Génération Goldman : absence et communication

Mémoire de recherche — Celsa Paris-Sorbonne — Master 1 (juin 2013)
Préparé sous la direction du Professeur Véronique RICHARD

Introduction

Son dernier album est sorti en 2001, sa dernière tournée s’est arrêtée en 2002. À ce moment, personne ne le savait, pas même ses proches[1] : Jean-Jacques Goldman, « faiseur de tubes » depuis les années 80, avait décidé de s’arrêter là. Discrètement, comme toujours, sans annonce officielle, sans interview au journal de 20h ou autre entretien exclusif sur une chaîne d’information en continu, Jean-Jacques Goldman a pris sa retraite pour une durée indéterminée. Dix ans après, il est donc surprenant de constater que la fin de l’année 2012 est particulièrement marquée par son intense présence sur la scène médiatique : Jean-Jacques Goldman nouvelle idole des jeunes ![2],

Le succès surprise du très discret Jean-Jacques Goldman[3], Goldman personnalité préférée des Français[4]. Voici quelques titres qui ont essaimé la presse et les blogs ces derniers mois. Sans compter les nombreux reportages et émissions de télévision dédiés à cette star absente : « Le mystère Jean-Jacques Goldman » (Grand Public, France 2, 14 novembre 2012), « Samedi soir on chante Goldman » (TF1, 19 janvier 2013), « Quand la musique est bonne » (TMC, 22 mars 2013). Une importante production médiatique qui gravite notamment autour d’un des plus gros succès musical de la fin de l’année 2012 : l’album de reprises Génération Goldman.

Sorti le 19 novembre 2012, cet album s’est écoulé à plus de 600 000 exemplaires[5]. Un succès qui ne laisse indifférent ni l’intéressé qui s’est dit bouleversé « de voir que les gens sont restés fidèles à ces chansons… »[6], ni la sphère médiatique, jusqu’aux Guignols de l’Info de Canal+ qui parodieront l’album en le rebaptisant « Génération Goldman Sachs »[7]. Le concept ? Des artistes de la « nouvelle génération » reprennent 14 titres made in Goldman.

Une troupe portée par des chanteurs/stars « confirmé(e)s » qui ont une actualité musicale assez forte (M. Pokora, Shy’m, Christophe Willem, Amel Bent, Irma, Zaz), des jeunes artistes qui ont eu leurs propres succès relativement éphémères (Corneille, Emmanuel Moire, Marie-Mai), et d’autres qui « se lancent » avec plus ou moins de réussite (Leslie, Iviryse, Baptiste Giabiconi, Amandine Bourgeois, Merwan Rim, Amaury Vassili, Dumè, Florent Mothes, Judith, Zaho). Il s’agit de cette nouvelle génération de chanteurs souvent révélés soit par des émissions musicales comme La Nouvelle Star ou Star Academy, soit par des comédies musicales « blockbuster » telles que Le roi soleil et Mozart l’opéra rock, ou encore par le label participatif My Major Company.

L’album reprend à la fois quelques uns des plus grands tubes de Jean-Jacques Goldman (Envole-Moi, Je Te Donne, Au Bout De Mes Rêves…) et des chansons moins connues du grand public, mais d’autant plus importantes pour ses fans de la première heure (Famille, Veiller Tard, Pas l’Indifférence…). Pour développer ce projet, le label M6 Music s’est associé au label My Major Company dirigé par Michaël Goldman, le fils de Jean-Jacques Goldman. Ensemble, ils sont les instigateurs d’un succès commercial incontestable, accompagné par une machine marketing bien huilée.

Progressivement, les différents rouages du succès se sont mis en place. Dès l’été 2012, les premières rumeurs ont été relayées par des sites d’actualité musicale comme justmusic.fr[8] et entretenues par diverses communautés de fans de Goldman sur internet[9]. Le public cible de cet album est potentiellement large puisqu’il s’adresse dans un même mouvement aux fans d’antan qui guettent le moindre signe du retour de leur idole absente, et à la nouvelle génération qui guette la moindre actualité de leur idole du moment. Le bruit court et alimente la toile, les pronostiques s’échangent sur les artistes qui participeront à l’album, sur les chansons qui seront interprétées…

Le 21 septembre, la page Facebook « Génération Goldman » est créée et le premier message est publié le 11 octobre 2012, le jour où Jean-Jacques Goldman fête ses 61 ans : « La jeune génération se réunit autour du répertoire de l’un des plus grands artistes français : Jean-Jacques GOLDMAN. Premier single dispo le 16 octobre. Sortie de l’album le 19 novembre »[10]. Ce message est suivi d’une première vidéo virale : un micro-trottoir dans lequel les personnes croisées dans la rue fredonnent leur chanson préférée du répertoire de Goldman.

Puis de teasing en teasing, le premier single est diffusé : Envole-Moi, interprété par Tal et M. Pokora. Le chanteur-mannequin se remettait à peine de l’engouement suscité par sa reprise d’À Nos Actes Manqués qui avait donné un nouveau souffle à sa carrière en 2011. Suivra un community management millimétré, plusieurs extraits seront diffusés au compte goutte jusqu’à la sortie de l’album en novembre.

Le lancement s’accompagne alors d’une campagne médiatique soutenue : émissions spéciales sur TF1 (« J.J. Goldman, chanteur toutes générations », 50min Inside, 1er décembre 2012), reportages sur M6 (« Jean-Jacques Goldman va-t-il revenir un jour ? », 100% Mag, 11 octobre 2012) et apparitions des artistes dans différents tv-shows de variété, à l’instar d’Amandine Bourgeois dans N’oubliez pas les paroles (France 2, 29 décembre 2012).

Le cercle économique vertueux est en place : les jeunes artistes contribuent à l’un des plus grands succès commerciaux des maisons de disques à l’initiative du projet, ils espèrent en retour profiter de ce succès pour booster leur propre carrière[11]. Leur exposition médiatique est à la fois mise au profit de la promotion de l’album et de leur promotion personnelle. Par ailleurs, les pages Facebook et le compte Twitter « Génération Goldman » relaient régulièrement les actualités des artistes qui ont participé à cette compilation. Enfin, certains artistes sont sous contrat avec les label My Major Company (Irma, Baptiste Giabiconi…) et M6 Music (Amel Bent, Christophe Willem…), la boucle est bouclée. Tout ce dispositif médiatique est donc en ordre de bataille pour favoriser l’audience du 4ème album le plus vendu en 2012[12], devant de gros succès comme l’album des Enfoirés, Johnny Hallyday, Lana del Rey, Muse ou encore Mylène Farmer.

Mais cette analyse compendieuse des enjeux économiques portés par cet album ne peut permettre à elle seule d’expliquer un tel succès. En effet, cet objet de l’industrie culturelle se situe en réalité à la confluence de plusieurs enjeux communicationnels contemporains. Au-delà des techniques marketing très bien maîtrisées et des rouages médiatico-économiques parfaitement mis à profits, que nous apprend cet objet sur notre société actuelle ? Sur quels mécanismes communicationnels sous-jacents s’appuie cet album ? En quoi est-il significatif d’un rapport particulier aux stars voire d’un nouveau rapport au temps ?

Nous avons commencé à l’esquisser, cet album apparaît dans un contexte particulier et sous une forme relativement inédite. Le genre du tribute album ou « album hommage » n’est pourtant pas nouveau : Hommage (Bob Marley chanté par Yanick Noah, Columbia, 2012), Tels Alain Bashung (Barclay, 2011), Pagny chante Brel (Mercury France, 2007), Monsieur Gainsbourg revisited (Barclay, 2006), etc.

Que l’hommage soit rendu par un chanteur seul ou qu’il réunisse plusieurs artistes autour d’un répertoire, les tribute albums ont tous un point commun : ils reprennent des chansons d’un artiste défunt. Cette passion nécrologique pour ces stars disparues, Edgar Morin l’avait déjà identifiée en 1972 en ajoutant un chapitre à son essai sur les stars initialement publié en 1957. Dans ce chapitre intitulé « Crépuscule du star system, résurrection des stars », il écrit :

« Voici venu le temps de la résurrection des stars disparues. […] Certes une époque est morte lorsqu’elle ne revit plus que sur le mode esthétique. Mais ce qui revit alors, c’est précisément ce qui peut survivre en elle, son parfum, son charme… sa quintessence » [13].

Certes, son essai est dédié aux stars de cinéma, mais il concède lui-même à la fin de son ouvrage qu’aujourd’hui « [Les stars de cinéma] se fondent dans le Nouvel Olympe de la culture de masse, mêlées […], aux nouvelles « idoles » de la musique rock et pop : les Beatles, Jack Lennon, Bob Dylan, Johnny et Sylvie »[14]. Ces phénomènes de résurrections de stars contribuent au processus de « divinisation » de celles-ci. Selon Edgar Morin, la mort puis l’accès à cette apparente immortalité confèrent un statut quasi divin aux stars qui nous entourent. « Et l’immortalité de James Dean, c’est aussi cette survie collective dans mille mimétismes »[15] explique-t-il.

Un album de reprises n’est-il pas autre chose qu’une imitation, réarrangée, réappropriée, réinterprétée, mais suivant toujours la même ligne mélodique que l’originale ? En ce sens, nous pourrions considérer ces tribute albums comme des éléments à part entière de ces mécanismes de divinisation. Ainsi, Génération Goldman contribuerait au processus de divinisation de Jean-Jacques Goldman. Pourtant, cette résurrection de l’artiste a lieu non pas post mais pré-mortem, comment expliquer cette résurrection anticipée ? Comment comprendre le succès d’un album hommage réalisé du vivant du principal intéressé ? Quelles conditions ont été réunies pour permettre un tel succès ?

Même s’il n’est pas mort, Jean-Jacques Goldman a mis sa carrière entre parenthèses. Pour son public, il est absent. En revanche, malgré sa volonté affichée de mettre un terme (provisoire) à sa vie publique, il donne quelques signes de vie… On apprend parfois qu’il écrit pour les autres, une fois encore qu’il participe à la course Marseille-Cassis[16], et puis chaque année, il dirige la troupe des Enfoirés. L’absent est finalement bien présent. Dès lors, comment qualifier cette présence-absence ? Comment prend-elle forme dans des médias de plus en plus fascinés par la « revenance »[17] ? De quelle manière l’album de reprises s’inscrit-il dans ce contexte singulier ?

