J’aime apprendre. C’est pourquoi je n’aime pas l’école

Confession acide d’un cancre


J’étais un “enfant précoce” mais, paradoxalement, j’ai toujours été un gros cancre et un élève exécrable. J’étais agité, indocile, impertinent, en un mot: différent. De ce que l’école attend tout du moins… J’avais de très mauvaises notes mais jusqu’au lycée je n’ai jamais redoublé. Et pour cause, mes mauvaises notes étaient le reflet de ma mauvaise volonté: je ne voulais pas me plier aux exigences des enseignants. Je demandais sans arrêt à mes profs “pourquoi on fait ça ?” et eux me répondaient chaque fois “c’est comme ça, fait avec !”. Pourtant, les rares fois où ils se mettaient à mon niveau, j’apprenais et restituais sans le moindre problème. Je n’ai jamais eu de difficulté pour comprendre quoi que ce soit. Ils avaient vraiment du mal avec un alien comme moi…

En repensant à cette galère de près de 20 ans qu’a été ma scolarité, je suis pris d’un sentiment d’amertume, voire de regrets… Je me dis qu’avec un peu plus d’efforts, j’aurais pu prendre sur moi, courber l’échine, accepter, de bosser un peu plus, avoir de bonnes notes et décrocher un diplôme. J’aurais peut-être dû me contenter de la chance que j’avais de pouvoir aller à l’école, ce qui reste un privilège il faut le reconnaître. Mais à chaque fois que je pense ça, je me plante dans les grandes largeurs en fait.

Depuis quand l’enseignement se fout des élèves ?

Un enfant c’est pas de la pâte à tarte qu’on aplatit, qu’on fout dans un moule et qu’on bourre de garniture. Et pourtant l’école ça ressemble bien à une pâtisserie:

  • Aplatir les différences afin de dispenser la même éducation à toute une classe d’âge
  • Mouler les jeunes esprits pour qu’ils soient d’équerre avec ce que la société attend d’eux
  • Bourrer le mou des élèves de notions abstraites en omettant sciemment de leur apprendre à réfléchir

12 ans de cuisson jusqu’au BAC et c’est bon, les voilà instruits et prêts à affronter le monde. Si seulement. Il s’agit là ni plus ni moins que d’une méthode industrielle d’apprentissage. Une institution qui brasse de l’humain à longueur de temps afin de les façonner pour ce que la société attend d’eux, voilà la vraie nature de l’Éducation Nationale. C’est une usine; aliénante (et je suis pas Marxiste), mécanique et froide.

Ce qu’il y a de terriblement inhumain dans ce système c’est que la dimension d’individu disparaît. Au fond, que vous ayez de bonnes ou de mauvaises notes, personne ne s’intéresse à vous et personne ne s’emploie vraiment à vous apprendre quoi que ce soit. La fonction première du système c’est de vous faire suivre un programme décidé en haut lieu (le Ministère de l’Éducation) et destiné à mettre tout le monde au même régime en raison d’un universalisme douteux.

Et c’est ça le gigantesque problème au cœur de notre système éducatif: l’Universalité. Tout le monde à la même enseigne, tous égaux, et par extension, tous pareils. Or, et j’en suis un exemple vivant comme nombre de camarades (non je suis pas Marxiste) d’infortune, on est pas tous pareils; il faut arrêter avec cette idée stupide qu’un même régime peut convenir à tous.

Pour une sélection juste, tout le monde passe le même examen: veuillez escalader cet arbre

Demandez à un professeur s’il a le temps matériel, avec une classe de 30 élèves, de s’arrêter pour s’occuper de celui qui n’a pas compris. Demandez lui également s’il a la possibilité d’aller plus vite ou plus loin pour les élèves plus rapides. Il vous dira que c’est impossible, qu’il a un programme a boucler, et qu’il ne peut faire de favoritisme ou sacrifier toute la classe pour un ou deux éléments qui ne veulent pas rentrer dans le moule. Quand mes parents ont tenté d’expliquer mes problèmes personnels à un directeur d’établissement, celui-ci nous a répondu sans sourciller “on sait pas faire.” Pédagogue ? Quelle blague !

Un autre enseignement est possible

L’état actuel de l’enseignement repose sur un paradigme érigé vers 1830 par Jules Ferry et ses copains — on apprend d’ailleurs encore aux jeunes âmes à idolâtrer cette figure salutaire de l’enseignement pour tous en cours d’Histoire — mais il paraît de plus en plus dépassé aujourd’hui. La dimension locale et individuelle de l’enseignement ont trop longtemps étés mises de côté. Il est grand temps de comprendre qu’on ne peut pas enseigner à Sarcelle comme on enseigne dans le 16ème et qu’on enseigne pas de la même manière à tous les élèves. L’enseignement doit être adapté à chacun en fonction de ses spécificités et de ses différences.

D’aucuns répondront qu’il est impossible d’individualiser l’enseignement, que c’est voué à l’échec. Et c’est vrai, on ne peut pas tant qu’on continue à voir l’école comme une usine ! Peut être faut-il apprendre moins, mais apprendre mieux. Au final qui se souvient de ses cours de Mathématiques ou d’Histoire ? On a quelques vagues rappels à l’âge adulte mais ça s’arrête là. En revanche, l’école nous a t’elle doté d’un esprit critique, de facultés d’analyse ? Nous as t’on appris à apprendre et à penser par nous même ? Certainement pas.

Je continue à croire pour ma part que le meilleur moyen d’apprendre, c’est de comprendre ce qu’on fait. Et ça passe avant tout par une compréhension et une implication de chaque élève par l’équipe pédagogique. En attendant que ce jour vienne, je resterai fâché avec l’école.


“Tu me dis, j’oublie.
Tu m’enseignes, je me souviens.
Tu m’impliques, j’apprends.”
Benjamin Franklin