« Cueille ta vie » : mes 10 kifs de 2016

Petit inventaire à la Prévert, en 50 nuances de gris.

Flora Clodic
· 10 min read

En décembre 2015, j’ai fait un choix radical : changer de vie. Un an après, alors que fleurissent les bilans de 2016, le mien se dessine dans ma tête depuis plusieurs semaines, comme un joli croquis dont je veux m’assurer de la justesse des couleurs. L’occasion de revenir sur des tranches de vie de l’année qui se clôt.

Je me décide à écrire alors que je suis de retour dans les Cévennes et que je viens de lire le bilan inspirant de mon ami Thibaud Gangloff. S’il y a bien une chose dans laquelle je me reconnais, c’est cette notion d’exploration. Cette année, j’ai beaucoup exploré, suscitant parfois l’incompréhension d’une partie de mon entourage.

Si je ne devais garder que 10 découvertes, 10 plaisirs, petits ou grands, que j’aimerais partager, ça serait quoi ? C’est ce que je me suis demandée pour limiter mon inventaire à la Prévert et garder la substantifique moelle de 2016.

Choisir la liberté

Début 2016, j’ai quitté un boulot qui ne me convenait pas. J’ai fait le choix de construire une activité sur-mesure. Pour la première fois en 30 ans, j’ai accepté de ne pas toujours savoir ni ce que je cherchais, ni où j’allais, ni d’ailleurs même comment j’y allais. J’ai accepté l’inconnu, l’incertitude, pour trouver des réponses justes à des questions en bataille, en jachère, qui ne demandaient qu’à éclore, avec un peu de soin et beaucoup de bienveillance.

J’ai essayé des choses, je me suis parfois trompée, j’ai le plus souvent réussi. Je me suis éclairée — à mesure que je m’alignais. J’ai relu l’Alchimiste de Paolo Coelho, et j’ai mis des mots sur ma Légende Personnelle. Pour la poursuivre, j’ai aussi su renoncer, quand ce que je vivais sonnait faux ou ne me rendait pas heureuse. Ça n’a pas toujours été confortable, mais toujours enrichissant. A la fin de cette année, j’ai quelques bosses et bleus supplémentaires, mais je me sens tellement plus forte. Vivante. Déterminée. Heureuse.

Accepter les montagnes russes

Le revers de la médaille « liberté », ce sont les coups de boomerang. Cette année plus que d’autres, j’ai oscillé entre des moments de grand optimisme, de joie, de sentiment d’accomplissement, et des grands moments de doute, de remise en question, d’abattement, même, parfois. Ça n’est pas toujours simple à vivre ni à partager.

Accepter ça, accepter aussi que cela se voit, parce que je suis une grande sensible et une grande expressive, a été un de mes défis de l’année. « Oui, c’est parfois compliqué. Oui, parfois je suis sûre de moi et de mes choix. Et l’instant d’après, parce que ça déraille un peu d’un côté ou de l’autre, je doute. » Accepter ça, c’est l’un des plus beaux cadeaux que je me suis fait en 2016, parce que ça me permet d’avancer, pas après pas.

Me constituer une tribu

En février, j’ai fait la connaissance d’une vingtaine de membres d’une communauté que je connaissais surtout en ligne : les 100 Barbares. Après un weekend à Mâcon qui a servi de déclencheur à bien des égards, j’ai rencontré une belle brochette d’autres spécimens. J’ai à nouveau participé à un weekend barbare en juin, et le cercle s’est encore élargi.

De jolies amitiés sont nées de ces rencontres. L’année a été rythmée par les événements communs, les discussions sans fin, les « chatrooms » interminables, les voyages, les joies et les peines de chacun. Ces gens, que je ne cite pas car je risquerai d’en oublier, j’espère les garder près de moi pour au moins la prochaine décennie.

Comme toutes les relations, elles doivent être choyées. Il faut en prendre soin. Il y a parfois des déceptions, des désillusions, mais elles permettent finalement de retrouver un juste équilibre. Cette tribu barbare, c’est le plus beau présent que m’apporte 2016. Et un immense réservoir de joie et de gratitude !

Découvrir les joies de la vie collective

Cette année, j’ai renoncé au salariat, au moins pour un moment. Je me disais que j’étais faite pour l’indépendance, sauf qu’il me manquait quelque chose d’essentiel : l’impression de construire quelque chose de plus grand que moi. Et puis au gré de mes pérégrinations citoyennes, j’ai fait la connaissance de Jeanne Bretécher. Elle avait cofondé un collectif de consultants avec sa mère : Génération 2. Elle avait depuis été rejointe par d’autres profils, eux aussi bigarrés, à la fois indépendants et motivés par l’action collective.