En définitive, comment la présence-absence de Jean-Jacques Goldman devient-elle un ressort communicationnel qui favorise le succès commercial de Génération Goldman ?

Hypothèse 1 : La mise en absence de Jean-Jacques Goldman renforce et accélère le processus de divinisation propre aux stars, favorisant ainsi l’engouement autour de cette personnalité.

Hypothèse 2 : Génération Goldman construit son succès en mettant en scène les éléments-clés du mécanisme d’une résurrection anticipée.

Afin de comprendre et de qualifier ce phénomène de présence-absence, l’essentiel de notre recherche s’est appuyée sur l’analyse de l’ensemble de l’actualité liée à Jean-Jacques Goldman entre septembre 2012 et avril 2013 inclus.

Nous avons répertorié et classé en annexes plusieurs dizaines d’articles issus non seulement de la presse online et offline, mais aussi de différents blogs people et musicaux afin de constituer la base de notre corpus. Nous avons également analysé quatre reportages télévisés : « Jean-Jacques Goldman va-t-il revenir un jour ? », 100% Mag, M6 le 11 octobre 2012 ; « Le mystère Jean-Jacques Goldman », Grand Public, France 2 le 14 novembre 2012 ; « La jeune génération rend hommage à Goldman », Journal de 20h, TF1, le 16 novembre 2012 ; « Goldman au grand cœur ! », Le 19–45, M6 le 20 mars 2013.

À cela s’ajoute une étude détaillée de la communication de Génération Goldman, notamment à travers l’album en tant qu’objet, sa page Facebook[18], son site internet[19] et ses vidéos teasing. Nous avons pu également observer la stratégie média mise en place par un suivi des retombées médiatiques liées à l’album.

Toutefois, il n’a pas été possible d’obtenir un entretien auprès des responsables des labels, leur emploi du temps ne le permettant pas. L’éventualité d’un questionnaire échangé par mail a été évoquée, mais ce type d’échange aurait été plus pauvre qu’un entretien et n’aurait donc pas permis d’approfondir suffisamment les questions.

Nous nous attacherons alors dans un premier temps à étudier la médiatisation récente de Jean-Jacques Goldman afin de comprendre en quoi son retrait contribue à renforcer et à accélérer un processus de divinisation que nous préciserons. En d’autres termes nous commencerons par identifier ce qu’il reste de Goldman après Goldman pour définir les causes et les conséquences de cette survivance médiatique.

Dans un second temps, nous nous concentrerons plus particulièrement sur l’album de façon à saisir la manière dont sa communication capte et met en scène les différents éléments déterminés dans la première partie, et en quoi cela contribue au succès d’une résurrection anticipée. En même temps, nous essaierons d’appréhender les enjeux communicationnels attachés à cet objet précis pour voir dans quelle mesure ils pourraient s’appliquer plus largement.

Partie 1 — La présence-absence de Jean-Jacques Goldman : une « divinisation » accélérée qui entretient un engouement médiatique

Jean-Jacques Goldman est à la fois absent et présent. Il ne sort plus aucun album, il ne fait plus aucun concert en son nom propre, ne donne plus d’interviews, ne participe plus à aucune émission de variété, pas même à celles qui lui sont dédiées.

Il a annoncé se consacrer davantage à sa vie de famille, loin de la lumière des projecteurs, retiré à l’intérieur de sa villa marseillaise. Il a annoncé son retrait de la scène musicale, il est pourtant toujours très présent sur la scène médiatique. Comment se caractérise cette présence-absence et qu’implique-t-elle sur la construction médiatique de cette personnalité ? De quelle manière catalyse-t-elle le processus de « divinisation » de cette star absente et toujours présente ?

1.1. La survivance médiatique de Jean-Jacques Goldman : la présence de l’absent

Nous avons d’abord voulu analyser les modalités de survivance médiatique de Jean-Jacques Goldman. Quels contenus les médias produisent-ils autour d’une personnalité absente et a priori sans actualité propre ? À partir de notre corpus, nous avons pu identifier cinq registres de contenus que nous allons analyser :

  • l’actualité ex nihilo, faire à partir de rien (ou presque) ;
  • l’actualité best-of, capitaliser sur l’existant ;
  • l’actualité rituelle, les marronniers médiatiques ;
  • l’actualité commentaire, entre témoignages et petites phrases ;
  • l’actualité réelle, les informations liées à une actualité effective.

Observons d’abord de quelle façon ces actualités prennent forme, nous verrons dans un second temps les conditions de leur survivance et ce qu’elles impliquent sur la construction de la star Goldman.

1.1.1. Une actualité ex nihilo

Ces derniers mois, un des faits majeurs relayé par les médias concernant Jean-Jacques Goldman est son absence : « Jean-Jacques Goldman, star invisible »[20], « Jean-Jacques Goldman, papa poule à Marseille »[21], « Jean-Jacques Goldman, un héros très discret »[22], et cette question récurrente « Jean-Jacques Goldman va-t-il revenir un jour ? »[23]. Il n’y a pas d’information nouvelle en soit, son absence dure depuis plus de 10 ans, mais les médias en écrivent toutefois le récit.

Dans l’émission 100% Mag du 11 octobre 2012, M6 a réalisé un reportage exclusif à Marseille, ville où réside Goldman. Aucun scoop, aucune image volée de la star, aucune information nouvelle. Un reportage construit ex nihilo. On essaye cependant de raconter une histoire à partir de rien. On se rend près de sa villa sans voir sa villa, on interroge un agent immobilier qui nous explique que le quartier est bien coté, mais sans démesure… On se rend dans un super marché où il aurait l’habitude de faire ses courses, on interroge un vendeur du magasin qui affirme l’avoir vu parfois, sans savoir quoi dire de plus. En creux, on dresse le portrait d’un Goldman simple et discret.

Dans les articles, il est présenté comme « Monsieur tout le monde »[24]. Le Parisien du 19 janvier raconte qu’aux « alentours, ce n’est pas le chanteur que l’on croise mais l’homme, le voisin.”. Et de détails futiles en anecdotes légères, les médias dessinent les traits d’un homme normal. « Il court souvent sur la corniche le matin », « Le chanteur veille à se fondre dans la masse », son portrait dans Les Échos du 15 mars 2013 explique qu’il « souhaite qu’on le traite comme un homme normal, de la même façon que François Hollande veut être un président normal. » Analogie intéressante puisque pour l’un comme pour l’autre, leur normalité apparente est intrinsèquement anormale aux yeux des médias, et suffisamment exceptionnelle pour être considérée comme une information à part entière.

À partir de rien, à partir du vide laissé par son absence, les médias produisent une actualité. L’absence constitue elle-même un événement auquel s’ajoutent quelques faits mineurs qui concernent Goldman de près ou de loin, et qui prennent alors une dimension corrélativement plus importante. Son ami Michael Jones fait une mauvaise chute de ski ?

L’anecdote suffit à servir d’alibi à Voici [25] pour écrire un article contenant le mot-clé « Goldman » en rappelant au passage les liens entre le chanteur absent et le chanteur convalescent. À cela s’ajoute également les rumeurs régulières concernant son retour. Ces anecdotes nous apprennent finalement peu de choses sur Jean-Jacques Goldman, mais le reste de son actualité est si pauvre que le moindre sujet le concernant un tant soit peu obtient le statut d’actualité.

Ainsi, lorsque son absence n’est pas elle-même un levier de sa présence médiatique, ce sont des événements anecdotiques qui deviennent les prétextes pour parler de Goldman et combler le vide qu’il laisse derrière lui.

1.1.2. Une actualité best-of

Un autre registre médiatique utilisé pour parler de Goldman est celui du Best Of, sous différentes formes. Olivier Aïm, maître de conférence au Celsa, décrit dans un article pour Le Plus du Nouvel Obs[26], une télévision qui est « fascinée par le retour, la répétition et la “revenance“ ». Jean-Jacques Goldman est l’une des premières victimes de cette fascination. Le 27 février 2013, un article de Premiere.fr rapportait effectivement que « Les hommages à Jean-Jacques Goldman, entre reprises et émissions spéciales, n’en finissent plus »[27].

Cela passe donc par des émissions Best Of au premier sens du terme, à l’image de « Quand la musique est bonne, spéciale Jean-Jacques Goldman » sur TMC le 22 mars 2012. Le descriptif de l’émission est le suivant : « Images d’archives, témoignages choisis : Jean-Michel Zecca fait revivre la carrière féconde de Jean-Jacques Goldman. L’émission revisite son parcours et son répertoire »[28]. Il s’agit ici de capitaliser sur l’existant en sortant les meilleurs moments télévisuels de leur boîte à archives.

Les autres émissions qui créent du contenu en revisitant l’existant sont les émissions de reprises. Que ce soit le prime de la Star Academy spécial Jean-Jacques Goldman le 7 février 2013 sur D8 ou encore l’émission dédiée Samedi soir on chante Goldman sur TF1 le 19 janvier, ces émissions « en hommage à » ou « à la gloire de » ont le vent en poupe. Des émissions de reprises qui ont du succès puisque Samedi soir on chante Goldman a réalisé le meilleur score d’audience ce soir là avec 6,7 millions de téléspectateurs.

1.1.3. Une actualité rituelle

Chaque année, la troupe des Enfoirés revient pour réaliser l’une des meilleures audiences de TF1. Cette année encore, La Boîte à Musique des Enfoirés a battu son propre record en mobilisant 13,6 millions[29] de téléspectateurs. Avec ce retour rituel des Enfoirés, c’est aussi le retour rituel de Jean-Jacques Goldman qui est médiatisé.

Michael Jones parle de cette participation annuelle comme « Une ligne de conduite : il ne se montre que pour Les Enfoirés, dans lequel il est impliqué de A à Z »[30]. Un rendez-vous immanquable pour ses fans qui, chaque année, partent en pèlerinage télévisuel pour profiter des précieuses apparitions de leur idole. Le Parisien titrait à propos du concert des Enfoirés « Jamais sans Goldman »[31]. Il décrit un public qui « voue un culte à Jean-Jacques Goldman » et explique que « cette année plus que jamais, les Enfoirés ont été frappés par la Goldmania ».

