Je souffre de syndrome anxieux.

Mais ça va aller.

Lundi, la psy a lâché le mot : syndrome anxieux d’abandon. C’est impressionnant mais ça veut juste dire que j’ai une peur irrationnelle de l’abandon. Ça se manifeste de plusieurs façons : quand je suis entourée j’ai peur de ne plus l’être, alors je panique. Et quand je ne le suis pas, je panique aussi parce que je suis seule.
Paniquer, ça veut dire ne plus réussir à respirer ni à parler, avoir des fourmis dans les membres, être fébrile, ressentir un vide incommensurable qui vous file le vertige et surtout, surtout, avoir envie de mourir.

J’ai envie de mourir plusieurs fois par semaine.

La plupart du temps c’est gérable. J’arrive à vivre en me mettant en pilote automatique et en vivant par mécanismes : se lever, se préparer, aller travailler, rentrer, recommencer. Les autres ne s’en rendent même pas compte, c’est le paradis.

Et d’autres fois ces angoisses sont incontrôlables et m’empêchent de vivre. C’est ce qui est arrivé ces derniers jours. On sent qu’on entre dans une spirale qui nous aspire et on n’arrive plus à remonter à la surface.
C’est dur, c’est très dur. Être submergé par des émotions que l’on sait irraisonnées mais être incapable de les taire. C’est inexplicable en fait, tant qu’on ne l’a pas vécu, tant qu’on n’a pas eu à partager sa tête avec ce monstre, on ne peut pas comprendre. Et tant mieux.

Pour la première fois, j’ai décidé d’appeler à l’aide. Comprendre : appeler ma psy. C’est son regard plein d’empathie qui m’a marquée quand elle m’a vue débarquer, les yeux humides, dans son cabinet. C’était sincère, elle ressentait ma douleur et j’ai lu “je suis désolée”.
Elle a aussi dit que ça n’allait pas être facile. 
Et comme ça ne va pas être facile, elle m’a prescrit de petites pilules bleues.
J’étais contre avant, j’ai toujours vu ma mère absorber ces conneries par dizaine pour devenir le fantôme d’elle-même.
Je ne veux pas devenir comme ça. Je ne veux pas perdre mon humour noir, mon cynisme et tout ce qui me permet de ne pas me résigner et d’avoir mes idéaux.
Aussi, prendre des médicaments me donnait un point commun avec elle, ce qui est la dernière chose dont j’ai envie. Et puis, on doit apprendre à aller mieux seul non ?

Non. Mille fois non.

J’ai changé d’avis et je n’ai pas honte de dire que ma vie est trop difficile à vivre là, maintenant, et que j’ai besoin de ces pilules pour planer un peu, décompresser et me libérer de ces angoisses irrationnelles.
Elles m’aident à sortir de ma tête quand y vivre devient trop douloureux.

Être anxieux, ce n’est pas juste être stressé. C’est une souffrance constante dont il est impossible de s’échapper. On devient fou à se taper la tête contre les mur ou triste à mourir.

Les problèmes psychologiques sont difficiles à appréhender pour la personne concernée car on se sent coupable. Je suis en bonne santé, j’ai une famille, des amis, un travail, un appart’, de quoi je me plains ?
Difficile aussi pour l’entourage qui se retrouve face à une personne qui va en apparence bien, car on développe un jeu d’acteur assez poussé. Et puis c’est trop souvent un sujet tabou dont les gens n’osent pas parler.

Je m’en fous et je le dis : j’ai envie de mourir parfois, j’ai des idées noires souvent, et je me sens affreusement seule en permanence.

Un jour ça ira mieux.