Ce que le système universitaire américain peut nous apprendre

En tant qu’étudiant de Sciences po Lyon, la troisième année consiste en un stage ou une année universitaire à l’étranger. J’ai eu l’incroyable chance d’effectuer cette année à Bowdoin College dans l’Etat du Maine aux Etats-Unis. Cet établissement totalement inconnu en France est considéré comme un des meilleurs “College” des Etats-Unis (“College” signifie qu’il n’y a que des cours de niveau Bachelor et aucun cours de Master contrairement à une “University”). A cette occasion, j’ai pu observer et mieux comprendre le système universitaire américain. La France aurait raison, à mon avis, de s’inspirer de certaines caractéristiques de ce système.

Quand on parle du système universitaire américain en France, deux caractéristiques reviennent: sa qualité et son prix. Concernant le prix, il est en effet extrêmement élevé. Pour une université privée comme Bowdoin, les cours seuls coûtent autour de $45 000 par an. Evidemment, j’aurais été incapable d’y aller sans le partenariat avec Sciences Po Lyon me permettant de ne rien payer. Le prix de l’éducation dans une université publique d’Etat bien que moins cher est très rarement inférieur à $25 000. Quand on rajoute environ $15 000 pour le logement, la nourriture et les livres, on atteint une somme effarante. Mais ce qu’on oublie souvent de dire c’est que seulement une petite moitié des étudiants paie cette somme même dans les plus prestigieuses universités. Ainsi à Harvard, seulement 40% des étudiants doivent payer l’ensemble des frais et 20% des étudiants ont l’ensemble des frais pour les cours, les livres, le logement et les repas pris en charge par l’université. La sélection pour entrer dans les meilleures universités est féroce mais les élèves appartenant aux minorités ou dont les parents ont peu de moyens sont favorisés dans le processus de sélection sur les autres élèves à résultat scolaire équivalent. Ceci évite que le choix des étudiants soit d’abord du au portefeuille de leurs parents. Ainsi, la diversité des étudiants est bien plus importante dans les meilleures universités américaines que dans les “grandes écoles” françaises comme Sciences Po Lyon. Grâce à ce système environ un quart des étudiants sont les premiers dans leur famille à aller à l’université.

Concernant la qualité de l’éducation supérieure, elle est encore plus impressionnante que ce que j’imaginais. A Bowdoin, il y a un professeur pour sept élèves et ils n’ont a donner que six heures de cours par semaines. Cela leur permet de connaitre parfaitement ce dont ils parlent et d’engager facilement le débat entre les étudiants mais aussi d’être en permanence disponible pour répondre aux questions ou même simplement discuter avec les étudiants. En France, le cours est le plus souvent un long monologue d’un professeur dont les paroles constituent la sacro-sainte, intouchable vérité. Aux Etats-Unis, surtout dans les sciences sociales, le but est que chacun se fasse son opinion par soi-même grâce aux textes lus avant chaque cours et les différents arguments dégagés par les autres étudiants. De plus, à Bowdoin College, tous les étudiants ont l’obligation de prendre des cours de différents domaines. Ils ont deux ans pour choisir leur spécialité. Il y a de ce fait très peu d’erreurs manifestes d’orientation.

Ce système ne peut pas et ne devrait pas être transposé comme tel en France. On ne peut pas demander aux étudiants de payer près de $45 000 par année universitaire. Mais pourquoi ne pourrait-on pas demander aux parents de contribuer à l’éducation de leurs enfants en fonction de leur revenus? Il me semble qu’un ménage gagnant 100 0000 euros par an peut payer 4 000 euros par an pour que son enfant puisse aller à l’université. Evidemment, les étudiants boursiers ne doivent rien payer et le montant à payer doit augmenter avec les revenus des parents. De plus, un montant maximal inférieur à 10 000 euros se doit d’être instauré pour éviter les excès.

Ce système d’échelle de paiement doit être associé à la sélection des étudiants à l’entrée à l’université. Aujourd’hui, les universités françaises sont débordées. Les étudiants de première années doivent parfois s’asseoir dans les escaliers pour pouvoir assister aux cours. Les universités n’ont pas les moyens de faire face au nombre d’étudiants qu’elles doivent accueillir. Il faut permettre aux professeurs d’avoir des classes avec moins d’étudiants pour être plus proches de ces derniers, pouvoir suivre leur scolarité, pouvoir réellement s’intéresser à leurs étudiants ou pouvoir les faire participer et débattre.

Aujourd’hui, plus de la moitié des étudiants entrant à l’université ne vont pas au bout de leur parcours. Certains comprennent rapidement qu’ils se sont mal orientés et trouvent une solution rapidement et ne perdent généralement qu’un an. Une première année plus générale où les étudiants ont la possibilité (voir l’obligation) de prendre des cours de domaines différents, comme aux Etats-Unis, pourrait largement réduire ce problème.

D’autres étudiants sont démotivés par le système universitaire où ils sont laissés à eux mêmes. Ils ne savent pas comment réagir face à ces cours magistraux souvent longs et assez ennuyeux où la présence n’est pas obligatoire. Ces étudiants ont tendance à abandonner complètement les études sans le moindre diplôme alors qu’ils ont les capacités pour réussir. Avoir des universités avec moins d’élèves, où les professeurs peuvent être plus proches des étudiants les aideraient sans aucun doute.

Enfin, certains étudiants n’ont tout simplement pas le niveau. Leur permettre d’accéder à l’université n’est qu’un cadeau empoisonné. Il vaut mieux leur empêcher l’accès à certaines filières plutôt qu’ils abandonnent après deux ou trois ans sans rien et désespérés. Ainsi, dès la fin du lycée, les orienter correctement leur permettrait souvent de trouver une autre filière qui puisse les intéresser et où ils pourront réussir.

Bien sur, cette sélection des étudiants doit être faite avec grande circonspection. Mais elle seule, associée à l’augmentation des moyens peut permettre d’éviter que de nombreux brillants étudiants ne cherchent plus à aller étudier à l’étranger ou à aller dans une école de commerce privée où le choix de sélection des étudiants se fait plus souvent par l’argent que par leurs qualités intrinsèques. C’est seulement ainsi que les universités pourront attirer les meilleurs étudiants et retrouver leur lustre d’antan.

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