Effectivement, pour la première fois depuis plusieurs années, Jean-Jacques Goldman est apparu seul sur scène, pour interpréter l’un de ses propres tubes : Famille. La vidéo volée de ce moment « hors antenne » a très rapidement fait le tour de la toile et des communautés de fans avec plusieurs centaines de milliers de « vues »[32] à la clé.

Le concert des Enfoirés est un événement qui réalise chaque année une audience conséquente et mobilise les médias. Une actualité dans laquelle Jean-Jacques Goldman joue un rôle central.

1.1.4. Une actualité commentaire

Il arrive que l’actualité sur Goldman soit de l’ordre du commentaire, parfois suscité par les journalistes. Interrogeant tel ou tel artiste par rapport à leur propre actualité, une question intervient : une collaboration avec Goldman en perspective ? une information sur son état d’esprit actuel ? un témoignage personnel sur cette star qui ne parle plus aux médias ? Lorsqu’un people prend la parole sur Jean-Jacques Goldman pour commenter son absence ou sa présence, cela constitue une actualité en soit[33].

Les plus jeunes viennent témoigner de leur admiration pour ce monument de la chanson française : « Un ange gardien, un mentor, un parrain… Lorie n’a pas assez de mots pour évoquer son attachement à son idole de jeunesse »[34], ou encore Michaël Gregorio : « C’est quelqu’un qui a marqué de sa patte la chanson française, qui a laissé son empreinte dans la variété »[35]. Les plus anciens, nostalgiques de leur collaboration passée et fructueuse avec l’artiste, évoquent leur espoir de pouvoir travailler un jour à nouveau avec lui. Céline Dion s’exprime à l’occasion de la sortie de son nouvel album : « Je ne vais pas insister car je le respecte et je l’aime beaucoup.

Si Jean-Jacques a envie de se manifester, il va le faire tout seul »[36]. Les plus proches commentent son absence et tentent de décrire son état d’esprit vis à vis de son éventuel retour. Michael Jones rassure ses fans en expliquant qu’il est « dans une forme physique exceptionnelle. […] Il voit tout ce qui se passe, il lit le courrier de ses fans, il est très conscient qu’on l’attend »[37]. Mais il précise également qu’il n’a pas envie de revenir…pour le moment. 
Il est aussi intéressant de noter que tout commentaire « déplacé » sur Jean-Jacques Goldman est immédiatement sanctionné par ses fans.

Johnny Hallyday l’a appris à ses dépends. Selon l’ancienne idole des jeunes, lorsqu’il a sollicité Goldman pour participer à son dernier album, il lui aurait répondu : « Moi je ne sais plus écrire, je suis dépassé, c’est plus mon truc, je ne touche même plus à ma guitare ». Des fans ont réagi par une lettre ouverte dans le journal France Dimanche en jugeant « scandaleux que Johnny se permette de juger Jean-Jacques Goldman »[38]. Une réaction suscitée par des commentaires eux-mêmes suscités par des questions de journalistes en mal d’informations sur la star absente. C’est la preuve que la petite phrase ne règne pas seulement sur la politique[39].

1.1.5. Une actualité réelle

Enfin, le dernier registre de contenu médiatique rassemble les actualités dans lesquelles Jean-Jacques Goldman joue un rôle central et nouveau. Ces actualités sont plus rares, mais aussi plus intenses.

Lorsque Goldman sort de sa retraite musicale et compose pour les autres, cela est immédiatement relevé. Et la promotion de l’album ne peut pas se dérouler sans que les journalistes interrogent les artistes concernés sur cette collaboration. Récemment, nous avons pu observer cela pour Calogero et son groupe « Circus », pour son ami Michael Jones, pour Grégoire, pour Zaz, et aussi à l’occasion de la sortie du nouvel album d’Alizée. Pour ce dernier, Goldman a composé des chansons mais elles ont été retirées de l’album au dernier moment. Ces chansons absentes de l’album ont d’autant plus fait parler d’elles !

Dans d’autres circonstances, ce qui crée l’actualité, c’est lorsque Goldman rompt son vœu de silence musical et médiatique. Ça a été le cas en 2013 avec sa propre participation à la reprise de « Je te donne » de Michael Jones pour son nouvel album. Et aussi avec une autre vidéo qui a enflammé la toile : un lipdub de l’Arche sur la musique « Je te donne » dans lequel il fait une apparition parmi les bénévoles de cette association.

En réalité, ces cinq registres différents cohabitent souvent au sein des mêmes reportages et articles, mêlant actualité fraiche et parfois futile, paroles rapportées, éléments d’archives et commentaires sur le vide laissé par l’absent. Toute cette production de contenus contribue à la survivance médiatique de Jean-Jacques Goldman. Pas à pas, l’image d’un Goldman magnifié par son absence se construit, une image d’un Goldman « divinisé ».

1.2. L’absence comme catalyseur de la divinisation : la star magnifiée

Nous avons donc vu que l’absence de Jean-Jacques Goldman n’empêchait pas sa présence médiatique sous différentes formes. Mais en quoi est-elle le catalyseur de sa « divinisation » ? Nous allons d’abord essayer de définir ce processus de divinisation pour ensuite voir en quoi l’absence en est le catalyseur. Ensuite, nous poserons les limites de cette divinisation par l’absence en discernant les conditions nécessaires à sa réalisation.

1.2.1. La divinisation de Goldman

Dans son essai sur les stars, Edgar Morin définit la nature de celles-ci de la manière suivante : « les stars sont des êtres qui participent à la fois à l’humain et au divin, analogues par certains traits aux héros de mythologies ou aux dieux de l’Olympe, suscitant un culte, voire une sorte de religion » [40]. Voyons comment Jean-Jacques Goldman entretient ces deux facettes de l’humain et du divin.

De prime abord, ce qui ressort de la médiatisation de Goldman analysée dans la première partie, c’est son caractère profondément humain, sa simplicité, son côté « banalement normal »[41] selon les mots de son ami Michael Jones. Nous l’avons vu, les médias s’intéressent d’ailleurs à ses moindres gestes « banalement normaux ». Singulièrement, son statut de « star » transforme son quotidien banal en ce que nous pourrions qualifier de mythe. Parlant des stars, Edgar Morin analyse ceci :

« Leur vie privée est publique, leur vie publique est publicitaire, leur vie d’écran est surréelle, leur vie réelle est mythique. »[42]

Ainsi, la banale simplicité de Jean-Jacques Goldman devient une vertu.

« Les adorateurs exigent d’elle simultanément la simplicité et la magnificence. » [43]

Et Goldman réalise parfaitement les deux. D’une par les médias ne cessent d’évoquer sa discrétion, sa simplicité et sa modestie. D’autre part, sa magnificence est sans cesse rappelée par des paroles rapportées, témoignages vivants de la grandeur de l’artiste, ou ces émissions « hommage » que nous avons déjà évoquées. De surcroît, ces émissions et ces témoignages servent la modestie de l’artiste dont le talent est mis en avant par des tiers, sans que lui-même n’ait jamais à le faire.

D’autre part, Edgar Morin observait une étape particulière de l’évolution du star system dans les années 1930–1960. Une étape dans laquelle le public découvrait pour la première fois le quotidien des stars hollywoodiennes, et en conséquence leur nature mortelle.

« Ce ne sont plus des étoiles inaccessibles mais des médiatrices entre le ciel de l’écran et la terre […] Loin de détruire le culte, elle le favorise. Plus présente, plus intime, la star est presque à disposition de ses adorateurs »[44].

Or nous pouvons observer qu’un « embryon de religion »[45] se constitue autour de la personne de Goldman. Un culte télévisuel se déploie par ces émissions « à la gloire de », mais aussi un culte musical lorsque les artistes contemporains évoquent leur admiration pour celui qui les a précédées dans la chanson. Enfin, le culte le plus institutionnalisé est celui du concert des Enfoirés qui revient chaque année.

Dans les articles relatifs à ce spectacle, nous avons d’ailleurs pu noter l’utilisation d’un champ lexical lié à la religion. Dans Le Parisien, Pascal Obispo parle de Jean-Jacques Goldman comme d’un « gourou »[46]. Le blog Pure People relate ce moment rare où Goldman a interprété seul une chanson de son propre répertoire lors de la dernière représentation en 2013 : « Bercy prend alors des allures de cathédrale.

Un moment où le temps s’est littéralement arrêté »[47]. Ce champ lexical n’est pas anodin car nous sommes bien face à la mise en scène d’un rituel dans le sens où le définit notamment Marc Abélès[48]. Le concert des Enfoirés est donc l’itération d’un événement, un pèlerinage, des apparitions de la star, une tradition, une émotion collective…

En outre, c’est dans son « actualité réelle » que l’on distingue les derniers éléments qui participent à la construction de la nature divine de Jean-Jacques Goldman. Ce qui subsiste de sa vie privée et de sa vie publique dans les médias est uniquement tourné vers les autres. Il ne prend pas du temps pour lui, mais pour sa femme et ses enfants. Il n’écrit plus pour enrichir son propre répertoire, il écrit pour les autres, bien souvent pour soutenir des jeunes artistes. Il ne consacre plus son temps à sa propre carrière, mais à des associations comme les Restos du Cœur ou L’Arche plus récemment.

C’est comme si les seuls éléments qui restaient de la vie publique de Goldman ne lui appartenaient plus réellement, qu’il les offrait par des gestes totalement désintéressés. Edgar Morin considérait aussi que la modestie, la simplicité, ces gestes désintéressés contribuaient à la divinisation de la star. Il rapportait à propos des réponses que rédigeait Luis Mariano aux courriers de ses fans :

« Cette sincérité amicale ne fait qu’accroître le prestige de la star : son noble désintéressement, son amitié fraternelle, son exquise simplicité témoignent de sa profonde humanité, de sa grandeur d’âme. La modestie, toujours, concourt au mythe de la grandeur » [49].

Cette phrase pourrait parfaitement s’appliquer à Jean-Jacques Goldman qui semble combiner à la fois l’inaccessibilité et la proximité, la modestie et le prestige, l’humain et le divin.

