Bienvenue au PSG, Paris Start-up Groups !
En 2011, QSI (Qatar investment Authority) rachète le Paris Saint-Germain dans un état moribond à Colony Capital avec pour ambition de faire du club de la capitale un ténor européen. Cinq ans après, le PSG peut prétendre légitiment une place dans le gotha continental grâce à un investissement massif du nouvel actionnaire, faisant rayonner à lui seul le football français à une échelle mondiale. Ok, très bien mais quel est le rapport avec le monde du numérique ? Remplacez le QSI par Xavier Niel et le parc des princes par la Halle Freyssinet, et vous comprendrez un peu mieux mon parallèle.
Paris est magique
L’ambition d’Anne Hidalgo est simple, faire de Paris la capitale européenne des start ups. Pour grossir le trait, être l’équivalent de la silicon valley sur le vieux continent. Pour contextualiser, Paris se situe en 3ème position en Europe sur le classement des villes ayant le meilleur écosystème numérique. Devant on trouve Londres et Berlin. Alors comment refaire notre retard pour attirer et favoriser l’essor des start-ups ? on résume cela en quatre lettres : BARC
“Déjà plus de 100.000 m² d’incubateurs à start-ups à #Paris #innovation”
Bureaux : Cela peut paraître évident mais avoir des locaux fonctionnels, qui plus est dans un incubateur, est un facteur de réussite. Pourquoi ? siéger dans un incubateur est un gage de crédibilité aux yeux des clients, prospects ou investisseurs et favorise l’image des incubés. Le mythe de la start up créee dans un garage c’est bien, mais difficile d’attirer des investisseurs prêts à mettre des millions… Les locaux imposent également un cadre de travail structurant pour les jeunes pousses. Créer une distinction entre le cadre privé et le cadre professionnel ainsi que travailler dans un environnement où d’autres entrepreneurs sont présents constituent des facteurs de réussite.
Les investissements structurels sont des atouts de poids pour une ville qui souhaite attirer les meilleurs talents : A l’image du QSI qui a investi massivement dans les infrastructures du PSG (Stade, complexe sportif), la ville de paris fait en sorte d’avoir un maillage d’incubateurs et d’accélérateurs important. En 2015 on dénombrait 46 incubateurs/accélérateurs dans Paris (plus que Londres et Berlin) avec plus de 100 000 m2, en attendant le mastodonte de 34 000 m2 : la Halle Freyssinet. La multiplication des incubateurs pourrait donc devenir le terreau d’une compétitivité française retrouvée, avec pour but d’accéder à des fonds et attirer les meilleurs experts quelque soit leur nationalité.
Argent : La levée de fonds est dans la mire de toutes les start ups. On entend souvent parler de jeunes sociétés qui immigrent vers les Etats-unis car les investisseurs sont plus nombreux et que les montants levés sont d’une toute autre dimension. C’est une réalité qui se fera de plus en plus rare dans les années à venir car nous commençons à avoir une offre de plus en plus structurée et étoffée, couplant investisseurs privés, investisseur public (BPI), grands groupes, prêts divers et variés (prêts innovation,etc). Les investissements à 8 chiffres sont monnaies courantes maintenant en France. Des efforts restent notamment à faire pour des levées dit “later-stage funding”, c’est à dire des levées d’un montant important pour des entreprises matures qui ont déjà levé plusieurs millions d’euros.
Paris doit également pouvoir être une terre d’accueil pour les multinationales étrangères, et cela commence à être le cas. Cisco est l’exemple parfait : début 2015, John Chambers le PDG de Cisco annoncait un plan d’investissement de 100 millions en France qui depuis a doublé à 200 millions d’euros. L’amalgame entre start-ups et grands groupes est un facteur important de réussite pour notre écosystème parisien (on peut l’englober à une échelle nationale).
Rencontres : Toutes les histoires de start ups à succès sont toujours le fruit de rencontre qui a su mener le projet initial a un niveau supérieur (cc Critéo). L’écosystème Parisien offre l’assurance de côtoyer ses pairs, partager ses expériences et surtout étayer son réseau professionnels grâce notamment au calendrier pléthorique d’événements autour de l’innovation et du numérique. La concentration d’entreprises innovantes est une source d’émulation et de stimulation collective, à l’image de la Sillicon Valey, sur lequel Paris devra capitaliser notamment à travers des grandes structures telles que le cargo ou la Halle Freyssinet qui arrivent prochainement.
