Dépravée
3h55 — La ville est dépravée.
Trois gouttes de pluie s’écrasent sur le sol encore chaud, la température de la nuit est clémente, une odeur de cigarette tourbillonne à la sorite de chacun des bars et la rue a une haleine de bière.
La chaussée est jonchée de gobelets renversés et de bouteilles cassées, atmosphère post-fête. Les corps déambulent, vacillants, d’un pas haletant vers un domicile qui semble trop loin. Taxi, vélo, vélo-taxi, ou même les épaules d’un ami comme béquille, tous les moyens semblent bons pour se rapprocher de chez soi. A la maison. A l’abri. Au calme. Loin du bruit et de l’animation. Là où tout s’arrête.
Ou presque, car la tourmente de l’ivrogne lui remonte à la tête. Elle malmène l’esprit du saoul. Elle le fait tourbillonner comme si la folie de la nuit ne s’arrêtait jamais. Même allongé dans le silence, le repos ne viendra pas. Emporté par le tourbillon des vertiges, le fêtard subit, à demi-conscient, la folie de son ivresse. Les oreilles sifflantes, les paupières brûlantes, la bouche pâteuse, la nuque humide, … son être est en souffrance. Les respirations se font courtes, saccadées, stressantes. La cage thoracique est comprimée, tétanisée. Les battements de son cœur résonnent dans sa carcasse.
Dans un profond malaise, le sommeil tente de l’enrôler. Son esprit et son corps s’enfonce dans ce qu’il y a de plus profond. A reculons, en arrière, il tombe. La chute le plonge dans un état abyssale. Il perd pied et se laisse emporter. Il se relâche et abandonne son corps et son esprit dans ce puits sans fond, ce trou noir où il n’y a ni espace ni temps.
Le sommeil l’a emporté
Soulagé de sa torpeur, on aurait pu le croire. Mais cette illusion ne durera que quelques heures. Cette tromperie s’achève par un retour à la conscience. Retour à la réalité. Électrochoc !
Les déchirures traumatisantes de son corps se réveillent lentement. Telle une épave rouillée, ses articulations grincent métalliquement. La tête froissée, sa matière grise est distendue. Des vagues souvenirs atténués par un épais brouillard émergent avec acidité. La survie de son être se fait au prix d’une immonde souffrance nauséeuse.
A l’aurore, les fleurs aux balcons profitent des premiers rayons du soleil. Sous une lumière chaude, la ville retrouve de pimpantes couleurs. Les joggeurs foulent le pavé de la vieille ville, et les cafés sont servis en terrasse avec le journal du matin.
C’est une magnifique matinée d’été qui débute.
Les gens, la Ville, la Vie continuent comme si… comme si rien ne s’était passé.
Retrouvez les deux premières parties de mon voyages, ci dessous :