1.2.2. Une divinisation accélérée par l’absence

À plusieurs reprises nous avons déjà évoqué la présence-absence de Jean-Jacques Goldman. Nous avons pu observer de quelle manière il était présent, mais nous avons pour le moment à peine effleuré la notion d’absence.

Il est intéressant de regarder quel sens premier le dictionnaire attribue au mot : « Absence : Fait pour quelqu’un, quelque chose de ne pas se trouver à l’endroit où l’on s’attend qu’il soit »[50]. L’absence se définit donc d’abord comme étant un défaut de présence, finalement comme la prise de conscience d’un manque. Car si nous n’avons pas conscience du manque, nous ne sommes pas dans une situation d’absence mais plutôt d’oubli. Ainsi, l’absence renferme un certain pouvoir qui nous relie à la personne ou à l’objet qui nous manque.

Paul Virilio explique que « le manque est créateur d’une perception extra-sensorielle »[51], il parle d’un « pouvoir de l’absence » et le décrit ainsi :

« selon Balzac, “tout pouvoir sera ténébreux ou ne sera pas, car toute puissance visible est menacée“. Cette réflexion oppose formellement l’extrême caducité du monde tel que nous le percevons à la puissance créatrice du non-vu, le pouvoir de l’absence à celui du rêve même » [52].

Partant de cela, nous voyons que l’absence est quelque chose de l’ordre du surnaturel, du rêve, du « surréel ». Mais alors, comment pouvons-nous parler d’un Goldman à la fois présent et absent ? S’il est présent, nous sommes dans l’ordre du réel et du sensoriel. S’il est absent, nous en avons une perception « surréelle » ou « extra-sensorielle ».

Cependant, nous captons sa présence avec nos sens, nous le voyons à travers des images et nous l’entendons surtout à travers ses enregistrements. Par conséquent qu’est-ce qui, malgré sa présence, génère ce sentiment d’absence ?

Une première piste de réponse pourrait prendre forme dans ce que Benjamin appelle l’aura. Pour Walter Benjamin, l’aura est liée à deux notions fondamentales : le temps et l’espace. Afin de percevoir l’aura d’une œuvre d’art, il faut être en mesure de l’observer dans son hic et nunc, ici et maintenant. Ce qui différencie l’œuvre d’art authentique de l’œuvre d’art reproduite, c’est bien sa singularité spatio-temporelle.

À l’ère de la reproductibilité technique, l’œuvre d’art n’est plus seulement accessible ici et maintenant mais partout et tout le temps. Or, ce qui caractérise l’œuvre d’art « reproduite » c’est le déclin de l’aura. Si nous risquions l’analogie avec Jean-Jacques Goldman, nous pourrions définir son hic et nunc par ce que nous appelons le live, le moment où son œuvre est authentique et prend vie ici et maintenant. Ce sont seulement dans ces conditions que son aura serait alors perceptible.

En revanche, ce qui rend Goldman le plus présent aujourd’hui est d’abord de l’ordre de la reproduction : des images, des enregistrements… Et en voulant le rendre toujours plus proche et plus présent en dehors du live, en dehors de son hic et nunc, nous nous éloignons finalement de plus en plus de son aura, de « l’unique apparition d’un lointain, si proche soit-il »[53].

Ainsi, malgré la présence de Jean-Jacques Goldman par l’intermédiaire de l’industrie de la reproduction, c’est son aura qui est plus que jamais absente. Benjamin écrit encore : « Dans le culte du souvenir dédié aux êtres chers éloignés ou disparus, la valeur cultuelle de l’image trouve son dernier refuge. Dans l’expression fugitive d’un visage d’homme, sur les anciennes photographies, l’aura nous fait signe, une dernière fois »[54]. Les images et les enregistrements laissent entrapercevoir ce « lointain, si proche soit-il ». Et Benjamin explique que c’est cette nature matériellement proche et pourtant inapprochable qui caractérise l’image cultuelle. Tous ces éléments contribuent à comprendre en quoi l’absence révèle davantage la nature divine de Goldman.

En dernier lieu, Edgar Morin explique que, d’une certaine manière, l’aboutissement du processus de divinisation d’une star s’accomplit dans son accession à l’immortalité. Et comment accéder à la vie éternelle sinon par la mort puis la résurrection ? C’est du moins ce que nous enseigne notre culture chrétienne. C’est aussi ce que nous enseigne Edgar Morin vis à vis des stars :

« [la mort] accomplit le héros dans sa nature surhumaine, elle le divinise dans ce sens qu’elle lui ouvre les portes de l’immortalité ».[55]

Et la star réussit à vaincre la mort en ressuscitant sous différentes formes : reproductions, rediffusions, reprises… La star n’est plus là mais elle vit « parmi nous », à travers ce qu’il reste de son œuvre, nos souvenirs voire notre propension au spiritisme. Edgar Morin l’évoque au sujet de la mort de James Dean :

« James Dean s’insère dans la conception spirite de la mort : James Dean est parmi nous, invisible et présent. Le spiritisme ressuscite la conception archaïque selon laquelle les morts, spectres corporels doués d’invisibilité et d’ubiquité, vivent parmi les vivants. »[56]

Le spectre constitue alors la nature pleinement divine de la star ni vivante ni morte, ni présente ni absente. C’est d’ailleurs par le terme Spectrum que Roland Barthes caractérise « celui ou cela qui est photographié »[57], ni vivant ni mort… Il nous explique qu’il choisi ce terme pour sa racine qui se rapporte à la fois au « spectacle » et au « retour du mort ».

Or la mise en absence de Jean-Jacques Goldman le fait quasiment accéder à cette nature spectrale par son statut de présent-absent. En ce sens, nous pouvons parler d’une accélération du processus de divinisation propre aux stars puisque, sans passer par la mort, Goldman réunit déjà toutes les caractéristiques d’une divinisation accomplie. Goldman, en tant que star, accède pratiquement à l’immortalité sans encore avoir eu à prouver sa nature mortelle.

Il n’est donc pas un spectre « ni vivant ni mort, ni absent ni présent », mais un spectre à la fois vivant et mort, absent et présent. Sa présence-absence n’est pas spirituelle mais réelle. Ainsi, tous les mécanismes de survivance médiatique généralement déployés autour d’une star décédée se mettent déjà en place avant sa propre mort. L’album hommage « Génération Goldman » en est l’exemple le plus parlant.

1.2.3. Une présence-absence sous condition

La mise en absence créer donc les conditions d’une présence quasi divine qui prend forme sous différentes modalités communicationnelles que nous avons pu explorer. Mais la mise en absence suffit-elle seule à déclencher tous ces mécanismes ? A priori non puisque toutes les mises en absence n’ont pas les mêmes effets, certaines sombrent dans l’oubli sans tomber dans l’absence.

En observant ce qui se produit autour de Jean-Jacques Goldman, nous pouvons dégager trois conditions à la réussite d’une mise en absence : une notoriété acquise, une communauté conquise et un héritage à entretenir. 
La notoriété est nécessaire pour ne pas sombrer dans l’oubli. Elle s’acquiert notamment par une forte médiatisation en amont et une présence soutenue dans l’espace public.

À cette condition, une mise en absence soudaine suscite inéluctablement un manque. Goldman, au moment de sa mise en absence, dispose de cette notoriété. Une notoriété qui s’est maintenue voire développée pendant dix ans puisqu’à la fin de l’année 2012, un sondage BVA pour Le Parisien Magazine le place en tête des personnalités préférées des français en citation spontanée[58].

Il est d’ailleurs frappant de voir qu’en tête de ce sondage se positionnent deux personnalités « absentes » : Jean-Jacques Goldman puis Simone Veil. Alors que les personnalités « bankable » du moment que sont Jean Dujardin et Omar Sy n’arrivent qu’en troisième et quatrième position.

Ensuite, pour cultiver cette notoriété, il est important de pouvoir s’appuyer sur un socle d’admirateurs. Un homme politique les appellera des « partisans », une star préfèrera le terme de « fans ». Des personnes à l’affût de la moindre information qui deviennent les ambassadeurs de la star en son absence.

En d’autres terme, une communauté capable d’entretenir l’a flamme. Ces fans se constituent sous différentes formes pour Goldman. L’ère d’internet permet l’apparition de sites et blogs de fans (Parler d’Sa Vie[59], Là-Bas Jean-Jacques Goldman[60], Autre part Jean-Jacques Goldman[61]), qui désormais se retrouvent également sur Facebook et sur Twitter. Au-delà de la sphère internet, ce sont aussi ces fidèles de toujours qui chaque année font le déplacement pour l’apercevoir au concert des Enfoirés et hurler son nom à chaque apparition.

Dernière élément, il est primordial d’avoir un « héritage » à transmettre pour nourrir ces communautés de fans. L’artiste lègue ses albums, les vidéos de ses concerts, des photos, des partitions… Selon Edgar Morin, « Un réseau de canaux draine désormais l’hommage collectif et renvoie aux fidèles les milles fétiches qu’ils réclament. »[62] Jean-Jacques Goldman rentre ici encore une fois de pleins pieds dans cette analyse. D’autant plus stimulés par le réseau internet, les admirateurs de Goldman sont abreuvés de ces « milles fétiches ». Les blogs de fans et autres pages Facebook tentent de les réunir : clips et enregistrements de ses chansons passées, vidéos volées de ses dernières apparitions aux Enfoirés, copie d’une réponse émouvante de M. Goldman à un courrier de fan, dernières rumeurs…

« Bien plus, le fidèle veut toujours consommer son dieu. […] Le fan veut tout savoir, c’est-à-dire posséder, manipuler et digérer mentalement l’image totale de l’idole »[63].

Cette assimilation quasi cannibale de tout ce qui concerne Goldman participe une nouvelle fois à la divinisation de la star.

La mise en absence de Jean-Jacques Goldman ne l’a donc pas fait sombrer dans l’oubli. Au contraire, en s’appuyant sur une forte notoriété, une communauté de fans fidèle et un héritage conséquent, son absence a catalysé un processus de divinisation favorisant ainsi une intense survivance médiatique sous différentes formes : actualité ex nihilo, best of, commentaire, rituelle, réelle.

