L’excubation, nouvelle formule gagnante de l’innovation ?

Source : excubate.de

Le Paquebot et le Dériveur. Ce n’est pas une fable de Jean De La Fontaine, mais une image utilisée par le Centre de recherche sur l’innovation et le développement des affaires allemand qui résume parfaitement la complexité d’intégrer l’innovation dans les grands groupes.

Les grandes entreprises sont des paquebots :

Elles sont immenses, solides, conçues pour résister aux fortes intempéries, et donc très complexes, organisées avec de forts besoins en ressources, en maintenance et en hiérarchie. Pour ces grands navires, toute forme de changement peut mettre en danger la sécurité, les évolutions sont donc implantées par petits incréments très normés, et sur le long terme le navire devient peu à peu de moins en moins compétitif.

Les start-up sont des petits dériveurs

On ne fabrique pas un paquebot pour tester les innovations de rupture, car celles-ci nécessitent à leur lancement l’agilité et la liberté d’explorer, elles ont besoin de sentir le vent et de surfer sur les vagues de façon plus souple. Les start-up peuvent être très innovantes parce qu’elles sont au départ de petites structures qui ont la liberté et la souplesse pour développer de nouveaux modèles économiques en étant au contact direct des éléments.

La transformation de l’éléphant

À travers notre activité qui nous amène à mener des projets d’innovation pour les grands groupes, on se rend compte que pour la majorité des entreprises il est très difficile de mener de front le développement d’une activité traditionnelle qui assure les revenus courants et dans le même temps une transformation qui assurera les marchés futurs. Dans la “révolution” que nous traversons, les organisations doivent s’adapter mais sans pour autant sacrifier ce coeur de business qui met du beurre dans les épinards.

Mesdames et Messieurs les décideurs, les managers, les directeurs, on vous demande de transformer votre organisation pour y intégrer l’innovation, de changer votre approche du métier, d’adapter vos systèmes managériaux, de connecter vos produits et digitaliser vos services. On vous donne même parfois les moyens logistiques et financiers d’investir dans le futur proche tant que le présent lointain reste en croissance sur les produits phares de votre marque.

Marie Vorgan le Barzic et Charles-Edouard Bouée évoquent, dans un article de La Tribune, ces entreprises qui étaient préparées pour innover et faire prendre à leur marché le tournant qui allait se jouer mais qui, au moment où elles auraient dû engager la décision stratégique qui leur aurait permis de rester leaders dans leur secteur à travers l’innovation, n’y avaient tout simplement pas intérêt malgré des moyens, des marques fortes et des équipes avec une réelle capacité à innover. Proches de leurs clients, elles s’attachaient à répondre à leurs besoins du moment, pas à anticiper des besoins qui n’existaient pas encore.

L’exemple de Kodak représente un cas d’école, celui de la grande entreprise vaincue par sa propre invention. Pionnière avec la mise au point dès 1975 du premier appareil photo numérique, elle décide pourtant de ne pas parier dessus. On connait la suite de l’histoire…

“La capacité d’innovation et l’agilité sont certes devenues incontournables pour les entreprises. Mais il est difficile de mener au sein de la même organisation l’activité traditionnelle qui assure les revenus courants d’une part, et l’innovation de rupture qui assurera les marchés futurs d’autre part”.

Les 2 tendances qui dominent actuellement pour développer la culture de l’innovation sont l’incubation interne et à l’inverse l’investissement externe dans des start-up identifiées comme prometteuses. La première se limite trop souvent à améliorer les produits ou services existant sans une autonomie suffisante pour s’éloigner de l’activité coeur, la seconde porte le risque de financer des projets potentiellement concurrents sans s’appuyer sur les atouts internes de l’entreprise.

L’excubation, la bonne formule ?

Il émerge une troisième tendance aujourd’hui qui se développe beaucoup aux États-Unis et qui gagne à s’émanciper dans notre écosystème : l’excubation.

Une innovation de rupture vient quasi systématiquement de l’extérieur d’un système. L’excubation, c’est la création d’une start-up par un grand groupe en s’appuyant à la fois sur l’ADN de l’entreprise, les équipes internes et des partenaires externes, pour “faire émerger de nouveaux modèles disruptifs, tout en s’assurant que ces derniers contribueront à la croissance future de l’entreprise”.

Le groupe Mobivia (Midas, Altermove, Norauto, etc.) dont Tymate est partenaire digital, est un bel exemple de mise en oeuvre d’une excubation : en créant la start-up XEE, ils ont à la fois fait émerger une technologie innovante pour connecter les véhicules, mais sont aujourd’hui en phase d’intégration de cette innovation dans les modèles économiques des enseignes du groupe qui utilisent XEE Connect pour proposer de nouveaux services autour de leur coeur de métier.

Source : excubate.de

L’excubation est une stratégie qui a de l’avenir, elle apporte le juste équilibre entre les investissements, l’internalisation, l’externalisation, et l’adoption de l’innovation dans le coeur business. Elle repose avant tout sur un cercle vertueux entre l’exploitation et l’exploration, elle s’appuie sur les Hommes et sur des process méthodologiques qui facilitent les passerelles entre le paquebot et le dériveur. Car ce dernier peut se transformer un jour en gros bateau, mais l’inverse n’est jamais possible, sauf quand il coule.

Marc-Antoine Navrez (@marcantoinavrez), CEO de Tymate (@tymate)

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