En route pour 2016 !

Il y a un an, je m’étais prêté au jeu d’anticiper quelques tendances des usages des technologies de l’année à venir : Télévision, Objects connectés, nouvelles formes d’écrans, transport ferroviaire, automobile, ou publicité sur le Web. Exercice intéressant, surtout rétrospectivement, pour voir lesquelles de mes prédictions se réalisées tandis que d’autres au contraire se sont révélées fausses.

En ce début d’année 2016, je reviens sur quelques sujets qui m’ont particulièrement intéressés l’année passée, en formulant quelques enjeux à relever pour ceux qui comme moi exercent dans les métiers du design et de l’expérience utilisateur. Une liste non exhaustive, à compléter.


1. Des expériences ultra haute définition

En 2015, j’anticipait l’échec de la TV 3D. Je n’étais pas convaincu par cette technologie dans un usage quotidien : l’utilisation normale de la TV, en fait. C’est sans surprises la très haute définition, la 4K, qui s’impose.

En 2016, la 4K devient donc le standard pour les télévisions haut de gamme mais l’expérience reste bridée par une offre encore limitée de contenus et, en France notamment, par le faible taux de connexion des foyers au très haut débit nécessaire à l’accès à des programmes en très haute définition.

En 2016 et pour sans doutes quelques années, en dehors des rayons des grandes surfaces, on regardera donc encore des vidéos en 1080p voir en 720p sur des écrans pouvant en afficher jusqu’à 2160. Mais l’un des aspects le plus intéressant de ce nouveau standard me semble être le potentiel de création d’expériences interactives. En effet, les écrans très haute définition abolissent la frontière jusqu’ici sensible entre les moniteurs « informatiques » et la télévision de l’autre. Les seconds étant jusqu’à maintenant insuffisamment précis pour une expérience de lecture correcte à l’écran par exemple.

Ces immenses écrans peuvent afficher des images de très haute qualité. Dans la foulée des fonctions de « casting » proposées par la Chromecast de Google ou l’Apple TV essentiellement dédiés à la vidéo, attractives mais limitées, on verra en 2016 apparaitre plus de dispositifs qui contiennent un OS complet. Plusieurs ont déjà été présentés en 2015, comme Continuum sur Windows 10 ou l’extension abandonnée d’Ubuntu sur Androïd. Brancher un ordinateur sur la télé ? Cela rappelle peut-être à certain leurs premières expériences informatiques sur Thomson ou Atari équipés de sortie Peritel ? Un retour aux sources. Mais ici encore, c’est le l’apparition d’usages pertinents et adaptés à ce nouveau mode d’interactions qui déterminera de l’adoption. Le fait de concevoir des applications qui combinent l’écran du smartphone et celui de la télé ou introduisent des modes d’interactions à la voix ou au geste.

En 2016 : Au delà du cinéma et des démonstrations visuelles séduisantes, concevoir avec ces nouveaux écrans domestiques des expériences interactives innovantes pour la vie de tout les jours.

2. L’automobile face aux nouvelles formes de mobilité

En 2016, la connectivité des véhicule est en marche mais les constructeurs automobiles peinent à intégrer les compétences, à engager les moyens financier et à implémenter les technologies nécessaires à leur transformation digitale (CRM digital, Expérience utilisateur, Big Data…). Les systèmes interactifs embarqués propriétaires complexes qui ne peuvent suivre le rythme d’évolutions de leurs concurrents mobiles déclinent au profit des systèmes de « miroring proposés des deux écosystèmes Apple et Android. Face à ces deux mastodontes MirrorLink, la solution concurrente soutenue par les constructeurs automobiles, va probablement disparaitre. Les partenariats entre constructeurs automobiles et les acteurs du consumer electronic se multiplient. Précurseur de cette tendance, l’accord entre Ford et Apple autours de l’intégration de la commande vocale SIRI dans les voitures.

En 2016, un plus grand nombre d’entreprises réalisent que l’enjeu à moyen terme du véhicule autonome n’est pas tant de faire rouler toute seule la voiture de Mr tout le monde que de révolutionner les industries de la logistique et de la mobilité.