La personnalité est magnifiée et adorée, il subsiste alors une présence spectrale d’un Jean-Jacques Goldman ressuscité qui se met en place avant la mort de l’artiste. Il y a un bouleversement de l’ordre « naturel » des choses dont l’album « Génération Goldman » semble être l’expression. Comment expliquer cette résurrection anticipée et de quelle manière cet album capitalise-t-il sur ce phénomène ?

Partie 2 — Le spectacle d’une résurrection anticipée à l’origine du succès de Génération Goldman

En dépit de sa sortie en novembre, l’album « Génération Goldman » s’est placé dans le top 5 de l’année 2012. Ce score témoigne d’un succès commercial incontestable, servi aussi par une couverture médiatique très importante.

À la lumière des éléments développés dans la première partie, nous allons nous attacher à comprendre les ressorts de la stratégie de communication développée pour l’album. Dans un second temps, nous essaierons de discerner les enjeux communicationnels sous-jacents de cet objet et de l’inscription de celui-ci dans une temporalité particulière.

2.1. Une communication pour combler le manque laissé par l’absent

Précédemment, nous avons identifié que la mise en absence de Jean-Jacques Goldman ne le faisait pas sombrer dans l’oubli puisqu’elle générait un manque et donc une attente. Nous avons pu observer ce manque à la fois dans les médias qui se nourrissent du moindre événement le concernant, dans la sphère artistique qui réagit à chaque fois qu’il resurgit pour composer pour l’un ou pour l’autre, et chez son publique fidèle qui est à l’affut de la moindre de ses apparitions.

Regardons de quelle manière l’album « Génération Goldman » se positionne, en terme de communication, comme un moyen de combler ces différents manques. Comment cet album se constitue comme « l’apparition multiple d’un proche, aussi lointain soit-il »[64], afin de se substituer à l’absence de « l’unique apparition d’un lointain, si proche soit-il »[65] : l’aura de l’artiste original.

2.1.1. Un album qui nourrit les médias

L’album « Génération Goldman » voit le jour dans un contexte médiatique singulier, marqué par cette tension entre l’absence d’actualité importante concernant Goldman et une production de contenu relativement importante. Un contenu qui s’appuie essentiellement sur des anecdotes ou des images du passé, ou un contenu ritualisé autour du spectacle annuel des Enfoirés. Avec cet album, Goldman resurgit au premier plan et les médias s’accrochent à cette actualité pour générer une grande quantité de contenus médiatiques autour de l’album et de Jean-Jacques Goldman lui-même.

Cet engouement médiatique qui s’intensifie à l’occasion de la sortie de cet album peut effectivement s’expliquer par le manque laissé par son absence. L’album vient ainsi combler ce manque, offrant un prétexte concret pour écrire de nombreux articles, compléter les rubriques people, réaliser des reportages, des émissions spéciales… Cet album nourrit un cercle vertueux économique que nous évoquions en introduction, contenus médiatiques et contenus publicitaires se nourrissant les uns les autres.

Au-delà de ce constat, nous observons que la teneur du contenu en lui-même vient nourrir le contexte précédemment décrit. En effet, l’absence pesante de Goldman est clairement exposée par les médias, et l’album « Génération Goldman » est quasiment présenté comme un « objet transitionnel »…dans l’attente de son retour : « À défaut de voir arriver un nouvel album de Jean-Jacques Goldman, les fans pourront patienter encore quelques temps en profitant d’un album de reprises qui lui sera consacré »[66], « Les fans qui attendent le retour d’un des plus grands artistes de la chanson française devront s’en contenter à défaut d’entendre des chansons inédites de leur idole »[67]. Outre l’emphase mise sur l’absence, c’est aussi la narration d’un Goldman ayant déjà accédé à l’Olympe des artistes qui émerge. Il s’agit pour la nouvelle génération de reprendre les « chansons de légende »[68] du « maître »[69] Goldman.

Enfin, les interviews de l’ensemble des parties prenantes de cet album constituent la dernière source de contenu pour les médias. Artistes et producteurs viennent expliquer la genèse du projet, le choix des chansons et l’importance de Goldman pour la chanson française. Les quelques réactions de Jean-Jacques Goldman en personne au détour d’une brève interview pour le concert des Enfoirés se constitueront en contenu quasiment sacré : « C’est extrêmement émouvant […] C’est bouleversant de voir que les gens sont restés fidèles à ces chansons »[70].

2.1.2. La nature divine de Goldman comme ressort communicationnel

En plus de la stratégie média, la communication déployée pour l’album est essentiellement concentrée sur le web avec un site internet, une page Facebook et un compte Twitter.

Par ces intermédiaires, un ensemble de vidéos ont été diffusées en amont de la sortie de l’album. Cette série de vidéos s’approprie le contexte de l’absence de Jean-Jacques Goldman et ce qu’elle implique sur son processus de divinisation pour le mettre en scène.

La première vidéo diffusée est un micro-trottoir en quatre questions : « Pouvez-vous nous citer un Jean-Jacques célèbre ? », « Décrivez-nous Jean-Jacques Goldman en trois mots ? », « Que vous évoque le titre de l’album Génération Goldman ? » et « Une petite chanson pour la fin ? ». Ce que les producteurs font ressortir de ce micro-trottoir, c’est un Jean-Jacques Goldman qui fait partie de l’histoire des français, largement cité parmi les « Jean-Jacques » célèbres, avant Jean-Jacques Rousseau.

Ensuite, les principaux mots qui sont mis en avant[71] dressent le portrait d’un artiste talentueux ancré dans le patrimoine de la chanson française. Cette vidéo démontre que malgré son absence, Goldman est bien présent dans l’esprit et le cœur des français, et qu’il suscite un réel intérêt…une réelle attente. Elle illustre parfaitement cette nature spectrale d’un Goldman à la fois absent et présent.

Les autres vidéos combinent des interviews des artistes qui ont contribué à l’album et les extraits des chansons qu’ils interprètent. Cet exercice est intéressant puisqu’il met en scène les idoles de la nouvelle génération en train de parler de leur propre idole musicale.

On assiste en quelque sorte à la naissance d’une « méta-idole », l’idole Goldman étant ressuscitée par les paroles des idoles contemporaines. Christophe Willem parle de Goldman comme d’une « référence » et Corneille le considère comme un « guide ».

Tous y voient le modèle d’une carrière réussie et saluent cette capacité à « à la fois être populaire, et à la fois savoir se faire rare » (Leslie) ou encore « l’émotion, la sincérité, l’authenticité » qu’il dégage (Tal). Les éléments de sa personnalité qui contribuent à sa divinisation (cf. partie 1.2.1.) sont ici directement évoqués par les artistes de l’album et mis en scène dans ces vidéos.

En creux, apparaît l’importance que Goldman occupe au sein de la variété française et le manque qu’il suscite par son absence. L’album « Génération Goldman » et ses artistes sont là pour rendre hommage à ce chanteur et pallier autant que faire se peut à sa pesante absence.

2.1.3. La mise en scène de l’assimilation du divin

Nous avons vu que l’assimilation de la star sous toutes ses formes participait à la divinisation de celle-ci (cf partie 1.2.3.). Cette notion d’assimilation est également reprise dans les modalités de communication de l’album. 
Tout d’abord, nous la retrouvons dans l’ensemble des interviews des fans et des artistes.

Chacun évoque une anecdote personnelle concernant Jean-Jacques Goldman où l’une de ses chansons. Ainsi, Goldman s’inscrit dans une tranche de vie, s’incorpore dans une histoire personnelle, parfois de l’ordre de l’intime. Ses chansons ne lui appartiennent plus totalement, elles font partie intégrante de la vie de ses admirateurs.

Irma raconte : « c’est un artiste que j’ai écouté toute mon enfance au Cameroun », et Shy’m évoque une chanson qui l’a « beaucoup touchée ». Pour Zaz, « il fait partie de [son] enfance ». Jean-Jacques Goldman est intégré à la vie de ces gens, ces chansons sont associées à des souvenirs, des émotions ou une période de leur vie…comme s’il les avait accompagné au quotidien. En quelque sorte, par ces témoignages, on nous montre que chacun a un peu de Goldman en lui.

Cette démarche ressort également sur la pochette de l’album qui est une réadaptation de la pochette du premier album de Goldman. Chaque artiste est pris en photo dans une posture similaire à celle que Goldman prenait à l’époque, dans le même costume simple, cravate noire débraillée et chemise blanche. Ces détailss sont autant de punctum[72] qui nous évoquent l’artiste original et nous incitent à sortir du cadre de la photo pour rejoindre nos propres souvenirs nostalgiques.

L’ultime mise en scène de l’assimilation du divin prend forme dans le concours organisé avant la sortie du deuxième opus de « Génération Goldman ». Ce concours incite les fans à livrer leur propre interprétation de la chanson « C’est Ta Chance ». Interprétation qui sera soumise au vote des internautes pour gagner le droit de faire partie du prochain album. Ainsi, chaque participant au concours s’approprie littéralement cette chanson de Jean-Jacques Goldman et revendique son appartenance à cette « Génération Goldman », sur laquelle nous nous attarderons un peu plus loin.

L’album s’appuie donc clairement sur le contexte développé dans la première partie. D’une part, les médias se saisissent de cette actualité pour faire revivre Jean-Jacques Goldman sous différentes formes. L’album vient combler un vide médiatique laissé par sa mise en absence.

D’autre part, la communication de l’album se saisit de la nature divine de Jean-Jacques Goldman et y contribue par la même occasion. Son rayonnement, son statut et sa présence-absence sont quelques uns des éléments mis en avant dans les vidéos.

Un des axes de communication est aussi de montrer que Goldman fait partie de chacun de nous dans une démarche quasi religieuse d’assimilation de la star poussée à son paroxysme dans le concours « C’est Ta Chance ». Il s’agit de le faire de plus en plus proche de nous, malgré son éloignement.

Maintenant que nous avons posé cela, il convient de comprendre les enjeux du spectacle d’une résurrection anticipée que le lancement de cet album semble initier.

2.2. Les enjeux du spectacle d’une résurrection anticipée

Après avoir analysé le contexte dans lequel s’insère l’album et la manière dont il s’en sert pour optimiser son lancement, intéressons-nous de plus près à ces concepts de « génération » et de « résurrection anticipée », et essayons de comprendre ce qu’ils nous disent de notre société contemporaine.

