La fin d’une année au chômage…

Quand en juillet dernier on m’a annoncé que j’étais licencié pour des raisons économiques, je n’imaginais pas qu’il me faudrait un an pour retrouver un emploi.

Si mon licenciement m’avait mis un coup au moral, il n’en restait pas moins que gardant toujours un oeil sur ce qui se passait à l’extérieur, je voyais suffisamment d’offres d’emplois passer qui me laissaient espérer qu’il y aurait une place pour moi quelque part assez rapidement.

Je n’étais d’autant pas plus inquiet que lorsqu’on est licencié pour des raisons économiques, on intégre le CSP (contrat de sécurisation professionnelle) et que le salaire est maintenu pendant un an. Non seulement mon niveau de vie serait maintenu, mais j’aurais droit en plus, me faisait-on miroiter, à de la formation en veux-tu en voilà.

Lors de mon premier rendez-vous à Pôle Emploi, on m’expliquait qu’en raison d’un trop grand nombre de chômeurs, un prestataire extérieur s’occuperait de mon cas. Alors quand je suis allé voir pour la première fois ledit prestataire extérieur avec plein de questions et des projets de formations, on m’a vite expliqué que je n’avais droit qu’à 15 euros de l’heure de formation, et que comme dans ma branche on était plutôt à 100 euros l’heure, c’était mal barré. Du coup, je me suis reporté sur des cours d’anglais même si j’ai dû mettre un peu de ma poche quand même…

En septembre, les offres d’emplois n’étaient pas légion, ça ne m’inquiétait guère parce que je supposais que les entreprises avaient une rentrée chargée et que ça allait s’arranger dans les semaines suivantes… Ce ne fut pas le cas. Mais une offre a retenu mon attention et j’ai envoyé rapidement mon CV. Après un échange de mails, un entretien était décidé, on était en octobre.

L’entretien fut excellent, au point qu’au bout d’une heure, le patron me faisait une proposition. J’étais emballé, ravi, tout me plaisait, le projet, la boîte (petite agence web de 4 personnes), une totale autonomie dans mon travail, c’était parfait… jusqu’à ce qu’on parle salaire. J’ai été franc avec lui. Je ne voulais pas de baisse de salaire, même pas forcément d’augmentation, mais sutout pas de baisse. Sauf que lui, son budget n’était pas à la hauteur de mes (faibles) attentes, et il me proposait une réduction de 350 euros net sur mon salaire. J’ai hésité. D’un côté le boulot était top, d’un autre la paie était ridicule. Ne prétendant qu’à 1700 euros net, je me voyais mal avec mon bac + 5 tomber à 1350 euros…

J’ai donc refusé. Pour être honnête, ces derniers temps, en voyant arriver la fin de mon CSP et donc une baisse de mon allocation chômage, je me suis dis que j’aurais dû faire l’effort, que j’aurais fait du travail en indépendant en parallèle et que j’aurais réussi à avoir un salaire convenable. Bien sûr, je me serais assis sur ma vie privée, et au final je n’aurais pas été heureux, mais ça n’aurait été que pour quelques temps… Parce que des entretiens, je n’en ai pas eu beaucoup. J’ai vu des offres, mais c’était à croire que les entreprises ne comprenaient pas mon métier, ils demandaient toujours des compétences en plus comme dans le web design ou dans le community management. Mon métier, c’est le SEO, le référencement naturel, c’est ma spécialité. Quand vous demandez à un expert SEO des compétences en graphisme par exemple, c’est comme si vous demandez à un maçon de faire aussi de la plomberie…

J’ai espéré les bonnes offres, Noël est arrivé, j’ai supposé que les entreprises avaient la tête ailleurs plutôt qu’au recrutement, je ne voulais pas voir l’emprise de la crise économique sur ma situation professionnelle et personnelle. Car tout cela devenait trop personnel: l’appréhension d’ouvrir les sites d’annonces d’emplois et de ne rien voir de neuf, encore et encore… Jusqu’en février où une offre d’emploi m’interpelle et m’intéresse au plus haut point. J’obtiens un rendez-vous mais c’est atroce. Trois heures de tests de QI, une heure de tests de personnalité, une demi-heure avec le patron et une demi-heure avec un psy. J’avais été bon pendant 4h30, épuisé par les tests, affâmé, le psy est odieux, me teste, se permet des questions déplacées. Je n’aurai pas le boulot, je n’en voulais plus. Ce fut d’ailleurs une expérience particulière, c’était la première fois que je voyais une entreprise faire tout pour démotiver ses candidats.

