Charlie Hebdo, un an après

Dessin: Oona Seguin

Nous avons perdu un peu de notre Humanité. Nous avons perdu une part de nous-même un après-midi maussade de janvier. Nous nous réveillons avec une gueule de bois, le souffle saccadé, la gorge nouée, le cœur gros, et lèvres qui ne veulent plus rien avaler. Des minables, des assassins, des barbares, ont commis des actes meurtriers avec comme prétexte une religion qu’ils ne comprennent même pas, une religion qui prône le pardon et la tolérance. Charb, Cabu, Wolinski et les autres, assassinés en pleine conférence de rédaction contre le racisme. Tués par des cons.

Ils ont raté leur coup. Aujourd’hui, nous sommes tous Charlie. Nous nous retrouvons partout dans le monde, et nous croyons en cet espoir invisible d’un monde meilleur, moins violent, moins triste, plus drôle et surtout plus juste. Une vie simple, pleine d’humour. Normalement c’est le bruit qui nous angoisse. Ici c’est un silence assourdissant, une rage aveugle, une colère épouvantable qui nous rassemble, et qui nous fait briller fort. Le silence, comme seule excuse à l’existence de la parole. La voix hésitante, les idées floues, avec un seul mot d’ordre : continuer.

Dessin: Oona Seguin

L’esprit de Charlie Hebdo doit vivre en nous tous. En tant que journalistes, artistes, créateurs, nous sommes ensemble face à un des jours les plus sombre de notre vie, de notre carrière. Partager, créer, défendre, peut-être avec un peu moins de cœur, mais avec une résolution encore plus forte. Ils font partie de la génération des héros, des mentors, des symboles, des irrévérencieux, des rires intelligents, de l’humour noir de ceux qui n’ont pas peur d’être aimé ou détesté par des cons. Nous sommes loin d’être aussi bons qu’eux, aussi talentueux, et nous n’aurons jamais les couilles d’emmener le journalisme aussi profondément dans ses retranchements. Mais notre génération peut-elle changer les choses ? Elle ne sera plus jamais la même, elle va lutter pour la tolérance, pour la liberté d’expression, pour la liberté de la presse, pour la liberté tout simplement.

Nous avons perdu un peu de notre Humanité, et nous savons désormais qu’il est possible de mourir de rire. Est-ce que nous allons bien ? Non, bien sûr que non, c’est normal. Mais nous avons aussi compris pourquoi un jour, nous avons choisi de faire ce métier. Tous ensemble, sans jamais se lâcher, nous n’avons ni le droit, ni la volonté de céder.

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