2.2.1. Un album hommage, « spectacle d’une résurrection »

« Génération Goldman » se définit d’abord comme un album hommage. Un tel album s’élabore traditionnellement autour d’un artiste disparu. Il s’agit alors de donner une seconde vie à ses chansons, de leur offrir une seconde chance. Olivier Aïm, dans l’article du Plus du Nouvel Obs évoqué précédemment, explique que

« La “seconde chance“ est un motif là encore au croisement du religieux et du spectaculaire » [73].

Nous retrouvons donc, dans le concept même du tribute album, le caractère religieux que nous évoquions déjà à travers les notions de spectre, de divinisation ou de rituel. L’album « Génération Goldman » s’inscrit totalement dans cette démarche et va même au-delà puisqu’il offre en réalité deux secondes chances.

Une première seconde chance est donnée aux chansons qui, placées à nouveau au cœur de l’actualité musicale, ont l’opportunité de conquérir un nouveau public ou de reconquérir sous un angle nouveau leur public d’origine.

Une seconde seconde chance est accordée aux chanteurs de l’album. En effet, certains chanteurs de second plan se voient offrir l’opportunité d’accéder au premier plan grâce à une exposition médiatique inédite pour eux.

C’est notamment le cas emblématique d’Amandine Bourgeois, grande gagnante de la sixième saison de la Nouvelle Star et candidate malheureuse à l’Eurovision 2013, qui n’a pas réussit à faire décoller sa carrière. Après deux albums au succès mitigé et une tournée arrêtée en cours de route, elle peut voir dans « Génération Goldman » une seconde chance pour toucher son public.

De la même manière, la participation à cet album hommage a précédé pour beaucoup la sortie d’un nouvel album personnel en 2013. C’est notamment le cas pour Leslie (Les Enfants de l’Orage), Emmanuel Moire (Le Chemin), Amandine Bourgeois (L’Enfer et Moi), Florent Mothe (Rock in Chair), Judith (Badaboum) ou encore Zaz (Recto Verso).

Un album hommage, c’est aussi un album de reprises. Reprendre une chanson c’est se détacher de l’originale pour la faire revivre d’une autre manière. Une reprise, c’est une renaissance. Seule ce qui est l’essence de la chanson, sa ligne mélodique, ne change pas. Tout le reste est rénové : de nouveaux arrangements, un nouvel accompagnement, une nouvelle interprétation. Nous sommes bien face à une forme de résurrection au sens propre, tel que le définit la Bible. Sur le chemin d’Emmaüs, les apôtres ne reconnaissent pas le Christ ressuscité qui est resté le même mais qui est pourtant différent (Luc 24, 13–35). De même, la chanson est ressuscitée, elle semble différente tout en restant la même. Ainsi, Olivier Aïm observe que

« la reprise est alors à la chanson ce que la “seconde chance“ est à son interprète et ce que le “reboot“ est à l’émission : le spectacle d’une résurrection. Le dispositif télévisuel est alors au comble de la réussite symbolique : il se regarde comme une machine à vaincre la mort »[74].

C’est aussi la réussite symbolique qu’opère le tribute album.

Cette analyse pourrait s’appliquer de façon similaire à tout autre album hommage. Mais « Génération Goldman » est singulier pour deux raisons que nous allons approfondir. D’abord, il ne s’agit pas seulement ici de la résurrection d’un homme ou de quelques chansons, mais de la résurrection d’une « génération » toute entière qui est mise en scène. Ensuite, cette résurrection intervient de manière anticipée, avant la mort du principal intéressé.

2.2.2. La résurrection d’une génération

Le terme génération désigne l’ensemble des personnes qui vivent à une même époque. En général, on emploie ce terme afin de qualifier un segment particulier d’une jeunesse dans l’instant présent. Nommer une génération est alors un acte purement réflexif. Andrea Semprini rapporte dans son essai La Société de Flux qu’Anthony Giddens définit la réflexivité comme « la capacité de l’individu à être de manière permanente en mesure de penser sa propre situation et rechercher les solutions qui lui conviennent le mieux »[75].

On a parlé pour la première fois d’une « Génération Mitterrand » lors de la campagne présidentielle de 1988. Elle désignait cette jeunesse qui a grandi sous la présidence de François Mitterrand, fière du socialisme et de la gauche au pouvoir. Élire Mitterrand à nouveau c’était donner de l’espoir à cette génération dans un monde où les grandes idéologies avaient encore leur place. Il y a eu aussi la « Génération Jean-Paul II » qui a qualifié ces jeunes portés par le mouvement des premières Journées Mondiales de la Jeunesse. Une jeunesse qui petit à petit se détachait du politique pour refonder ses valeurs dans le spirituel. Plus récemment encore, nous parlons de « Génération Y » pour qualifier ces jeunes nés avec internet et les réseaux sociaux.

À chaque fois, qualifier une génération permet de qualifier un moment présent, de dresser une typologie d’une certaine jeunesse autour d’une personnalité mais surtout autour d’un certain nombre de valeurs communes.

Or le terme « Génération Goldman » semble venir qualifier une génération a posteriori : cette jeunesse des années 80–90 qui a été bercée par les tubes de l’artiste. Une génération qui rejoint d’ailleurs peu ou prou celle qui s’est faite appeler « Génération Mitterrand » ou « Génération Jean-Paul II ». Par son anachronisme, ce terme qui émerge seulement aujourd’hui montre finalement une génération qui s’étend dans le temps, puisqu’on en parle encore.

D’une certaine façon, on observe une distorsion du temps qui fait subsister cette « Génération Goldman » au-delà des barrières temporelles classiques de la génération. Cette « Génération Goldman » ressuscitée brille encore aujourd’hui par son actualité.

En réalité, ce terme a pour ambition d’englober à la fois deux générations : la génération Goldman des années 80–90 et la post-génération Goldman des années 2010 que l’album souhaite faire émerger. Michaël Goldman, le fils qui ressuscite le père, explique ainsi la stratégie de l’album : « Il y a des tubes réactualisés, mais aussi des chansons moins connues. L’objectif est de faire découvrir la musique de mon père aux jeunes générations mais surtout de faire plaisir aux fans »[76].

Aussi, la notion de patrimoine est importante. Dans de nombreux articles, on décrit Goldman comme faisant partie du patrimoine de la chanson française. Un patrimoine, c’est quelque chose qu’il faut entretenir et faire fructifier, c’est aussi quelque chose qu’il faut transmettre. La première génération Goldman, dont les artistes de l’album font partie, est alors la garante de ce patrimoine qu’il s’agit de faire découvrir à une nouvelle génération.

Le challenge n’était pas gagné d’avance puisque l’album n’aurait pu séduire ni la première génération ni la seconde. La première voyant une forme de travestissement de l’original et la seconde n’étant pas réceptive à ces mélodies d’un autre temps.

À l’inverse, l’album a bel et bien réussi à remplir son objectif et à réunir ces deux générations autour de cet album parfois qualifié de « transgénérationnel ». Ce qui a réuni ces deux générations, ce sont surement ces chansons populaires au sens noble du terme.

C’est peut être aussi les valeurs que portent Jean-Jacques Goldman et ses chansons, des valeurs particulièrement valorisées actuellement : la simplicité, la « normalité », l’humilité, l’honnêteté, la sincérité, la solidarité,… Des valeurs qui elles aussi semblent ressusciter en même temps que la Génération Goldman.

2.2.3. Une résurrection anticipée symptomatique d’une société de l’urgence

La dernière singularité de cet album est le déclanchement d’une résurrection anticipée de la star. Edgar Morin parle de quatre étapes dans la vie d’une star : la naissance, l’apogée, la mort puis la résurrection. Aujourd’hui, Goldman n’est pas encore mort, mais il est déjà ressuscité. Comment expliquer ce phénomène ?

Gilles Finchelstein dans La Dictature de l’Urgence (Fayard, 2011) explique que nous vivons dans une société sous le joug de la dictature de l’urgence. Il s’appuie notamment sur les travaux d’Hartmut Rosa[77] qui corrèle accélération technique et accélération sociale en développant le thème de « la compression du présent [que la technique] rend possible » et de laquelle résulte un sentiment d’accélération.

Pour Finchelstein, de l’accélération découle l’urgence qui « est la conjonction de deux phénomènes : le culte de la vitesse et le culte de l’instant » [78]. Ces deux phénomènes ont des conséquences concrètes sur notre société. Notre vie personnelle en est empreinte sous différente forme : fast-foods, fast-fashion, information en continu, temps de déplacements raccourcis. Mais aussi la vie professionnelle et la vie publique qui vit dans l’instantanéité.

Pour expliquer ces phénomènes, il adopte une quadruple lecture. Une lecture d’abord technique avec l’émergence d’internet, une lecture politique avec la victoire du capitalisme, une lecture morale avec la volonté de s’enrichir « à tout prix et à toute vitesse » et enfin une lecture globale avec la mondialisation qui fait que le temps ne s’arrête jamais.

Cette dictature de l’urgence pourrait être un élément d’explication à l’émergence d’un album hommage de manière anticipée. Dans une société de l’urgence, l’absence de retour de Jean-Jacques Goldman n’aurait pas pu prendre le temps de s’éterniser. La pression de son absence aurait alors favorisée l’apparition de cet album, cédant ainsi à la pression de l’urgence. Goldman ne se pliant pas lui-même au culte de la vitesse et de l’instant, le marché n’avait plus le temps d’attendre pour lui rendre hommage et profiter de ce grand succès commercial[79].

Certains fans perdant patience eux-aussi, habitués au renouvellement effréné de toute gamme de produits, ont sauté sur l’occasion de profiter de Goldman sous un angle nouveau avec cet album.

Ainsi, nous voyons que « Génération Goldman » se situe à la croisée de différentes logiques temporelles.

Tout d’abord, il arrive comme réponse à une absence. Il vient alors nourrir les médias de son actualité et nourrir les fans de sa nouveauté. Ensuite, il présente à deux générations successives un Goldman ressuscité de manière anticipée. Nous sommes donc face à un objet communiquant singulier par sa nature transgénérationnelle et symptomatique de nouveaux rapports au temps et à l’absence qui se développent dans notre société.