Bingo. Nous sommes six désormais. On articule notre action autour de 3 axes : la stratégie, la veille et la communication. On a gagné nos premiers clients ensemble. On s’est posé beaucoup de questions, qu’on continue d’explorer à mesure que le collectif s’agrandit. Sur la gouvernance, notre identité, nos messages, nos envies. Mais nous avons tous, chevillée au corps, cette volonté de faire du collectif à la fois le vecteur de nos épanouissements personnels et de notre ambition d’aider les organisations à changer. « For social good. »

Dans le sillage des barbares, j’ai aussi passé beaucoup de temps dans la communauté qui se constitue autour d’Officience. Cet espace-là — d’inspiration, de rencontres — est très précieux pour moi, et je compte bien continuer d’y aller régulièrement et d’entretenir les liens que j’y ai noués. Un grand merci à tous ceux que j’y ai rencontrés et qui m’accompagnent, de près ou de loin. Ils se reconnaîtront.

Expérimenter une autre manière de faire de la politique

2016 a aussi été pour moi une année de nombreuses interrogations politiques, mélange de ras-le-bol de la politique partisane et politicienne et de soif de découvrir des alternatives citoyennes. Après un an à travailler sur les initiatives sociales environnementales avec Place To B, en 2015, j’avais envie d’aller plus loin. De mieux comprendre et aussi de trouver une façon de m’engager.

Chez les Verts, pour tenter de faire bouger le parti de l’intérieur ; au sein de MaVoix, pour « hacker » l’Assemblée nationale en formant des citoyens-députés pour représenter la voix du peuple ; avec Julien Letailleur, le héros de roman devenu candidat à l’élection présidentielle pour mettre sur la scène publique des sujets cruciaux mais délaissés…

Je n’ai pas toujours été actrice, plutôt observatrice enthousiaste et engagée, vectrice de transmission de cette appropriation par les citoyens d’enjeux dont ils ont été trop longtemps dépossédés. En m’intéressant de près aux CivicTech et plus largement aux innovations démocratiques, j’ai aussi rencontré des gens passionnés et passionnants que c’est un plaisir d’avoir près de moi.

Tomber amoureuse de Lisbonne

Mon gros coup de cœur de l’année est la plus vieille capitale européenne. Elle m’a tellement séduite que je vais aller y poser mes bagages la plus grande partie de mon temps, dans quelques semaines à peine. Le coup de foudre a commencé par une semaine de vacances cet été, en visite à une amie venue voir si la ville aux Sept Collines lui convenait pour y vivre.

J’y suis depuis retournée plusieurs fois, pour découvrir plus longuement la ville, m’en imprégner et rencontrer les Lisboètes. L’histoire, la culture, la gastronomie, les quartiers, le Tage… J’aime tout de cette ville qui semble me demander de me jeter dans ses bras à chaque fois que j’y remets un pied.

Je pars m’y installer avec l’ambition de travailler à distance avec Génération 2, pour des clients français, en revenant régulièrement en France. Et d’y donner vie, avec Catherine Testa, à Viva Lisboa, un projet de média et de communauté, pour créer des liens plus riches et plus forts entre les Francophones et l’écosystème innovant de Lisbonne.

Assister à l’envol de la plume

L’écriture, c’est un outil de travail, une nécessité, mais c’est surtout un kif, un générateur de flow, un besoin irrépressible pas toujours assouvi. En 2016, j’ai écrit davantage pour me faire plaisir. Sur les gens inspirants que je rencontre et les projets qu’ils portent, sur mon parcours, sur des livres ou des films qui m’ont interpellée… J’ai aussi écrit des textes que je n’ai pas publiés, que je garde précieusement. D’autres textes encore n’ont vu le jour que dans ma tête, se construisant par bribes et résonnant dans les méandres de mon cerveau alambiqué…

Je ne saurais pas bien décrire le bonheur que je ressens quand les mots s’ajustent, s’accordent, jusqu’à créer une mélodie qui me parait jolie — une harmonie. Quand j’arrive à mettre des mots sur les émotions, petites et grandes, qui nous taraudent. Je crois tout simplement que cela me remplit de joie. Je sens que je fais ce qu’il faut, ce qui me va, ce que je sais faire. « Merci pour ce que tu as écrit. Ça m’a beaucoup touché(e). » Ces quelques mots, tapotés sur un clavier ou murmurés dans les couloirs d’un événement, m’ont en retour beaucoup émue et m’encouragent à persévérer.

En 2017, j’espère prendre davantage confiance pour aider ma plume à déployer ses ailes. Ecouter mon intuition qui me murmure « Tu n’es pas allée assez loin, tu peux faire des miracles avec du travail, de la patience et de la détermination. »

Retrouver le goût des choses simples

En 2016, je me suis recentrée, rapprochée de mes envies profondes et de mon goût des choses simples. Un moment partagé avec un ami en terrasse, un rayon de soleil sur la joue, une balade en forêt à observer les oiseaux, un repas gourmet et gourmand… Chaque petit plaisir a compté.

