JR et Agnès Varda peuplent les ruines

JR et Agnès Varda posent devant le travail qu’ils ont réalisé avec les habitants de Pirou, dans la Manche.

L’un parcourt le monde pour coller ses photos sur les murs, l’autre est connue pour ses films de la Nouvelle Vague. JR et Agnès Varda étaient à Pirou (Manche) les 12 et 13 juin 2016 pour tourner leur nouveau film.

Le vent s’engouffre entre les maisons en ruine du village fantôme de Pirou. Sur les murs décrépis, les portraits en noir et blanc de dizaines d’habitants viennent d’être collés. Leurs sourires comme leurs regards traduisent la relation qu’ils ont à ce projet immobilier tombé à l’abandon.

Les habitants se sont fait tirer le portrait par JR, et ont ensuite collé leurs portraits sur les murs du village fantôme.

Dans les ruines, au bord de la plage, l’artiste contemporain JR — qui a au début du mois installé un gigantesque trompe-l’oeil sur la pyramide du Louvre à Paris — et la réalisatrice de la Nouvelle Vague Agnès Varda se sont installés le deuxième week-end de juin.

L’un avec son camion photographique, l’autre avec ses caméras et ses équipes. Les deux artistes à la renommée incommensurable cherchaient des endroits originaux où filmer leur film commun. Ils ont été séduits par le village fantôme de Pirou, ancien projet immobilier tombé à l’eau il y a une vingtaine d’années, et laissé aux mains des graffeurs depuis. Il s’est d’ailleurs fait connaître avec cette vidéo.

Collages et interviews

« Une partie de la population de Pirou (NDLR : environ 200 personnes, sélectionnées lors d’un casting) est venue dans le camion de JR, raconte Nicole, figurante sur le tournage. Ensuite, les photos sont sorties, et chacun a découpé la sienne puis l’a collée sur les murs. Agnès a organisé des petites saynètes à l’intérieur des maisons, avec une scénographie. Aujourd’hui, elle interviewe quelques personnes ».

Le tournage a commencé samedi 12 juin et s’est terminé le lendemain, à midi, avec ces prises de vue où les habitants témoignent de leur relation au village fantôme.

Face caméra, quelques familles ont témoigné dimanche de leur implication dans le projet, de leur attachement au village fantôme, des histoires qu’ils y ont vécu. Un couple avoue même s’y être rencontré.

« L’art fédère des liens »

Le petit Léo, figurant sur le film avec ses parents, a trouvé en la canne d’Agnès Varda un potentiel jouet.

« L’interaction, c’est la base même de mon travail, confie JR entre deux séquences. Que ce soit à Pirou, au Cambodge, ou au Kenya, l’art peut toujours débarquer dans un endroit et fédérer des liens grâce auxquels tout le monde se retrouve et partage un moment magique ensemble ». Une sorte de grande fête là où on ne s’y attend pas, en somme.

La sortie du long-métrage des deux artistes n’a pas encore été fixée. « D’ici un an, à peu près », souffle un technicien. Cécile, habitante et figurante du film, l’attend de pied ferme.

« Je suis membre de l’association du cinéma de la plage, raconte la mère de famille. On va essayer de projeter le film, et faire revenir Agnès Varda pour l’occasion ». Les regards des habitants, eux, sont restés figés sur les murs. Comme attendant que le souffle de cette fête éphémère revienne au village.

Les deux artistes ont mis un point d’honneur à échanger avec les habitants.

Un avenir pour le site ?

« Agnès Varda avait envie de peupler le village, raconte José Camus-Fafa, maire-adjoint délégué aux missions relatives aux grands projets à Pirou. Ici, on a un projet immobilier qui n’a jamais abouti. Alors il fallait le peupler. Pour la population, c’est une manière de s’approprier l’endroit. Au-delà du côté triste de ces maisons, il y a toute une histoire à raconter ».

Cette histoire, d’ailleurs, devrait bientôt continuer à s’écrire. La « catastrophe financière » du village fantôme va peut-être se transformer. « On espère pouvoir tourner la page, poursuit José Camus-Fafa. Le site pourrait avoir un avenir économique et touristique, tout en restant à taille humaine. On vient de répondre à un projet d’aménagement présenté par Nexity, qui pourrait être vecteur d’emploi ».

First published on 06.13.2016 in La Presse de la Manche. Translation available upon request.

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