Il participe à la fois de la simultanéité (une résurrection du vivant) et de l’intemporalité (une génération qui s’étend, un artiste hors du temps) qui sont les « deux formes différentes et complémentaires »[80] qui caractérisent les sociétés de flux selon Manuel Castells. Pour cet auteur « l’instantanéité et l’élimination de la sériation opérées par la société informationnelle créent un temps indéterminé qui renvoie à l’éternité»[81].

Cet album émergerait donc sous le joug de la dictature de l’urgence, mais aussi dans le contexte d’une société caractérisée par le flux continu et donc hors du temps, bousculant jusqu’à l’ordre naturel de la vie d’une star.

Conclusion générale

L’album « Génération Goldman » est à l’origine de notre réflexion. Son succès considérable et sa nature anachronique nous ont d’abord interpellés. Nous avons alors voulu explorer les différents enjeux communicationnels qui y sont liés et voir dans quelle mesure ils ont pu favoriser ce succès commercial.

C’est d’abord le contexte dans lequel a émergé l’album qui a focalisé notre attention. Nous avons observé les différents aspects de la survivance médiatique de Jean-Jacques Goldman, ce qui nous a permis de tirer des enseignements généraux sur les conditions d’une mise en absence réussie, c’est-à-dire un retrait de la vie publique qui se traduit par l’absence et non par l’oubli. Étant entendu que ce qui distingue l’absent de l’oublié, c’est la trace qu’il laisse derrière lui et consécutivement, le sentiment qu’il nous manque.

Pour un personnage public, il faut donc en premier lieu bénéficier d’une notoriété et d’une couverture médiatique suffisante en amont.

Ensuite, il est nécessaire de disposer d’un héritage intellectuel, symbolique ou artistique à transmettre, d’avoir un patrimoine à léguer.

En dernier lieu, ce patrimoine devra être entretenu par un socle de fidèles capable de faire fructifier cet héritage pendant l’absence de la star.

Ces conditions réunies, l’absence devient alors le catalyseur de la divinisation, si bien que les différents mécanismes de survivance médiatique qui se mettent en place contribuent à construire une star magnifiée, une star divinisée. À la fois présente et absente, la star vit comme un spectre. Son aura, ce « lointain, si proche soit-il », plane alors sur les vivants pour ne pas se faire oublier. Jean-Jacques Goldman réalise pleinement cette description, ce qui valide notre première hypothèse.

L’absence est bien un catalyseur d’une divinisation et d’une médiatisation selon des modalités particulières que nous avons définies. Néanmoins, il a fallu préciser notre formulation initiale puisque ces dernières conséquences de la mise en absence ne sont effectives que sous des conditions bien précises.

Ensuite, nous avons pu vérifier notre seconde hypothèse en analysant les enjeux communicationnels sous-jacents de l’album. Les axes de communication qui sont déployés ont tous trait à la divinisation de Jean-Jacques Goldman, jusqu’à encourager le culte et l’assimilation du divin sous différentes formes.

Le concept même de l’album est riche en enseignements. Il met en scène des idoles contemporaines rendant hommage à leur propre idole. Dans cet album et dans sa communication, Jean-Jacques Goldman est donc institué comme une méta-idole, l’idole des idoles, le dieu des dieux.

D’autre part, il met en scène le spectacle d’une, voire de plusieurs résurrections. L’album de reprise signe la résurrection de l’artiste honoré, mais c’est aussi la résurrection des artistes plus modestes qui se voient offrir une seconde chance.

Enfin, il s’agit de la résurrection d’une « Génération Goldman », nommée ainsi a posteriori. Cette série d’anachronismes nous a amené à réfléchir plus largement sur ce que cela signifiait sur notre rapport au temps. Cette résurrection anticipée n’est-elle pas le symptôme d’une société de l’urgence où tout s’accélère, même le cycle de la vie ?

En définitive, à partir de l’analyse de cette situation singulière pour un artiste, nous avons réussis à tracer une grille de lecture sur les enjeux communicationnels de la mise en absence.

En outre, si nous basculons de la sphère musicale à la sphère politique, comment ne pas penser à une autre figure contemporaine de la présence-absence : Nicolas Sarkozy ? Ne développe-t-il pas une réelle stratégie de l’absence en espérant pouvoir mettre en scène sa propre résurrection politique ? Les mêmes mécanismes sont en effet déployés : une survivance médiatique selon les mêmes modalités, un patrimoine politique que ses fidèles cherchent à cultiver et à s’approprier, la présence-absence du « politique des politiques », son spectre planant au-dessus des partis… Quels enseignements pourrions-nous en tirer sur le plan de la communication politique ?

La « traversée du désert », souvent évoquée dans le parcours des politiciens, ne repose-t-elle pas sur les mêmes ressorts communicationnels que la mise en absence que nous avons évoquée pour Jean-Jacques Goldman ? N’est-elle pas elle-même revendiquée par ceux qui ont voulu « prendre de la hauteur » et réapparaître renouvelés avant d’atteindre les plus hautes fonctions de l’état ?

Cette mise en absence serait alors le dernier recours pour sortir de l’urgence médiatique et s’inscrire dans le temps long, rester médiatiquement présent tout en se plaçant dans une temporalité qui n’est plus celle de l’actualité mais qui sied mieux à l’incarnation du pouvoir. Du spectacle de la résurrection artistique au spectacle de la résurrection politique, en passant par la première des résurrections qui est religieuse, ne sommes-nous pas ici face à un schéma matriciel applicable à différentes situations ? Ne retrouvons-nous pas aussi dans cette figure de l’absent une figure christique ?

Par ailleurs, nous pourrions également nous poser la question des conséquences et des risques de ce phénomène ? Jusqu’où pourrait aller le culte de l’absent ? Comment comprendre une société qui ne cesserait de vivre le présent à travers le passé et n’arriverait plus à vivre le futur dans le présent, c’est-à-dire à se projeter dans l’avenir ? L’omniprésence de l’absent ne serait-elle pas un frein aux idées neuves ?

En effet, à travers sa divinisation, l’absent magnifié acquiert aussi une certaine autorité renouvelée. Il se pose alors en référent suprême et le jugement qu’il peut avoir sur les choses et sur les gens reçoit un écho particulier. Son absence le place au-dessus de tout et de tous. Inatteignable, son aura pèse d’autant plus sur ses pairs.

L’attente étant concomitante à l’absence, l’absent ne nous installerait-il pas aussi dans une forme d’immobilisme pendant que nous attendons inexorablement son retour ? Cette hypothèse serait d’autant plus renforcée lorsque le retour attendu n’est pas seulement spirituel, mais réalisable dans notre monde. Comment éviter alors que, de l’attente, nous ne basculions dans l’attentisme ? Le retour de l’absent serait-il alors la seule issue possible pour nous en libérer ?


[1] Matthieu Hervé, « Il y a 10 ans à Bordeaux : le jour où Jean-Jacques Goldman a quitté la scène », Sud Ouest, 3 décembre 2012.

[2] Télé-Loisirs n°1403, 19–25 janvier 2013.

[3] Le Parisien, 29 janvier 2013.

[4] Le Nouvel Observateur, 21 décembre 2012.

[5] « “Génération Goldman“ : plus de 600.000 ventes en seulement trois mois ! », Charts in France, 19 février 2013 — http://www.chartsinfrance.net/

[6] Interview réalisée par Anthony Martin pour RTL à l’occasion du concert des Enfoirés, le 23 janvier 2013

[7] Émission du 14 février 2013.

[8] « De jeunes artistes sur un album de reprises de Jean-Jacques Goldamn : Amel Bent, Matt Pokora, Jenifer, Tal, Zaz… ! », justmusic.fr, le 31 août 2012.

[9] Des pages Facebook comme « Autrepart — Jean-Jaques Goldman », « Parler de sa vie, la page du site consacré à Jean-Jacques Goldman » et les sites internet associés à ces pages.

[10] Page Facebook officielle « Génération Goldman » : https://www.facebook.com/generationgoldman

[11] J.-M. L.S., « Amandine Bourgeois rebondit grâce à Goldman », La dépêche, 21 décembre 2012.

[12] « Les 10 meilleures ventes d’albums en France en 2012 », L’Express — http://www.lexpress.fr/diaporama/diapo-photo/culture/musique/les-10-meilleures-ventes-d-albums-en-france-en-2012_1206094.html?p=5#content_diapo

[13] Edgar MORIN. Les stars. Paris : Seuil, 1972, p.163

[14] Ibid., p.155

[15] Ibid., p. 145

[16] Sabine Delanglade, « Jean-Jacques Goldman », Les Échos, 15 mars 2013.

[17] « La télévision est fascinée par le retour, la répétition et la “revenance“ », Olivier AÏM dans l’article « “The Voice“, “Nouvelle Star“, “Star Academy“ : la logique de l’éternel retour », Le Plus du Nouvel Obs, 4 février 2013.

[18] https://www.facebook.com/generationgoldman

[19] http://www.generationgoldman.com/

[20] Maryse DUILHÉ, Le Podcast Journal, 21 janvier 2013.

[21] Emmanuel MAROLLE, Le Parisien, 19 janvier 2013.

[22] Emmanuel MAROLLE et Éric BUREAU, Le Parisien, 19 janvier 2013.

[23] 100% Mag, M6, 11 octobre 2012.

[24] « Comme la presse l’a relaté ces derniers jours, l’artiste-star cultive l’art d’être “Monsieur tout le monde“ du côté de Marseille » — Maryse DUILHÉ, Le Podcast Journal, 21 janvier 2013.

[25] M-A. K., « Michael Jones, l’ami de Jean-Jacques Goldman, hospitalisé », Voici, 17 décembre 2012.

[26] Olivier AÏM, « “The Voice”, “Nouvelle Star”, “Star Academy” : la logique de l’éternel retour », Le Plus du Nouvel Obs, 4 février 2013.

[27] « Jean-Jacques Goldman (encore) à l’honneur à la télévision », Première, 27 février 2013.

