Dévaler la pente d’un glacier sur une luge de fortune

Altaï mongol (4/5)

de Cedric Solichon


Des pierres de toutes tailles roulaient sous nos pieds. Et mine de rien, une patinoire en pente qui terminait plusieurs centaines de mètres plus bas, ça ne rassurait pas. La chute n’aurait pas été plaisante. Quelques cairns indiquaient le sommet de la montagne. Nous les suivions, sans vraiment savoir où nous allions arriver. Vers la moitié de la montée, je ralentissais le pas et ma respiration se faisait haletante.

Ce n’était pas l’altitude qui faisait son boulot mais le vertige qui commençait à s’immiscer dans mes jambes et mon ventre.

Comme à chaque fois dans ces cas là, je déconnectais le cerveau et laissais des ordres précis à mon corps : “Ne regarde pas en bas, mets un pied devant l’autre, doucement mais sans t’arrêter.” Nous arrivions au sommet pour l’heure du déjeuner. A 3989 mètres de haut, le soleil était chaud et malgré l’altitude, le vent soufflait peu. Assis sur la l’arrête de la montagne séparant la Russie de la Mongolie, la terre salissait le glacier mais il n’en restait pas moins magnifique. “Intéressant contraste entre les deux voisins” pensais-je. Du côté mongol, les montagnes aux pics enneigés et acérés transperçaient les nuages tandis que le côté russe dévoilait d’immenses collines aux courbes douces et à la robe jaune paille. Pour accompagner la vue, les israéliens préparaient du café turc et réchauffaient des pitas sur le mini-poêle au pétrole qu’ils trimbalaient depuis une semaine. Nous tartinions nos pains plats de tahini, auquel nous ajoutions du sel et du citron. Le jus acidulé adoucissait la texture granulée de la pâte de sésame et le sel enrobait l’ensemble d’un goût sobrement parfumé. Nous ne profitions pas de cet intermède gastronomique très longtemps car le vent se levait et nous décidions de rentrer au camp. “C’est super tu verras, tous les israéliens sont descendus de cette manière !” m’expliquait Dror, pensant que c’était une justification valable pour se la jouer descente de bobsleigh avec des imperméables déchirés, sur un glacier, en été. “Si les tous israéliens l’ont fait, tu me vois rassuré…”. Nous dévalions donc la paroi enneigée de la montagne en glissant sur de vieux anoraks trouvés au camp. La pente très abrupte impressionnait au début et, bien que totalement déraisonnable, l’expérience se révélait enivrante. Et également rafraichissante car nos pieds raclaient le sol, ce qui projetait des gerbes de neige sur nos visages. De retour au camp, thé, riz, sieste, lecture et parties de cartes nous attendaient. Commencer une journée très tôt avait pour avantage de pouvoir se la couler douce l’après-midi. Et après avoir échappé à la mort plusieurs fois, je pense que je ne déméritais pas.


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Séance pitas au sommet.
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