 34 000 m2 : la Halle Freyssinet. La multiplication des incubateurs pourrait donc devenir le terreau d’une compétitivité française retrouvée, avec pour but d’accéder à des fonds et attirer les meilleurs experts quelque soit leur nationalité.

Argent : La levée de fonds est dans la mire de toutes les start ups. On entend souvent parler de jeunes sociétés qui immigrent vers les Etats-unis car les investisseurs y sont plus nombreux et que les montants levés sont d’une toute autre dimension. C’est une réalité qui se fera de plus en plus rare dans les années à venir car nous commençons à avoir une offre de plus en plus structurée et étoffée, couplant investisseurs privés, investisseur public (BPI), grands groupes, prêts divers et variés (prêts innovation,etc). Les investissements à 8 chiffres sont monnaies courantes maintenant en France. Des efforts restent notamment à faire pour des levées dites “later-stage funding”, c’est à dire des levées d’un montant important pour des entreprises matures qui ont déjà levé plusieurs millions d’euros.

Paris doit également pouvoir être une terre d’accueil pour les multinationales étrangères, et cela commence à être le cas. Cisco est l’exemple parfait : début 2015, John Chambers le PDG de Cisco annoncait un plan d’investissement de 100 millions en France qui depuis a doublé. L’amalgame entre start-ups et grands groupes est un facteur important de réussite pour notre écosystème français.

Rencontres : Toutes les histoires des start ups à succès sont toujours le fruit de rencontre qui a su mener le projet initial a un niveau supérieur (cc Critéo). L’écosystème Parisien offre l’assurance de côtoyer ses pairs, partager ses expériences et surtout étayer son réseau professionnels grâce notamment au calendrier pléthorique d’événements autour de l’innovation et du numérique. La concentration d’entreprises innovantes est une source d’émulation et de stimulation collective, à l’image de la Sillicon Valey, sur lequel Paris devra capitaliser notamment à travers des grandes structures telles que le Cargo ou la Halle Freyssinet qui arrivent prochainement.

Conseils : L’échange formel (avec des mentors par exemple) ou informel (lors d’un évènement) avec d’autres acteurs de l’écosystème est bien évidemment très important pour les jeunes pousses. Imaginez le comme un apprentissage accéléré qui peut se matérialiser en des conseils personnalisés en matière juridique, comptable, fiscale ou plus globalement entrepreneuriale. D’ailleurs c’est la principale valeur ajoutée d’un accélérateur par exemple, qui à travers ses coachs abreuvent les start-ups de leurs conseils.

Que faire pour avoir un terreau favorable à un écosystème performant ? Il n’y a pas de formule magique, mais nous pouvons tenter de répondre à cette question grâce à l’amalgame de ces 5 agrégats :

  • Des incubateurs mettant les start-ups dans les meilleures conditions de réussite
  • Des investisseurs actifs avec des moyens importants, capable de suivre les lévées jusqu’aux derniers rounds
  • Des écoles favorisant l’économie du numérique, en mettant en avant l’entrepreneuriat par exemple
  • Des institutions (pouvoir public, french tech) menant une politique favorable aux start ups et à la collaboration avec les grands groupes
  • Des grands groupes enclins à travailler et investir dans les (jeunes) entreprises innovantes

Les points à travailler

Constatons que notre écosystème est sur la bonne voie et qu’il est de plus en plus dynamique. Sauf qu’il y a trois points sur lesquels les efforts doivent être portés :

  • L’ambition internationale de nos start ups est pour le moment restreinte. Une vision franco-française prédomine et notre ouverture sur l’Europe (voir le reste du globe) est limitée. Conséquences : peu de start-ups avec une aura internationale (comparé à nos voisins Anglais et Allemands) et un attrait limité des start-ups étrangères à s’installer en France. Cependant il ne faut pas noircir le tableau; des efforts ont été entrepris par nos institutions ces derniers temps. “French tech tickets” par exemple, lancé en 2015 est un programme facilitant l’installation des start ups étrangères dans l’hexagone chapeauté par la French tech ( 1372 candidats et 50 lauréats pour l’édition 2015). Il y a une volonté de Paris de se positionner sur la scène mondiale et de faire jeu égal avec Londres ou Berlin. Des accords ont notamment été passés avec New-York, Tel Aviv, Montréal ou Amsterdam pour des programmes d’échanges.
  • Une étude récente menée par Compass démontrait que malgré la qualité indéniable des écoles françaises, la majorité des ingénieurs ont une tendance naturelle à se diriger vers des grands groupes plutôt que dans des start ups ou vers l’entrepreneuriat, identifiés comme trop risqués. Outre le fait que nos écoles n’ont que très récemment porté l’entrepreneuriat dans leurs programmes, nous avons également une aversion culturelle aux risques qui peut expliquer cette tendance. Il est toujours plus confortable de travailler pour un grand groupes (avec tout ses avantages) que dans une start up où la frugalité est un pré-requis (du moins dans les débuts).
logo école 42
  • Si on fait une rapide photographie de nos entrepreneurs français à succès dans l’économie du numérique, on remarque qu’ils ont pour la plupart le même profile : diplômé d’une grande école de commerce ou d’ingénieur, plutôt issus d’un milieu favorisé et avec une facilité d’accès a du capital d’amorçage. Hors, toute la promesse de cette nouvelle économie du numérique est justement la possibilité pour n’importe qui, quelque soit son parcours académique et son milieu social de prétendre aux mêmes chances de réussite. Il y a des initiatives tels que Simplon ou l’école 42 pour inverser cette tendance forte, cependant elles sont encore trop isolées. Il faut pouvoir décomplexer la nature de l’entrepreneuriat aux yeux de tous. La diversité sociale permet d’avoir une richesse de perception qui en contexte de création d’entreprise est un terrain idoine pour l’innovation.

Le numérique permet de créer des sociétés de taille mondiale avec une bonne idée, beaucoup de travail et très peu de capital. Il faut pouvoir mettre les start-ups dans les meilleurs conditions de réussite. A n’en pas douter, nos écuries se remplieront de futur licorne en puissance, et tout çà grâce à une BARC (ou presque).


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