[28] http://programme-tv.nouvelobs.com/emission-musicale/quand-la-musique-est-bonne-speciale-jean-jacques-goldman-216810/

[29] Source Médiamat — Médiamétrie. Audiences consolidées : audiences live + différé à J+7.

[30] « Jean-Jacques Goldman : “Quelqu’un de banalement normal“, pour Michael Jones », voilà.fr, 25 janvier 2013.

[31] É. B., « Jamais sans Goldman », Le Parisien, 15 mars 2013.

[32] Une des vidéos captée par un Smartphone et postée par Adelinedebreten1 sur Youtube affichait 397 465 vues le 12 mai 2013. D’autres séquences affichent quelques dizaines de milliers de vues chacune.

[33] Voir notamment les interviews de Céline Dion et Johnny Hallyday lors de la promotion de leurs nouveaux albums respectifs fin 2012 et en annexe dans la partie « Goldman, par les autres », l’article d’Ozap qui reprend certains éléments concernant Jean-Jacques Goldman issus de leurs interviews.

[34] « DALS : Lorie rend hommage à sa mère et J-J Goldman », aufeminin.com, 18 novembre 2012.

[35] Michaël GREGORIO, « Jean-Jacques Goldman a marqué de sa patte la chanson française », Newsring, 1er mars 2013.

[36] Propos tenus sur Europe 1 et rapportés le 3 décembre 2012 sur ozap.com

[37] « Jean-Jacques Goldman : “Quelqu’un de banalement normal“, pour Michael Jones », voilà.fr, 25 janvier 2013.

[38] « Johnny Hallyday attaqué par les fans de Jean-Jacques Goldman », Pipole.net, le 30 décembre 2012.

[39] Voir à ce sujet Les “petites phrases“ en politique, « Communication et Langages » n°168, NecPlus, juin 2011.

[40] Edgar MORIN. Les stars. Paris : Seuil, 1972, p.8

[41] « Jean-Jacques Goldman : “Quelqu’un de banalement normal“, pour Michael Jones », voilà.fr, 25 janvier 2013.

[42] Edgar MORIN. Les stars. Paris : Seuil, 1972, p.13

[43] Ibid., p.55

[44] Edgar MORIN. Les stars. Paris : Seuil, 1972, p.33

[45] Ibid., p.65

[46] É.B., « Jamais sans Goldman », Le Parisien, 15 mars 2013.

[47] « Les Enfoirés 2013 : L’hommage bouleversant du public à Jean-Jacques Goldman », Pure People, le 29 janvier 2013.

[48] Marc Abélès définit deux acceptions de la notion de rite : « La première acception, consiste à considérer comme des rites des actes essentiellement répétitifs qui ponctuent certains moments de l’activité privée ou publique. » La seconde acception « prend en compte la portée symbolique de ces enchaînements d’actes et de paroles dans un contexte plus général. » in Marc ABÉLÈS, « Rituels et Communication Politique Moderne », Hermès, Paris : CNRS, 1989.

[49] Edgar MORIN. Les stars. Paris : Seuil, 1972, p.81

[50] Dictionnaire Larousse

[51] Paul VIRILIO. Esthétique de la disparition. Paris : Galilée, 1989, p.50

[52] Paul VIRILIO. Esthétique de la disparition. Paris : Galilée, 1989, p.29

[53] Walter BENJAMIN. L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique.

[54] Ibid.

[55] Edgar MORIN. Les stars. Paris : Seuil, 1972, p.143

[56] Ibid. p.144

[57] Roland BARTHES. La Chambre Claire. Paris : Étoile, Gallimard, Seuil, 1980, p.22

[58] Étude BVA pour Le Parisien Magazine, étude réalisée les 29–30 novembre et 6–9 décembre 2012, auprès d’un 1er échantillon de 1146 individus et d’un 2nd de 1503 individus, recrutés par téléphone et interrogés par Internet. Échantillons représentatifs de la population française âgée de 15 ans et plus. Méthode des quotas.

[59] http://www.parler-de-sa-vie.net

[60] http://www.jjgoldman.net/

[61] http://www.autrepart.info/

[62] Edgar MORIN. Les stars. Paris : Seuil, 1972, p.33–34

[63] Ibid., p.82

[64] Philippe IVERNEL, « BENJAMIN WALTER — (1892–1940) », Encyclopædia Universalis [en ligne], URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/walter-benjamin/

[65] Walter BENJAMIN. L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique.

[66] Arnaud DE VAUBICOURT, « Goldman vu par la nouvelle génération. », Musi-Story.com., 18 septembre 2012.

[67] « Des jeunes artistes sur un album de reprises de Jean-Jacques Goldman : Amel Bent, Matt Pokora, Jenifer, Tal, Zaz… ! », JustMusic.fr, 31 août 2012.

[68] Arnaud DE VAUBICOURT, « Goldman vu par la nouvelle génération. », Musi-Story.com., 18 septembre 2012.

[69] « Top 50 : la Génération Goldman inonde le classement », Première, 27 novembre 2012.

[70] Jean-Jacques Goldman au micro d’Anthony Martin pour RTL, 21 janvier 2013.

[71] « Artiste, populaire, formidable, classique, patrimoine de la musique française, nostalgique, rythme, auteur, c’est un gars stylé, talentueux, marquant, une véritable association de la musique et du texte »

[72] Rolland BARTHES parlant de la photo érotique définit le punctum ainsi : « Le punctum est alors une sorte de hors-champ subtil, comme si l’image lançait le désir au-delà de ce qu’elle donne à voir : pas seulement vers « le reste » de la nudité, pas seulement vers l’excellence absolue d’un être, mais vers l’excellence absolue d’un être, âme et corps mêlés. » in La Chambre Claire. Paris : Étoile, Gallimard, Seuil, 1980, p.93

[73] Olivier AÏM, « “The Voice”, “Nouvelle Star”, “Star Academy” : la logique de l’éternel retour », Le Plus du Nouvel Obs, 4 février 2013.

[74] Ibid.

[75] Andrea SEMPRINI, La société de flux, forme du sens et identité dans les sociétés contemporaines. Paris : L’Harmattan, 2003.

[76] Éric BRUNO, « Alors que Jean-Jacques Goldman n’a pas sorti de disque depuis 2001, un album de reprises par de jeunes artistes se prépare. », Le Parisien, 16 mars 2013.

[77] Hartmut ROSA, Accélération. Une critique sociale du temps, Paris : La Découverte, 2010.

[78] Gilles FINCHELSTEIN, La dictature de l’urgence, Paris : Fayard, 2011.

[79] Autre signe de cette pression de l’urgence, le tweet de Pascal Nègre (PDG d’Universal) à la mort de Georges Moustaki : « Avec Georges Moustaki c’est une des dernières légendes , artiste et poète , qui disparaît ! Ses plus grands succès sont chez Universal ! RIP » (23 mai 2013, 10h38). Sans considérer le temps du deuil, il saute sur cette occasion pour ressusciter les tubes distribués par sa maison de disque.

[80] Andrea SEMPRINI parlant de Manuel Castells dans La société de flux, forme du sens et identité dans les sociétés contemporaines. Paris : L’Harmattan, 2003.

[81] Ibid.


Remerciements

J’adresse mes sincères remerciements au CELSA qui me permet depuis deux ans de travailler sur des sujets qui me passionnent. Je remercie particulièrement ma tutrice et responsable pédagogique, Emmanuelle Lallement, qui m’a soutenu tout au long de ce travail en me rassurant notamment sur l’intérêt de ce sujet. Ses conseils avisés lors de nos différents échanges ont largement contribué à l’aboutissement de ce TER. 
 Je tiens également à exprimer toute ma reconnaissance à l’ensemble de l’équipe pédagogique du CELSA et plus spécialement à Elsa Tadier pour ses conseils méthodologiques, à Asmaa Azizi pour son appui dès les prémices de ce travail et ses précieux conseils bibliographiques, ainsi qu’à Olivier Aïm qui a pu m’ouvrir quelques pistes de réflexions dans les premières étapes de ma recherche.

En dehors du CELSA, je remercie sincèrement mes parents qui me soutiennent dans mes études depuis toujours, ma sœur qui la première m’a fait découvrir Jean-Jacques Goldman et qui a bien voulu être aussi la première à relire mon travail, et plus largement l’ensemble de ma famille et de mes amis avec lesquels j’ai pu échanger sur ce sujet. Merci également à Matthieu Chaigne, mon maître de stage chez Taddeo, avec lequel j’ai pu discuter de ce travail et qui m’a livré quelques indications qui ont guidé une partie de mon analyse.

Enfin, merci à M. Jean-Jacques Goldman, indirectement à l’origine de cette réflexion, qui m’a parfois accompagné en musique lors de la rédaction de ce travail de recherche.


Bibliographie

Livres

Roland BARTHES. La Chambre Claire. Paris : Étoile, Gallimard, Seuil, 1980.

Roland BARTHES. Mythologies. Paris : Seuil, 1957.

Walter BENJAMIN. L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique.

Gilles FINCHELSTEIN, La dictature de l’urgence, Paris : Fayard, 2011.

Edgar MORIN. Les stars. Paris : Seuil, 1972.

Andrea SEMPRINI, La société de flux, forme du sens et identité dans les sociétés contemporaines, Paris : L’Harmattan, 2003.

Paul VIRILIO. Esthétique de la disparition. Paris : Galilée, 1989.

Paul VIRILIO, Vitesse et politique, Paris : Galilée, 1977.

La Bible

Articles

Marc ABÉLÈS, « Rituels et Communication Politique Moderne », Hermès, Paris : CNRS, 1989.

Olivier AÏM, « “The Voice”, “Nouvelle Star”, “Star Academy” : la logique de l’éternel retour », Le Plus du Nouvel Obs, 4 février 2013.

Philippe IVERNEL, « BENJAMIN WALTER — (1892–1940) », Encyclopædia Universalis [en ligne], URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/walter-benjamin/

Études

Étude BVA pour Le Parisien Magazine, étude réalisée les 29–30 novembre et 6–9 décembre 2012, auprès d’un 1er échantillon de 1146 individus et d’un 2nd de 1503 individus, recrutés par téléphone et interrogés par Internet. Échantillons représentatifs de la population française âgée de 15 ans et plus. Méthode des quotas.