Je ne vote pas FN.

Je ne vote pas FN. Je dois le confesser, en ces temps de déculpabilisations, je plaide pourtant coupable. Je ne vote pas Front National.

Je ne vote pas FN. Faut dire que ce n’est pas facile. A force de les voir à la télé ou de les entendre à la radio, ils font partie de mon quotidien. Les rares fois où on ne parle pas d’eux, je me demande ce qu’ils peuvent bien faire. Je les imagine dans leurs quartiers chics, coupés du monde, à imaginer leur stratégie pour arriver au pouvoir.

Je ne vote pas FN. Pourtant, je pense souvent à eux, ils m’obsèdent. C’est un peu comme cette araignée croisée dans ma chambre, puis perdue du regard. Je suis effrayé à l’idée de tomber nez à nez avec elle en me mettant au lit, ça m’obsède parce que j’ai peur. Oui j’ai peur des araignées, mais encore plus du FN.

Je ne vote pas FN. Ce n’est pas faute d’avoir tout fait comme il faut pourtant. Je les ai écoutés, regardés, lus, et rien n’y fait, ils me terrorisent. A ma décharge, j’ai toujours été un homme compliqué, je n’ai jamais aimé le simplisme. Alors quand ils ouvrent la bouche et que tout sonne comme une vérité, je suis sceptique. J’ai peur des vérités, j’ai peur de ceux qui prétendent connaître la vérité. La vérité c’est du simplisme, c’est se refuser le droit de penser davantage:

“Voici la vérité, ne te force pas à penser, tu pourrais te faire mal.”

Je ne vote pas FN. Souvent, quand je marche dans la rue, je me demande si telle personne ou si telle autre votent pour le FN. J’ai parfois envie de hurler. Crier ma colère.

Je ne vote pas FN. D’ailleurs, je perds à tous les premiers tours d’élections. Au second tour, je dois toujours voter pour quelqu’un que je ne veux pas au pouvoir. C’est triste quand même. Je bouge mes fesses, je vais malgré tout mettre mon bulletin dans l’urne, je signe de mon nom, ma voix est un vote par défaut, pour le moins pire, j’essaie d’en faire un vote contestataire pour me donner bonne conscience: je vote contre l’extrême-droite. Pendant une période j’ai arrêté de voter. Une seule fois j’avais gagné une élection: le référendum pour le traité européen, j’avais voté non parce que je ne voulais pas de cette Europe là. Je veux de l’Europe, je veux du Monde, je suis un Internationaliste, je n’aime pas le principe de nation. Du coup, j’ai gagné avec quelques autres, et alors on m’a dit qu’on allait quand même le faire passer ce traité, parce que ma voix on s’en fout, même quand je gagne. Alors je me suis abstenu ensuite. Si nos élus nous disent que notre avis ne compte pas, pourquoi se déplacer? Pourquoi participer à cette mascarade? Puis j’ai arrêté de bouder et j’ai repris le cours de l’hypocrisie.

On m’a dit:

“Y’a des gens qui sont morts pour que tu aies le droit de voter!”

Et moi j’ai dit:

“Ils sont surtout morts pour la démocratie, le pouvoir au peuple. Tu crois vraiment que c’est moi qui ne les respecte pas? Tu crois vraiment qu’ils seraient fiers de notre système?”

Je ne vote pas FN. Oui nos élus ont bien des défauts, bien trop d’ailleurs. Et j’aimerais tant les remplacer.

Je ne vote pas FN. C’est étrange cette haine pour des gens que je côtoie quotidiennement dans les médias. Parfois je me dis que si ma réaction est le rejet, il n’y a pas de raison que pour d’autres, ce ne soit pas l’acceptation. L’idée fait son chemin, la simplification de la pensée est confortable, alors on se laisse glisser vers le néant. A force d’entendre des horreurs, elles deviennent acceptables car familières. Est-ce qu’on ne devrait pas les laisser parler? Comme tout le monde, ils doivent avoir droit à leur temps de parole, reste qu’on n’est pas obligé de les inviter partout pour avoir leurs avis. Pourquoi ils invitent Philoppot plutôt que Poutoux? Pourquoi Marine Lepen plutôt que Cécile Cukierman? Parce qu’ils font plus d’audimat…

Je ne vote pas FN. Hélas leurs idées se faufilent lentement mais sûrement. Voter FN n’est plus un tabou, à tel point que nombre de personnes s’identifient à leurs votes. Voter pour un parti raciste et national populiste c’est être raciste et national populiste, c’est être pour l’expulsion des étrangers, pour la préférence nationale, le repli identitaire et contre le multiculturalisme. Alors j’ai beau réfléchir, je ne peux pas voter FN, même quand ils sourient, même quand ils font de l’humour à la télé, même lorsqu’ils ont l’air sympathique, je ne peux pas voter pour eux parce que je ne suis pas raciste, je suis pour le multiculturalisme, et par dessus tout, je déteste les débats qui parlent de l’identité nationale, comme si être français était quelque chose de figé, comme s’il existait qu’une seule définition. Heureusement que non. Après tout, je n’ai même pas choisi d’être français. Et si j’avais eu le choix, aurais-je fait celui-ci? Pas sûr… Pas sûr, parce qu’aujourd’hui être français, c’est aussi vivre avec des personnes prêtes à mettre en responsabilité des gens racistes, anti-féministes, islamophobes et j’en passe… Et pour ces gens-là, je n’ai que du mépris.

Je ne vote pas FN. Je ne vote pas pour le Front National, je ne le ferai jamais. Je crois en l’humanité, je crois au partage des richesses (En 2016, 1% de la population mondiale possédera plus de 50% des richesses de notre planète, je crois que cela devrait être remis en question. Et vite.), je crois en l’environnement, je crois en la culture, en l’intelligence, en l’effort intellectuel, en la remise en question.

Je ne vote pas FN.

Chacun a la responsabilité morale du choix de son vote.

A ce rythme, je serai rare.