Jésus revient sur Terre, comment annoncer son retour ?

Tel est le brief donné aux meilleures agences de publicité au monde pour un immense concours de créativité : Jésus revient sur terre, comment annoncer son retour ?

Les agences du monde entier ont planché. Les créatifs ont été mis à rude épreuve. L’enjeu ? Décrocher le gros lot. Gagner la compétition d’un brief qui n’arrive pas deux fois dans la vie d’une agence.

L’agence gagnante a proposé un film, un grand film dont je vais vous livrer aujourd’hui le scénario.

Image en format cinémascope, deux bandes noires sur les parties supérieures et inférieures de l’écran. L’image au centre est large et très blanche.

Nous sommes dans une zone désertique. La lumière est intense, sa blancheur provient de la très forte chaleur de ce désert. On imagine l’horizon que l’on entraperçoit à travers les volutes de chaleur qui empêchent de le voir avec précision. Au loin, on a l’impression que quelque chose ou quelqu’un se rapproche de nous. On a du mal à distinguer, au loin c’est flou. Est-ce un mirage ? On voit mal, mais oui. Oui, c’est bien ça. Une forme se dirige vers nous. Un animal ? Un homme ? Oui c’est un homme au loin. Il se rapproche lentement. Sa silhouette se précise un peu plus. A cause des vapeurs de chaleur qui nous séparent de lui, il nous est difficile de discerner cet homme avec précision. Il continue cependant de se rapprocher de nous. Ça y est. On le distingue mieux. Il porte un chapeau de cowboy, il est grand, ses vêtements sont usés et ont pris la couleur de la dernière tempête de sable. On ne distingue pas encore son visage. On sent à sa démarche que la route a été longue et qu’il a passé de nombreuses heures dans le désert. Il avance encore. Le pas est lent, mais soutenu. L’homme est maintenant à quelques mètres de nous. On distingue son visage sous le chapeau qui le protège du soleil. Son visage est buriné.Les cheveux sont noirs et longs. Il porte une barbe noire.

Gros plan sur ses yeux. Le regard est intense, déterminé.

L’homme est passé devant nous, il poursuit sa route. La caméra le suit.

L’homme arrive maintenant devant une ville. Une ville de western. Les rues sont vides. Les commerces fermés. C’est une ville fantôme. De son même pas lent, mais toujours soutenu, l’homme se rapproche maintenant du saloon de la rue principale. La ville est toujours déserte. Il monte maintenant les quelques marches qui le séparent de la porte du saloon et la pousse. D’un geste sûr.

Changement brutal d’ambiance. Au calme apparent de cette ville fantôme, nous sommes maintenant dans un lieu animé et bruyant. Le saloon fait salle comble. Ça ripaille, ricane et ici on s’encanaille. Dans le coin à droite, un pianiste joue un air endiablé. Les girls en jarretière sur l’estrade à côté du pianiste entament un French cancan sous les regards lubriques des spectateurs éméchés et braillards. Les bouteilles de whisky s’entassent sur les tables. Ça crie, ça gueule, ça boit.

Sitôt la porte du saloon poussée, notre homme fait quelques pas vers le bar. Au seul bruit de ses éperons, l’ambiance dans le saloon s’est arrêtée. Tous les regards se tournent maintenant vers l’étranger. Le silence est pesant.

L’homme continue son chemin vers le bar, il se rapproche. Tous sont suspendus à sa démarche. Une mouche vole et s’arrête sur le culot d’une bouteille de whisky. Les hommes qui étaient accoudés au bar s’écartent lentement pour laisser passer l’étranger. L’ambiance est lourde. Certains mettent déjà la paume sur la cross de leur colt. Notre homme chuchote quelque chose à l’oreille du barman. Celui-ci lui demande de répéter avant de clamer à toute l’assistance : «De l’eau, il me demande de l’eau.» Éclats de rire général dans le saloon. Puis de nouveau le silence. L’instant est grave.

L’étranger se saisit du verre d’eau, le porte à sa bouche, en boit une courte gorgée et repose le verre à moitié plein. Il se retourne et quitte le saloon. Stupeurs sur les visages de tous dans le saloon. Il s’est passé quelque chose. Quelque chose d’énorme. Ils sont tous bouche bée et regardent le bar. On rembobine le film. Il s’est passé quelque chose que le spectateur n’a pas vu. Retour arrière. L’image reprend au moment où l’étranger s’est saisi du verre d’eau, le porte à sa bouche et le repose à moitié plein. Au ralenti, on voit mieux. Ce n’est plus de l’eau, c’est du vin.

Voix off masculine (très grave) : «He’s Back !»

Cette histoire m’a été racontée il y a plus de 25 ans par un ami publicitaire. Je n’en ai trouvé nulle trace sur Google. Mais Google ne sait pas toujours tout. À votre santé.