Est-ce que ce monde est sérieux ?

Je viens de rentrer de 10 jours à New York. J’y étais pour une mission professionnelle. Chaque année, New York me fait le même effet : on ne ment pas à New York. C’est une ville qui tient les comptes. Une ville capable de donner, aussi de reprendre. C’est une ville qui n’a peur de rien et peux te faire croire n’importe quoi. Parce que n’importe quoi est possible à New York. C’est une ville généreuse avec les personnes qui essaient, qui font, qui y vont avec tout ce qu’ils ont. La vigilance consiste à savoir ce que tu as. Ce que tu mises est souvent ce que tu récoltes. Si tu ne mets pas de cœur quand tu mises, tu perds.

New York est une ville brute. Tu peux y voir la vérité d’un système américain qui a créé un empire sur un état d’esprit, qui a créé la culture du règne et qui en a fait une industrie si puissante qu’aucune pensée envers l’Amérique n’est exprimée sans être inconsciemment associée à la puissance. L’Amérique est une puissance, et peu importe qui en est à la tête, elle se bat tous les jours pour nous le rappeler.

La puissance éclaire la faiblesse. Cela signifie que mon amour de New York est aussi un affront à mes faiblesses. Tous les ans je tombe amoureuse d’une ville qui me regarde dans les yeux et tient les comptes.

Mais peu importe. Peu importe le nombre d’erreurs que tu fais ou le temps que tu mets à progresser, tu es toujours devant tout ceux qui n’essaient pas.

Et New York sait te le rappeler.


La culture américaine s’est infusée en moi depuis des années. Une partie de ma famille y est née et y vit sa vie. L’entrepreneuriat, du moins tel qu’il existe de l’autre côté, n’est pas un métier. L’argent, pas un gros mot. La difficulté et le compromis, pas des options. L’envie, le risque, le mouvement, des composants. Bien sûr tu marches ou tu crèves. Tu es sur d’avancer. Et pendant ce temps les comptes, comptent.

Le travail n’est pas une vie que tu abandonnes pour une autre en rentrant chez toi à 19h. Tu n’as pas honte de ton métier. Tu ne deviens pas autre en passant le pas de la porte de chez toi. Tu choisis ta vie, parce que si tu ne le fais pas, le système ne choisira pas pour toi non plus. Il te réduira au seul choix de survivre, avec tout l’argent que tu n’as pas qu’il te prendra.

Vous avez vu les lumières de la ville pendant les vacances, pensez que l’ombre y est au moins égale.


Alors pourquoi New York ?

Pour la rareté de la linéarité. Pour la reconnaissance du jeu et l’importance de la mise. Pour la responsabilité individuelle de s’en sortir. Pour le choix.

Quand on quitte sa ville pour une autre, on est aveuglée par la différence de réalité. La leçon n’est pas de faire l’expérience d’une autre réalité, mais de réaliser qu’il n’y en a pas. Nous créons des réalités, partout, dans toutes les villes du monde. Nous sommes sous le joug d’une grande histoire dont nous n’avons, ni été le témoin physique, ni le créateur. Bien éloignés de remettre l’histoire en question, nous nous divertissons à coup d’habitudes et de certitudes. Nous reproduisons, un jour après l’autre, la grande histoire qu’on nous raconte. Nous faisons de la politique minable sans ne rien savoir, sans n’être encore une fois ni témoin physique des événements tels qu’ils nous sont racontés, sans même parfois y être mêlés.

Nous travaillons, nous nous marions, nous contractons des prêts, nous prions, et nous fermons les yeux. Les seuls qui les ouvrent ont à peine le temps de l’ouvrir qu’on les juge d’être des dommages collatéraux de fausses conspirations.

Nous ne sommes pas nous, mais le reflet de l’ensemble des conditionnements qui nous ont littéralement créé. Notre perception de l’argent, du succès, de la famille nous a été matraqué pendant des années et la pensée libre est encore considérée comme la pire espèce d’un monde qui est infini en singularités et pourtant effrayé par la différence.

En 2017, la majorité ne choisit toujours pas sa religion, son métier, sa ville, son salaire, son partenaire. La majorité réplique le connu. La majorité n’apprend pas, elle admet.

New York n’est qu’une ville parmi d’autres. Elle ne détient aucune vérité, comme aucun de nous. Elle rappelle simplement ce que cela fait d’être à poil, de pouvoir tout faire et tout choisir. Elle rappelle qu’on peut tout perdre et quand on réalise que l’on peut tout perdre, reste 2 questions fondamentales :

Qu’est-ce qui est si profondément ancré en moi qui ne pourra jamais m’être retiré ?

Quelle importance reste t’il quand je soustrais toutes les choses que le système nomment «essentielles» et qui peuvent pourtant disparaître en un claquement de doigts ?

C’est difficile de vivre libre dans un monde où tout à un prix.

Pourrions-nous oser encore ?


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