Plusieurs moments de grâce ont compté pour moi. Il y a eu les weekends barbares, j’en ai déjà parlé : ce mélange de nature, de réflexion partagée et de ressourcement. Il y a eu quelques visites en Bretagne, riches et pleines de souvenirs caramélisés. Et il y a eu les Cévennes. 10 jours, en immersion dans le mode de vie d’un ami, au sein de sa petite famille. Parenthèse suspendue pendant laquelle j’ai beaucoup pensé et pansé.

Moi qui aimais tant ça, j’ai aussi recommencé à lire cette année. Des romans, des essais, des ouvrages de toute sorte. Pas assez encore, et beaucoup de ces compagnons de sac à main ont été laissés de côté en cours de route. Mais le mouvement est là. Quand je lis et quand j’écris, c’est que je suis en vie.

Partir à la recherche du bonheur

L’optimisme est une de mes grandes révélations. C’est un média en ligne fondé par une amie, certes, pour lequel j’ai commencé à écrire un peu, mais c’est surtout un état d’esprit. Depuis des mois, j’ai l’impression de reprogrammer mon cerveau abreuvé de mauvaises nouvelles, pour voir le beau et le bon, pour distinguer la pépite qui brille déjà dans la boue… Ça n’a rien à voir avec de la niaiserie ou une volonté d’occulter la réalité du monde. C’est une nouvelle manière pour moi de chaque jour essayer de donner et de vivre le meilleur.

Mention spéciale à Florence Servan-Schreiber et sa 3 kifs académie. Elle a nourri ma réflexion et mon évolution de ses livres, qui me tombaient toujours sous la main à un moment où j’en avais besoin.

Autre (re)découverte : les vertus de la méditation. J’avais déjà pratiqué mais je n’y arrivais pas dans les moments où j’en avais finalement le plus besoin ! En 2016, j’ai lu avec avidité et attention des textes de Matthieu Ricard, Christophe André et bien d’autres. Laissé les voix des applications Petit Bambou ou Headspace me guider. J’ai médité beaucoup plus régulièrement, réappris à écouter mon souffle et à me calmer grâce à lui, à regarder passer les pensées comme autant de nuages dans un ciel bleu. Se (re)mettre à méditer, voilà encore un beau cadeau à se faire.

Devenir une meilleure version de moi-même

Le dernier challenge de 2016, je l’ai relevé avec fierté il y a un mois et demi : arrêter de fumer. J’avais repris, évidemment pour de mauvaises raisons, après plus de 2 ans d’arrêt. Depuis des semaines, je me faisais la promesse d’arrêter avant que l’année ne se termine. Quelle fierté de tenir un cap qu’on s’est fixé à soi-même. Quel plaisir de me libérer de l’addiction, d’économiser ma santé et mon argent, de retrouver mon haleine fraîche et mes vêtements qui sentent bons…

Il faut encore tenir, ne rien lâcher. Mais le chemin parcouru, sur ce point-là comme sur d’autres, me fait dire : « Tu peux déjà te féliciter. Sourire. Et continuer. » Je ne sais pas de quoi sera fait 2017, et j’aime ça ! Ce qui est sûr, c’est que je vais encore me laisser surprendre. Poursuivre l’exploration, mais davantage passer à l’action. Je vais continuer ma route, vers une meilleure version de soi-même.

En prenant soin de moi, en combinant exigence et bienveillance, en ne me jugeant pas trop durement mais en cherchant tous les jours à progresser… En cultivant mes relations surtout. Le chantier me parait énorme, mais il a déjà commencé, dans le brouhaha et l’enthousiasme.

« Avance sur ta route, car elle n’existe que par ta marche », disait Saint-Augustin. En 2017, au plaisir de vous y croiser.

Si vous avez appréciez ce texte, faites un geste : appuyez sur le ❤ juste en dessous.

Medium France

La publication officielle de Medium en France. Pour nous proposer votre histoire, écrivez-nous à french@medium.com

Flora Clodic

Written by

Plume raconteuse d’histoires. Jardinière de communautés. #Tribus Happycultrice #AuBonheurDesZèbres Collapso-something #Effondrement #Résilience

Medium France

La publication officielle de Medium en France. Pour nous proposer votre histoire, écrivez-nous à french@medium.com

Welcome to a place where words matter. On Medium, smart voices and original ideas take center stage - with no ads in sight. Watch
Follow all the topics you care about, and we’ll deliver the best stories for you to your homepage and inbox. Explore
Get unlimited access to the best stories on Medium — and support writers while you’re at it. Just $5/month. Upgrade