D’où vient vraiment la motivation (et comment y retourner chercher du rab)

Crédit : Jordan McQueen

- Petit sondage à main levée. Combien d’entre vous ont essayé de changer leur vie en profondeur ces derniers mois ? Par exemple d’arrêter la clope. De se mettre à courir. D’écrire plus souvent. Ou de manger mieux.

Hum-hum. Beaucoup de mains levées je vois. Très bien. Maintenant, combien ont tenu jusqu’au bout ?

Ha, beaucoup moins déjà. Bon, ceux qui ont encore la main levée, vous pouvez sortir, vous connaissez probablement déjà le truc que je vais présenter. Les autres : à votre avis, qu’est-ce qui vous a manqué pour y arriver ? Oui, mademoiselle ?

- Le temps pour s’y mettre ?

- En effet, le temps est important, mais ce n’est pas à lui que je pensais. Oui ?

- L’énergie de le faire tous les jours ?

- L’énergie, pas mal, très importante aussi. D’ailleurs, quand on à l’énergie, assez souvent on trouve le temps. Mais ce n’est toujours pas ce que je cherchais.

Vous jeune homme ! Oui, vous là, au fond de la classe, qui zieutez votre portable (ou votre entrejambe).

- Euh… J’sais pas… La motivation ?

- Bingo ! La motivation.

Temps < Énergie < Motivation

“Je n’ai jamais le temps… Les journées sont trop courtes”

Implanter des changements durables dans sa vie, ça demande souvent du temps. Il faut libérer des moments dans la journée pour enfiler ses basquettes et sortir courir. Ou faire la route jusqu’à la salle de gym. Ou faire des courses “saines” pour manger un peu mieux ce soir. Bref.

Créer du temps dans la journée est quasiment une discipline à part entière, qui mérite un article à elle seule. Mais pour aujourd’hui, je me contenterai d’une piste.

C’est beaucoup plus facile de libérer du temps quand on a l’énergie pour.

Ce soir, si je rentre du boulot complètement vidé (échanges pénibles avec un client, stress, to do list longue comme un jour sans pain, etc.), je vais probablement passer les heures suivantes dans le canapé, devant une série ou à surfer sur le web (“Flemme, je bouge plus”).

Mais si je rentre en ayant encore la pêche, je libérerai peut-être une heure pour faire du sport. Pour travailler sur mon prochain article. Ou pour faire un tour dehors si le temps est beau.

En fait, ce qui me manque, ce n’est pas uniquement le temps : c’est l’énergie. Celle d’utiliser les moments de battement dans la journée.

Et un moyen efficace de retrouver l’énergie, c’est d’entretenir la motivation.

La motivation rend le changement plus facile

Elle génère naturellement de l’énergie. Les premières semaines où vous décidez d’implanter un changement, les choses vont plutôt bien : la motivation est intacte, la nouveauté fait son effet et l’énergie est au rendez-vous. Vous êtes invincible.

Crédit : Jared Erondu

Puis la motivation s’effrite, et c’est là que la situation se gâte. On se permet un écart. Puis un autre. Et encore un autre. Et on finit par laisser tomber

Pour tenir une nouvelle bonne habitude, il faut aussi entretenir la motivation.

Et c’est encore plus important pour les changements “Passifs”.

Jusque là, j’ai surtout mentionné des changements actifs : des actions ponctuelles comme faire du sport ou se mettre à écrire. Ce sont les plus faciles. Si vous voulez vous mettre à courir, il “suffit” de trouver la motivation 3 fois par semaine.

Mais pour les changements passifs (arrêter de fumer, manger mieux, se tenir mieux à son bureau), vous aurez besoin de motivation à chaque instant pour résister à la tentation.

Bref : la motivation est vitale. Elle donne la force et l’énergie de tenir.

Et la méthode communément admise aujourd’hui est la pire possible pour entretenir la motivation.

“C’est juste que tu ne le voulais pas assez”

Quand on échoue à tenir une nouvelle habitude, le consensus habituel donne généralement quelque chose comme :

“Bah, tu ne le voulais pas assez. Si tu le voulais vraiment, tu y aurais mis l’énergie”.

Fait bien connu : dans notre monde magique qui carbure à la poussière de fées et aux rires de licornes roses, il suffit de vouloir quelque chose très très fort pour l’obtenir. Et si tu n’y es pas arrivé, bah c’est que tu n’en avais pas assez envie.

Disons le tout net : cette méthode est complètement foireuse. Non seulement elle ne marche pas, mais (en plus) elle sape la motivation et génère de la culpabilité.