En 2016, le nombre de véhicules particuliers fonctionnant à l’énergie électrique s’accroit. L’offre des modèles de voitures électriques pour le grand publique s’étoffe. Plus adaptés aux usages urbains, ces dernières révolutionnent la conduite et attirent une clientèle plus jeune grâce à leur simplicité, leur efficacité et l’expérience bien meilleure que leurs équivalent thermiques encore souvent équipées de boites de vitesse manuelles : En 2016, la plupart des conducteurs européens déplacent encore des engrenages à la main ! Un archaïsme.

Mais en 2016, ce sont surtout les 2 roues qui s’électrisent. Après le vélo motorisé, scooters et la motos électriques, déjà très répandus dans les mégapoles chinoises apparaissent en occident et séduisent les utilisateurs à la recherche de solutions efficaces et bon marché pour leurs déplacements quotidiens de courte distance.

En 2016 : La connectivité et l’intelligence numérique, l’énergie électrique et à plus long terme, l’autonomie, sont plus que des extensions des véhicules traditionnels. Ils présagent de nouvelles formes de mobilités. Elles doivent être pensées, dans leur globalité : offre, commercialisation et expérience utilisateur, en se focalisant sur les besoins et les usages émergents des nouvelles générations pour en précipiter l’adoption.

3. Le rail entre luxe et discount

SNCF semble avoir pris une direction totalement opposée à ma prédiction 2015 de montée en gamme. Ces opérations les plus visibles semblent avoir été le lancement de campagnes promotionnelles agressives fortement relayées sur les réseaux sociaux. Sans doute une tactique plus en phase et la moins risquée au regard d’un contexte économique morose. Mais c’est au risque d’entrer dans un cercle vicieux en habituant les clients à attendre que le transporteur baisse ses prix pour acheter des billets de train.

En 2016 et pour les années à venir, ce sera peut-être plus du coté de l’ouverture la concurrence qu’il faut attendre une montée en gamme de l’offre du transport ferroviaire. Via des acteurs italiens ou allemand comme Italotraino ou la DB qui ont su développer en Europe une expérience client haut de gamme comparable à celle que l’on peut rencontrer au Japon ?

Coté distribution, 2016 sera une année de consolidation pour Capitaine Train, excellente plateforme de réservation qui bénéficie aujourd’hui d’une ergonomie de qualité et de l’intégration réussie de fonctionnalités de billettique complexes et d’offres de nombreux transporteurs européens. Sans doutes pas de nouvel acteur à attendre sur ce marché en raison des coûts d’entrée qui restent très élevés et des marges très faible (Et ce ne sera pas faute fait quelques expérimentations entre 2014 et 2015 ;-) Je vous en reparlerai surement bientôt.).

En 2016 : Si les acteurs historiques ont une carte à jouer c’est bien la multi-modalité. Effacer les barrières organisationnelles entre les acteurs du transport collectif. Proposer des offres simplifiées et sans coutures, tant pour des trajets de longue que de courte distance : un luxe inédit pour les utilisateurs !

4. L’économie communautaire dans la tourmente

2015 aura encore été une année de croissance colossale pour les plateformes communautaires dont les emblèmes sont rbnb et Uber, malgré la multiplication des mouvements de contestation de leur modèle. Mais 2016 pourrait être une année plus difficile.

Les témoignages d’expériences mauvaises, quand elles ne sont pas dramatiques, qui se multiplient sur le Web sont des signaux faibles qui pointent les failles des nouveaux modèles économiques informels. Pour ces plateformes, la croissance de l’offre rend complexe le suivi de la qualité des prestations fournies par un réseau informel qui dépasse aujourd’hui le premier cercle des pionniers favorisés et engagés.

Il est difficile de garantir la qualité d’une expérience d’hébergement fournie par des hôtes amateurs dans des lieux qui ne répondent pas toujours à un cahier des charge permettant d’assurer la sécurité et le confort de leurs visiteurs. Il est ardu de maintenir la motivation de chauffeurs, souvent locataires de leur véhicule, quand ils sont précarisés par des baisses de prix arbitraires.

En 2016 : Cette année peut être celle du retour en grâce d’acteurs traditionnels qui pourront tirer profit du désenchantement des clients de l’économie collaborative. La fin de la grande peur de « l’uberisation ». Pour les acteurs de l’économie traditionnelle, il s’agira de parvenir déployer des expériences utilisateurs du niveau de celles qui ont fait le succès de leurs concurrents de la nouvelle économie : des systèmes de réservation et de relation avec la clientèle conçus dès le départ pour le digital.

Et vous ? Par quoi allez-vous être passionné cette année ?