Fin du travail : inventer un nouveau monde

Les acteurs de la vie économique s’inquiètent de la montée en puissance de la robotisation, qui va engendrer la disparition progressive de nombreux emplois.

Pour certains, ce mouvement de fond placera une grande partie de l’humanité dans un état de précarité encore pire qu’aujourd’hui.

Pour d’autres, il n’est qu’une péripétie de plus du système capitaliste, qui nous a déjà habitués à remplacer des métiers obsolètes par de nouveaux emplois plus qualifiés. Les conducteurs de diligence ont disparu, mais les chauffeurs de bus les ont avantageusement remplacés. Il y a moins d’ouvriers, mais plus d’ingénieurs pour concevoir les produits du futur.

Les gouvernements, les syndicats, les partis politiques s’indignent, s’insurgent, hésitent. Presque unanimement, ils évoquent la « valeur travail », seule potentialité présumée du bonheur pour un être humain socialisé, dont le rôle se mesure à son incidence dans la production, à sa contribution dans la création de richesse de l’entreprise. Ils se battent contre le chômage, avec une efficacité dérisoire.

Or, cette déification du travail porte en elle les germes mêmes de son échec programmé. Car il est évident que l’automatisation et les robots ne sont que la première étape de la révolution que l’humanité va connaître sur le plan économique et social. Les intelligences augmentées envahiront bientôt des sphères inédites, auparavant réservées à l’humain. Les métiers du tertiaire vont eux aussi connaître une restriction drastique du champ de compétence des êtres de chair et de sang que nous sommes encore.

Le processus a déjà commencé. Il n’échappe à personne que Google ou Facebook emploient infiniment moins de personnes que Général Motors ou Total.

Et, de fait, nous n’avons plus besoin de travailler autant. Pourquoi s’échiner à serrer des boulons quand une machine le fera mieux et beaucoup plus vite ? Ce raisonnement est valable dans tous les domaines.

Il restera la création pure, l’art, l’émerveillement. Devenir le poète de sa propre vie, n’est-ce-pas là un destin plus désirable que le stress paralysant auquel sont soumis un nombre croissant de cadres ? Le mythe de la performance doit cesser.

Comment engendrer un monde dans lequel « l’homme à venir » pour retrouver un sens à son existence ? Comment se détacher d’un « travail » aliénant et destructeur, pour se projeter dans une « effervescence créative » plus riche, plus valorisante, plus épanouissante ?

Il faut pour cela inventer un nouveau monde, et avant tout une nouvelle économie.

Le mythe du « salaire minimum universel » pourrait refaire surface. Le monde est assez riche et performant pour donner l’essentiel à chacun. C’est une question de volonté et de collaboration. L’humanité en est à la fois très loin, car le système politique mondial est à bout de souffle. Elle en est à la fois très proche, car la technologie nous le permettra bientôt.

Ce mythe prend des formes inattendues. Une fois encore, ce sont les plateformes numériques qui en façonnent les contours. Google et Facebook veulent fournir à chaque habitant de la planète un accès au réseau : à la fois un objet, le terminal de connexion, et l’accès « on air » à internet. L’ébauche d’une idée, le début à peine perceptible d’un mouvement.

Donner à chacun les moyens de sa subsistance, quel couronnement pour des siècles de progrès techniques et scientifiques ! Donner tout son sens au progrès est plus urgent que s’arquebouter sur le sens d’une « valeur travail » qui ne sert que les profiteurs du système économique actuel.

« Le travail rend libre », était-il écrit au-dessus des portes d’entrée des camps de concentration nazis. Hegel, auteur de cette phrase, exprimait une idée simple : que c’est le travail de l’esprit sur le monde qui permet la libération de l’être.

Place à la créativité positive, et laissons le travail aux machines, engendrées par le génie humain !

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