Ce n’est pas une question de “vouloir très fort”, mais d’entretenir cette volonté.

D’où vient vraiment la motivation

Notre esprit est une machine formidable, mais il a aussi ses limites.

Dire, “Je veux perdre du poids” ne marche pas. Pas plus que penser très fort “Je dois arrêter de fumer pour ma santé”.

Votre esprit s’en moque. Pour lui, ce sont des phrases génériques, du bla bla sans rapport avec le réel.

L’esprit a besoin d’images fortes, parlantes, concrètes, qui font appel à des expériences vécues.

Je me sens mal quand je grimpe un étage et que je suis déjà essoufflé. J’ai l’impression que les autres me regardent avec pitié.

J’ai honte quand je m’assoie et que j’ai l’impression que mon ventre sort de 10 cm.

Je me déteste quand je suis en permanence fatigué, irrité et désagréable avec des gens que j’aime.

Là ! Des émotions puissantes et détaillées qui font référence à des moments concrets de la vie.

C’est exactement la même règle à l’oeuvre que celle qui s’applique en rédaction et dans l’écriture : des histoires ou des images concrètes, détaillées et précises ont plus d’impact que des propos vagues et généralistes.

J’aurais pu commencer cet article par un lapidaire “Ce n’est pas le temps ou l’énergie qui compte, c’est la motivation”. Mais une petite intro de quelques lignes rend la lecture plus agréable (enfin, j’espère).

Prenons un autre exemple : honnêtement, qu’est-ce qui vous parle le plus ? Lire le roman “Roméo et Juliette” ? Ou la dépêche de l’AFP : “Vérone - Deux adolescents se suicident suite au conflit de leurs parents.” ?

Un exemple personnel

Il y a un bout de temps déjà, je me suis mis au Tabata.

Pour ceux qui ne connaissent pas ce merveilleux protocole, imaginez l’inquisition espagnole se lançant dans le fitness.

Torquemada expose à Isabelle de Castille ses premiers plans du Tabata. (Hors image : Satan au fond de la salle, prenant des notes)

Le concept est plutôt simple : 20 secondes d’exercice cardio à plein régime (il faut vraiment tout donner pendant ces 20 secondes…vous ne devez plus avoir de souffle à la fin). Puis 10 secondes de repos. Et on recommence.

Ca n’a pas vraiment l’air difficile, pas vrai ?

Et pourtant…

C’est court, c’est brutal, et c’est efficace.

A la première séance, vos poumons déclarent un mouvement de grève général. Vos bronches essayent de remonter par la gorge. Probablement pour fuir cette fournaise (la température interne monte beaucoup et vite).

Le Tabata est génial parce qu’il permet d’obtenir des résultats intéressants avec des séances courtes. Mais chaque séance est violente et demande de la motivation.

Ce qui m’aide à tenir dans ces moments là, à travers la sueur, la fatigue, les poumons awol et le global “mais pourquoi est-ce que je m’inflige ça”, c’est de me rappeler justement pourquoi je le fais. Pourquoi c’est important.

Je pèse la difficulté passagère de l’exercice contre tous ces micros moments dans ma vie où je me suis sentis mal dans mon corps :

  • Le matin où je me suis rendu compte que j’avais pris inconsciemment le réflexe, en sortant de la douche, d’éviter de me regarder dans le miroir, et de me sécher face au mur.
  • Chaque fois que des proches me font des remarques sur mon poids.
  • Quand je fais des exercices et que j’ai l’impression d’avoir un sac banane au niveau du ventre qui saute en même temps que moi.
  • Lorsque je me sens mou, fatigué, que je m’effondre dans le canapé en rentrant, et que je compense mon épuisement avec de la nourriture type fast food (sachant très bien qu’elle va empirer la situation).
  • Quand je réalise que je ne savoure même plus les nourritures les plus décadentes parce que je culpabilise inconsciemment.

Bref, le truc qui m’aide, c’est de visualiser ces moments, de faire resurgir les émotions et de me rappeler tous ces instants qui se sont accumulés pour faire germer la décision “J’ai besoin de faire changer les choses”.

Ca demande un brin d’introspection inconfortable, mais le jeu en vaut vraiment la chandelle.

Et, de temps en temps, il y’a comme un truc magique qui se produit. On se rend compte qu’on a pas vraiment envie de faire ce changement. On l’a décidé pour les mauvaises raisons, alors on le met de côté, temporairement. Et c’est parfaitement ok. Et à la place, on va se lire une bonne BD d’Oatmeal sur la motivation.