Puis rien. J’ai bien envoyé des CV désespérés à des boîtes qui ne cherchaient même pas à embaucher… En juin, une association qui lutte contre le nucléaire cherchait un profil à peu près comme le mien. Il fallait être éditorial, avoir des connaissances en SEO, avoir des connaissances techniques particulières (que j’ai), j’étais calibré pour ce job. Intitulé webmaster éditorial, je m’y voyais déjà. Sur mon CV, j’avais insisté sur mon site baleinesousgravillon.com où je parle d’environnement marin, je voulais leur montrer combien la question environnementale m’était chère. J’ai obtenu un entretien via Skype. Tout s’est bien passé. Enfin, c’est ce que je croyais. J’entrais dans toutes les cases, je pensais au moins avoir droit à un entretien physique, même pas. Ce fut une véritable désillusion pour moi, c’était véritablement le job parfait, celui qui a du sens dans votre vie professionnelle et personnelle. Tant pis.

Puis après, on m’a contacté sur Viadeo pour me proposer un boulot. J’étais fortement enthousiaste, le mec me disait que j’étais exactement ce qu’il cherchait, qu’il avait mis du temps à me trouver, c’était un vendredi, on devait me rappeler la semaine suivante. Silence radio. Je recontacte. Ils ont trouvé quelqu’un d’autre qui était exactement ce qu’il cherchait et qu’il avait mis aussi du temps à trouver. Tant pis.

Puis c’est juillet. Une amie me fait suivre une offre d’une grosse boîte lyonnaise spécialisée dans le référencement web. J’envoie mon CV le matin, l’après-midi, j’ai un coup de fil et on dicute, et suite à ça, on me propose de faire un test de compétences. Alors je m’y plie. On me propose un entretien, puis un second. J’ai le sentiment que ça se passe bien, mais est-ce que ça se passe suffisamment bien? Je dois avouer que mon niveau de confiance est au plus bas. Je vois le temps passer, les offres sont toujours aussi rares.

J’ai bien quelques clients en indépendant, mais pas de quoi vivre, juste de quoi arrondir mes fins de mois. Je voudrais bien me développer, mais je suis un piètre commercial. Et puis j’ai envie de sortir de chez moi, de voir du monde. Je veux un job qui me permette de faire ma petite vie, de voyager un peu, de m’acheter des livres et des BD, et qui me laisse du temps pour regarder des séries que je n’oserai jamais pirater…

Parce que j’aime mon quotidien, on s’en sort bien avec mon amoureuse. Comme j’avais du temps libre cette année, j’ai refait l’agencement de notre salon, j’ai acheté une autre bibliothèque, mais on manque déjà de place, j’ai abusé, j’ai acheté plein de livres et de BD juste pour être sûr de bien la remplir. Tout s’entasse autour de moi, c’est terrible mais j’aime ça. L’idée de devoir vivre autrement, de devoir baisser un niveau de vie qui n’est pas déjà bien haut m’angoisse. Quitter le prestataire extérieur et aller à Pôle Emploi expliquer à quelqu’un qu’il n’y a pas beaucoup d’offres dans mon domaine, devoir expliquer mon métier, et être en face de quelqu’un qui me proposera de faire de la sécurité en magasin me terrifie. Cinq ans plus tôt, j’avais arrêté de faire le pion dans un collège et j’étais arrivé à Pôle Emploi avec un vrai projet de formation. L’agent a rempli plein de cases dans son ordinateur et à la fin il a essayé de m’orienter vers la sécurité des supermarchés. Je n’ai rien contre les vigiles, mais j’avais plein de documents avec moi pour aller en formation, entrer en M2 professionnel et avoir un métier à la fin. Mais l’agent m’a dit qu’elle n’y connaissait rien des questions sur la formation et qu’il fallait voir quelqu’un d’autre, et qu’en attendant, on pourrait regarder les offres pour être vigile. Heureusement, les choses se sont arrangées et j’ai pu faire ma formation.

Du coup, lorsque l’entreprise m’appelle pour m’offrir le job, la pression tombe, je me sens léger. A tel point que la nuit suivante, je rêve que je joue au basket et que j’arrive à dunker, chose qui, du haut de mon mètre 77 reste un vieux fantasme. Mais voilà, tout semblait possible dans ce rêve.

Une année s’est écoulée, je vois le bout du tunnel, ça fait du bien.

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