L’école, à quoi bon_

Bray-sur-Somme. Extrait de ‘Plan de la maison d’école et de la mairie’. © Archives Départementales de la Somme.

Aujourd’hui en France comme dans de nombreux pays, nous approchons d’un accès quasi total et égalitaire au savoir. Google dans une main, vous apprenez où vous le voulez, quand vous le voulez, et ce que vous voulez.

Aucun bâtiment public n’entre en compte, aucun professeur ne vous souffle la réponse. On y pense pas si souvent, mais en fait ca y est, nous sommes à un point où n’importe qui peut développer ses capacités et son savoir sans jamais mettre un pied à l’école.

Alors à quoi bon faire en sorte que vous reteniez autant d’informations si précises, quand Google est là pour vous les rappeler à peine le pied mis en dehors de l’école ? C’est assez ironique quand on y pense, le téléphone y étant interdit, la salle de classe est devenue l’endroit sur terre où on a le moins accès au savoir.

Si je pose cette question, c’est parce qu’on oublie souvent que la manière la plus efficace d’apprendre c’est d’en avoir envie. Sans oublier la seconde qui peut être d’y voir, ou d’en avoir une utilité. Si vous n’êtes pas d’accord avec ça, ce qui suit ne vous plaira pas non plus. Par contre, si vous l’êtes, vous pouvez vous ouvrir à l’idée que la meilleure des écoles est une école où le maximum de temps est passé à apprendre quelque-chose qu’on a choisi, ou présenté dans un contexte qui rend son utilité évidente. C’est prouvé scientifiquement, le cerveau choisit de retenir les informations qui lui semblent… Utiles !

3 minutes 30 | Eric Gaspar | Quand les neurosciences rencontrent l’éducation.

Alors à quoi sert l’école, et à quoi servent les profs ?

Commençons par les profs. Le professeur n’est plus la source du savoir, puisque celui-ci est accessible hors des murs et à tout moment. Même lui peut “tricher” au milieu du cours et consulter wikipedia (enfin bientôt l’ami des profs). Il doit donc être une aide, un accompagnateur, fin psychologue de la motivation et des interactions sociales.

D’ailleurs, c’est incroyable, encore aujourd’hui, on n’a toujours pas pris conscience que professeur est le métier le plus important qui soit. Il est à la base de toutes les futures réussites et échecs. Avant de tout changer à l’école, il faudrait déjà commencer par multiplier le salaire des professeurs par 3. Et je n’exagère pas, je ne caricature pas. C’est ici qu’un pays doit placer ses meilleurs éléments, pas dans l’armée, pas dans les hôpitaux, pas dans la haute administration. Ces derniers découleront de professeurs d’exception. Il faut changer le statut social du professeur pour attirer les plus doués d’entre nous et leur donner les formations les plus poussées.

Bref, et l’école dans tout ça ? Après tout, pourquoi ne pas faire sans, et tous devenir les meilleurs accompagnateurs de nos propres enfants, entièrement dédiés à leur épanouissement ? Pour l’instant c’est compliqué, la majorité des habitants travaillent, mais ça risque de changer (rassurez-vous, si on s’y prend bien, ça ne sera pas grave). Serons-nous tous bientôt à domicile, les profs de nos enfants ? Peut-être, enfin en attendant l’école sert déjà à ça : s’occuper d’eux pendant que papa-maman travaillent, garantissant qu’ils passent une journée éducative en toute sécurité.

Et ça sert a quoi d’autre de mettre tous les enfants d’un pays dans une structure commune ? Eh bien à leur donner des valeurs communes ! Ces points communs qui facilitent la chose la plus importante sur terre : la communication. Le meilleur outil pour garantir la paix et l’harmonie des rapports humains. Quoi qu’on en dise, on s’entend mieux avec nos semblables. Je chante les louanges de la différence et de l’autonomie, mais faut pas oublier qu’une culture et des valeurs communes, ça réchauffe les contacts humains.

Bon ça réchauffe certes, mais ça tue aussi la créativité. Plus le socle commun est gros, plus nous devenons normés, et moins nous sommes naturellement créatifs. Vous savez, les enfants, ces êtres créatifs qui deviennent des adultes bien plus convenus… Ils ne seraient pas passé par quelque-chose comme l’école entre temps ?

