L’apocalypse zombie est le paradis des temps modernes

La fascination post-mortem disséquée.

Qu’il peut être amusant d’observer une société à travers le prisme de sa culture. Chiffres et statistiques nous donnent certes quelques indications, mais il y a des aspects complets de notre socio-personnalité qui demeurent dans l’ombre et qu’aucun sondage ne pourra jamais mettre en lumière. Un de ces traits de caractère s’affirme de plus en plus par notre fascination nouvelle pour un archétype de la pop-culture qui ne date pourtant pas du dernier déluge : l’apocalypse zombie.

The Walking Dead et son nouveau spin-off dont le pilote a fait un carton historique (plus de 10.1 millions de vues, loin devant les 7.7 du désormais second au classement), Resident Evil, 28 jours plus tard, World War Z, Left 4 Dead… De la série TV au film blockbuster en passant par le jeu-vidéo et le comics, il n’y a pas un support media qui ait résisté à la déferlante zombie.

Pourquoi — et surtout pourquoi maintenant — le zombie est-il si populaire ?

A travers les zombies se transmet une représentation instinctive d’un devenir possible de nos sociétés. L’apocalypse et les zombies, c’est pour chacun le fantasme à moitié avoué du retour à un monde vaste et sauvage dans lequel le combat pour la survie est une équation bien plus simple — mais pas plus facile — que celles que nous avons à résoudre dans nos complexes vies d’hommes modernes. Tuer ou être tué.

Ce que je qualifie d’attrait morbide pour ce monde post-apo est une lueur d’espoir pour les démunis et les “inadaptés”, un monde dans lequel après une nuit de cauchemars les cartes seraient à jamais rebattues avant de tout recommencer sur un pied d’égalité cette fois bien réel.

Nous adorons regarder encore et encore —non sans un certain voyeurisme — ces différentes visions de l’apocalypse, qui racontent pourtant toutes la même histoire : celle d’une fin brutale mais plausible de notre civilisation. La Bible et son paradis n’ont plus voix au chapitre, nous voulons du crédible et l’apocalypse zombie est la voie la plus rapide vers ce monde transformé en immense supermarché gratuit.

Il est là cet univers rêvé où nous pourrions enfin revenir sans honte à nos penchants viscéraux pour dézinguer notre voisin zombifié à coup de fusil à pompe avant de faire les courses dans sa cuisine et partir se construire la meilleure des cabanes au milieu des bois. L’apocalypse zombie est le scénario de vengeance du prolétariat, le plat que l’on mange froid — et saignant — le dimanche soir devant la télé.

L’apocalypse zombie est le scénario de vengeance du prolétariat, le plat que l’on mange froid — et saignant — le dimanche soir devant la télé.

La recherche éperdue d’un enrichissement personnel dans le plus grand mépris de l’homme et de l’environnement est précisément ce qui est en train de ronger notre civilisation de l’intérieur. De l’accroissement des inégalités aux bouleversements climatiques, l’humanité semble bien partie pour provoquer elle-même son châtiment divin et cette vague zombie ne fait au final que récupérer ces thèmes sociétaux en les poussant juste un peu plus loin pour imaginer demain.

Qui n’a jamais éprouvé un certain soulagement devant The Walking Dead de constater qu’à la fin des fins, c’est la nature qui triomphe de l’(in)humanité ? C’est là également un élément récurrent du zombie-show : une nature abondante et colorée qui reprend sa place au milieu de villes désertées. Un retour à un monde vierge et paradisiaque avec comme limite le seul horizon enfin débarrassé de nos immeubles disgracieux. Notre nouveau jardin d’Éden version hardcore. Et avec lui la fin de toutes les civilisations modernes, pêcheuses et égoïstes, anéanties par le fléau qu’elles ont elles-mêmes engendré. Ici encore la Bible n’est pas bien loin.


Une vision du futur qui réussit le tour de force de réunir défavorisés, écolos et survivalistes, le tout saupoudré de références bibliques. Elle serait donc là la clef du succès de cette mode zombie ?

Dans ce double fantasme macabre de fin de civilisation couplé à une renaissance de la nature, nous sommes nombreux à nous rêver en héros de ce monde transformé tout à la fois en enfer et en paradis. Le naze qui meurt bêtement surpris par un rôdeur embusqué ? Pas nous, évidemment.

Mais avant d’amasser les conserves et d’affuter les pics a glace, il est bon de se rappeler que dans le monde réel non plus, les combats ne manquent pas. Et s’ils requièrent un tantinet plus de réflexion qu’enfoncer un couteau de boucher dans le crâne du premier zombie venu, il ne tient qu’à nous de lever nos fessiers endoloris et d’aller les mener eux-aussi avec l’énergie de la dernière chance.


NB. A lire cet excellent article qui vient démontrer point par point la possibilité réelle de l’effondrement de notre civilisation :

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