J’ai fait une diète des réseaux sociaux, ce qui se passe après va vous surprendre

Le soir du 14-juillet, j’ai eu envie de faire une pause.

Au début, c’était surtout une overdose de Twitter, des analyses à l’emporte-pièce des uns et des autres (y compris des miennes), du concours de bêtise et d’irresponsabilité des déclarations politiques, des gens qui vous insultent pour un mot à gauche ou à droite, et aussi — je l’avoue — des hashtags d’avis de recherche, de solidarité, de secours.

Attentat de Nice, coup d’État en Turquie, fusillades en Allemagne, … La twittosphère a touché le fond en juillet. Je n’avais pas envie de subir l’hystérie et la médiocrité ambiantes, et encore moins d’y contribuer.

J’ai donc fait une petite diète de réseaux sociaux, en deux parties :

  • Première décision : Ne rien publier nulle part jusqu’à la fin juillet. Pas de tweets ni de posts Facebook sur l’état d’urgence, les anaphores de François Hollande ou le profil psychologique d’Éric Ciotti ; zéro photo sur Instagram ou Snapchat.
  • Deuxième décision : Ne consulter Twitter, Facebook et Instagram que deux fois par jour chacun, en encore, en coup de vent : dix minutes maximum par consultation.

Vous me direz : deux semaines, c’est pas grand-chose. C’est vrai, mais vu le rythme de publication échevelé de quelques-uns d’entre vous – nous –, ça fait déjà beaucoup de temps gagné.

TL; DR: Ça m’a fait beaucoup, beaucoup de bien. Vous devriez essayer.


Version longue : voici, en vrac, quelques conclusions que je tire de ma diète numérique :

  • Quand vous disparaissez de la timeline, tout le monde s’en fout :

Avec 33 000 abonnés et des poussières, je compte sur les doigts d’une main ceux qui se sont rendu compte de mon absence et qui m’ont demandé où j’étais passé. J’ai même perdu quelques dizaines de followers (y compris des gens que je suivais aussi). J’en connais quelques-uns qui devraient faire un break juste pour calmer un peu leur ego.

  • Vous avez l’impression d’être en prise directe avec l’actualité et de participer au débat, mais c’est souvent faux :

À force de checker votre timeline toutes les cinq minutes, vous en devenez l’esclave ; vous réagissez à tout et n’importe quoi, sans recul, sans réflexion. C’est un grand plaisir de retrouver le contrôle sur quels sujets et quels gens m’intéressent, et surtout les moments que je choisis pour m’y intéresser. C’est une sensation qui existait à l’âge d’or de l’email, des blogs et des flux RSS et qui a peu à peu disparu.

  • Il y a de moins en moins de choses intéressantes sur les réseaux sociaux :

Fut un temps où je me marrais à gorge déployée sur Twitter et où Facebook me servait vraiment à prendre des nouvelles des gens que j’aimais. Tout ça a progressivement été noyé sous le flot de disputes de café du commerce, des citations à deux balles et des vidéos incroyables à partager absolument. À ce rythme, l’échange de platitudes avec de parfaits inconnus va devenir une discipline olympique et le selfie sera bientôt enseigné aux Beaux-Arts.

  • Mais alors pourquoi est-ce que je reviens ?

Pour tous leurs défauts, les réseaux sociaux ont profondément modifié notre façon de penser : partager un article qu’on a aimé ou une idée qu’on vient de former est devenu une espèce de pulsion sociale. C’est l’envie de retrouver ça qui m’a fait comprendre que j’allais finir par revenir ; ce qui m’a vraiment manqué, c’est le plaisir de la conversation autour d’un lien ou d’un texte. Un plaisir hélas de plus en plus rare, mais ce n’est pas une raison pour ne rien faire.

  • Que peuvent faire les réseaux sociaux pour améliorer la qualité des contenus et des conversations ?

Difficile à dire. Tout ce qu’une plateforme peut faire, c’est vous inciter à soigner le contenu, dans l’espoir que la qualité suive (Medium fait ça assez bien). Si vous voulez mon avis, la solution doit venir des utilisateurs : il faudrait s’avouer que les réseaux sociaux n’évoluent pas dans le bon sens, que c’est d’abord la faute de ceux qui s’en servent, et être un peu plus exigeant avec soi-même.


Comment améliorer soi-même la qualité de l’expérience ?

Voici quelques pistes (dont aucune ne s’applique si vous faites de la politique bien sûr, faudrait pas non plus exagérer) :

  • Juste avant de cliquer sur Publier, faites une pause de trente secondes :

Votre message exprime-t-il un point de vue informé, modéré et compréhensible ? Comment sera-t-il reçu par le lecteur moyen ? Par la ou les personne(s) qu’il vise ou mentionne ? Par votre employeur et/ou vos clients ? Par Christine Boutin ? (Non, je rigole.)

  • Sur Twitter, interdiction de retweeter les gens qui vous mentionnent :

D’abord parce que c’est narcissique et ridicule ; ensuite et surtout parce que ça sature complètement la timeline de gens qui, voir plus haut, n’ont pas grand-chose à braire de votre petite personne et de l’ego boursouflé qui va avec. Seule exception : la mention très intéressante ou très drôle – et encore, avec parcimonie.

  • Évitez de vous disputer avec des inconnus :

Vous êtes attablé avec des amis au restaurant, la conversation dévie sur l’accueil des réfugiés, le conflit israélo-palestinien ou la coupe de cheveux de Manuel Valls, quand soudain un type assis seul à la table d’à côté vous apostrophe et s’incruste dans la discussion. Dans 80% des cas, soit vous ignorerez gentiment ce monsieur, soit vous lui expliquerez plus ou moins poliment d’aller se trouver ses propres amis avec qui se prendre la tête, non ?

Sur Twitter et Facebook, faites pareil. N’entrez pas dans des polémiques folles avec des gens dont vous n’avez aucun moyen de mesurer l’intelligence élémentaire. Envoyez poliment sur les roses, ignorez carrément, voire bloquez.

  • Ne postez pas plus de deux ou trois photos par jour sur Instagram :

Au-delà, vous occupez tout l’espace dans le flux de vos abonnés, pour qui vous transformez Instagram en autel à votre gloire photogénique. Personne n’ose rien vous dire bien sûr, mais je peux vous assurer que même vos meilleurs amis et vos plus grands fans ne peuvent plus vous voir en peinture.

Ce conseil s’applique particulièrement aux obsédés du selfie stick et aux photos de bébés en tout genre.

  • Enfin et par pitié, soignez l’orthographe et la ponctuation :

Ai-je besoin de clarifier ce point ? Je ne pense pas. Merci.


Bref. Les quelques points ci-dessus me semblent être le minimum requis pour que nous puissions continuer à cohabiter en paix sur les réseaux sociaux. Je vous promets pour ma part de m’y tenir autant que faire se peut.

Et si vous essayiez aussi ?