3 minutes | Oussama Ammar | Le “divergent thinking”

Notre école du passé choquera les élèves du futur

Et voilà où je veux en venir, une école moderne doit tirer plein-parti de chaque enfant dans sa différence. Elle ne doit plus avoir peur d’internet, mais au contraire le rendre central en éduquant les élèves à son utilisation. Le monde a changé, et offre à l’école sa chance de changer à son tour. La chance de proposer à chaque enfant de construire ce qu’il veut, et de le laisser apprendre bien plus motivé qu’il n’apprendra jamais sous la contrainte.

L’école française d’aujourd’hui n’a aucun sens, et ce n’est pas la faute de ses professeurs. Pas une seconde. Elle a été pensée thématique, hermétique et sélective. Sélective. Ca veut dire que par essence elle compte produire du déchet. Elle veut faire émerger les meilleurs selon une définition arbitraire, plutôt que de faire émerger le meilleur en chacun. On prend une masse pour en sortir quelques pépites, on obtient quelques heureux pour une majorité de malheureux.

Prenez un jeune qui veut construire son propre drone, il apprendra bien plus de physique et de mathématiques qu’un jeune en bac S dénué de motivation. Un autre, montant une association caritative, deviendra plus érudit en droit et en économie qu’un élève de bac ES sans objectif. Que penser de celui qui veut cultiver son potager ? Et de celui qui veut faire son application de téléphone mobile ? Et de celui qui veut dessiner mieux que personne ? Combien de rêves naissent et changent tous les deux mois, et nous n’en faisons rien.

Une école basée sur l’envie des élèves peut paraître complexe à noter, et c’est bien évidemment car la notation n’y a aucun sens. C’est d’ailleurs un concept qui part du principe que l’élève échoue. Il faut donc un mécanisme pour quantifier l’échec. Tel une rustine pour un système mal pensé, apparait ce mécanisme normé, tuant la créativité et mettant de côté tous les profils et les types d’intelligences qui peuvent exister.

Le maître mot, c’est la motivation. L’échec ce n’est pas un élève qui a une mauvaise note. L’échec c’est un élève qui n’est pas motivé.

C’est pourquoi je rêve d’une école publique au programme léger. Une école où le socle commun de connaissances a été re-défini et bien pensé. En fin de compte, il doit favoriser la communication et le vivre ensemble, sans trop empiéter sur la créativité et les aspirations de chacun, et ainsi aboutir à des adultes épanouis et sociaux.

Ce qui est bien dans tout ça, c’est qu’un jour nous l’aurons. La recherche avance, les réflexions avec. Le système éducatif Finlandais ou les écoles Montessori sont un embryon de preuves encourageantes. Nous avons toujours fini par nous adapter devant l’évidence. L’évidence a juste besoin d’être rendue… Encore un peu plus évidente.

Pour aller plus loin

Pour les plus curieux et ceux qui aiment voir plus loin dans le texte, ou plus loin dans le temps, je vous encourage à regarder le Ted Talk de Laurent Alexandre sur les écoles eugénistes qui pourraient un jour être la norme. Les professeurs de demain seront-ils aussi des experts de la manipulation génétique ? Cela sera-t-il un nouveau pré-requis à ajouter à leur formation ?

15 minutes | Laurent Alexandre | Nos enfants iront-ils demain dans des écoles eugénistes ?

Pour ceux qui se sont souvent pensés mauvais à l’école, vous faites probablement parti de tous les profils négligés par celle-ci. Un autre Ted Talk sur le sujet, celui de Bruno Hourst.

16 minutes 30 | Bruno Hourst | Les intelligences multiples

Enfin, à garder au chaud pour ce week-end, cette présentation passionnante d’Idriss Aberkane sur l’économie de la connaissance. Commencez là sous la couette, vous ne verrez pas le temps passer.

2 heures 17 minutes | Idriss Aberkane | L’économie de la connaissance

One clap, two clap, three clap, forty?

By clapping more or less, you can signal to us which stories really stand out.