Conseil : Globalement les incubateurs ont pour but de faciliter toutes les questions administratives des start ups afin qu’elles puissent être concentrées sur leur projet. En parallèle une logique de mentoring s’enclenche, consistant en des conseils et aides personnalisées en matière juridique, comptable, fiscale, ainsi qu’un coaching spécialisé selon l’activité exercée. Des sessions de formations collectives peuvent également être organisées sur des sujets afférents à la conduite de projet et au métier d’entrepreneur.
Que faire pour avoir un terreau favorable à un écosystème performant ? Il n’y a pas de formule magique, mais nous pouvons tenter de répondre à cette question grâce à l’amalgame de ces 5 agrégats :
- Des incubateurs mettant les start-ups dans les meilleures conditions de création d’entreprise
- Des investisseurs avec des moyens importants, capable de suivre les lévées jusqu’aux derniers rounds
- Des écoles favorisant l’économie du numérique, en mettant en avant l’entrepreuneuriat par exemple
- Des institutions (pouvoir public, french tech) menant une politique favorable aux start ups et à la collaboration avec les grands groupes
- Des grands groupes enclins à travailler et investir dans les (jeunes) entreprises innovantes
Les points à travailler
Paris doit pouvoir créer un environnement propice aux start-ups : avoir la possibilité de créer une société avec des ambitions mondiales. Constatons que l’écosystème Parisien est sur la bonne voie et qu’il est de plus en plus dynamique. Sauf qu’il y a trois points sur lesquels les efforts doivent être portés :
- L’ambition internationale de nos start ups est pour le moment limitée. Une vision franco-française prédomine et notre ouverture sur l’europe (voir le reste du globe) est cantonnée à des exhibitions au CES (ok c’est caricaturé mais on n’est pas loin). Conséquences : peu de start-ups avec une aura internationale (comparé à nos voisins Anglais et Allemands)et un attrait limité des start-ups étrangères à s’installer en France. Cependant il ne faut pas noircir le tableau; des efforts ont été entrepris par nos institutions ces derniers temps. “French tech” tickets par exemple, lancé en 2015 est un programme facilitant l’installation des start ups étrangères dans l’hexagone chapeauté par la French tech ( 1372 candidats et 50 lauréats pour l’édition 2015). Il y a une volonté de Paris de se positionner sur la scène mondiale et de faire jeu égal avec Londres ou Berlin. Des accords ont notamment été passés avec New-York, Tel Aviv, Montréal ou Amsterdam pour des programmes d’échanges.
- Une étude récente menée par Compass démontrait que malgré la qualité indéniable des écoles françaises, la majorité des ingénieurs ont une tendance naturelle à se diriger vers des grands groupes plutôt que dans des start ups ou vers l’entrepreneuriat, identifiés comme trop risqués. Outre le fait que nos écoles n’ont que très récemment porté l’entrepreneuriat dans leurs programmes, nous avons également une aversion culturelle aux risques qui peut expliquer cette tendance. Il est toujours plus confortable de travailler pour un grand groupes (avec tout ses avantages) que dans une start up où la frugalité est un pré-requis (du moins dans les débuts).
- Si on fait une rapide photographie de nos entrepreneurs français à succès dans l’économie du numérique, on remarque qu’ils ont pour la plupart le même profile : diplômé d’une grande école de commerce ou d’ingénieur, plutôt issus d’un milieu favorisé et avec une facilité d’accès a du capital d’amorçage. Hors, toute la promesse de cette nouvelle économie du numérique est justement la possibilité pour n’importe qui, quelque soit son parcours académique et son milieu social de prétendre aux mêmes chances de réussite. Il y a des initiatives tels que Simplon ou l’école 42 pour inverser cette tendance forte, cependant elles sont encore trop isolées. Il faut pouvoir décomplexer la nature de l’entrepreneuriat aux yeux de tous et que nous ayons des entrepreneurs à l’image de notre pays : mixte !
Le retard de Paris avec ses voisins est bien réel, mais la ville avance dans le bon sens pour rattraper son retard. L’écosystème commence à avoir une certaine maturité qui attire de plus en plus, la preuve avec des acteurs étrangers (Cisco,Y combinator… ) qui garde un œil attentif sur nos start-ups made in France. En attendant de voir quel va être l’impact de notre futur champion, la Halle Freyssinet sur l’écosystème parisien ? On espère qu’elle aura la même destinée que le Paris Saint Germain.

















