
La nature est belle : restons humains et libres
Dimanche dernier je suis allé voir le film Dans les forêts de Sibérie de Safy Nebbou. Une histoire inspirée du livre de l’écrivain et voyageur français Sylvain Tesson, qui a passé six mois seul dans une cabane au sud de la Sibérie, sur les bords du lac Baïkal.
C’est fou à quel point ce film résonne en moi. Lorsque j’écoutais Raphaël Personnaz raconter sur France Inter quelques jours avant la sortie du film les moments extraordinaires qu’il a vécu sur le tournage, j’étais décidé : j’irai voir le film sur grand écran. Une B.O. signée Ibrahim Maalouf, des images magnifiques et une histoire de temps, de liberté et de quête de bonheur…
Je suis allé jeter un oeil sur la quatrième de couverture du livre de Sylvain Tesson :
Assez tôt, j’ai compris que je n’allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m’installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie. J’ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal. Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j’ai tâché de vivre dans la lenteur et la simplicité. Je crois y être parvenu. Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à l’existence. Et si la liberté consistait à posséder le temps? Et si la richesse revenait à disposer de solitude, d’espace et de silence — toutes choses dont manqueront les générations futures? Tant qu’il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.
Il ne m’en fallait pas plus pour me convaincre. C’était comme si j’étais en train de lire la retranscription de mes pensées du moment. Cette soif de liberté, de découverte et de changement de rythme que j’éprouve en ce moment. Ce sentiment parfois de manquer de temps, que tout va trop vite, que je perds le contrôle…

J’ai adoré le film. Pendant un peu plus d’une heure, j’ai voyagé avec Teddy, le personnage joué par Raphaël Personnaz dans le film.
J’ai entendu les craquements incroyables du lac Baïkal, j’ai ressenti le froid de ce coin perdu de Sibérie et écouté le bruit du vent dans les arbres. J’ai suivi le quotidien de cet homme qui a choisi de se retirer du monde, loin de tout, pour se retrouver, se reconnecter avec la nature et vivre de choses simples : couper du bois, pêcher, marcher, écrire, observer le ciel et les étendues majestueuses qui s’offrent à lui. Un homme qui a décidé pendant quelque temps de fuir la ville et son agitation permanente pour vivre dans la solitude et le silence.
Et si la liberté consistait à posséder le temps ?
Voici l’une des questions que se pose Sylvain Tesson. Posséder le temps…
Dans un monde qui va de plus en plus vite, comment faire pour retrouver cette agréable sensation d’avoir le temps ? Comment se réapproprier ces secondes, ces minutes et ces heures qui défilent sans discontinuer ? Comment savourer pleinement chaque instant que la vie nous offre ?
La méditation peut être un bon remède. J’ai pu constater avec bonheur les bienfaits de la méditation pleine conscience. Une pratique qui permet de ralentir le rythme, de se sentir vivant en écoutant son corps et les bruits qui nous entourent, en se concentrant sur sa respiration. La méditation peut se pratiquer n’importe où, rien ne nous oblige à partir à l’autre bout du monde pour ressentir cette sensation de bien être et d’apaisement.
Et si de temps en temps on se déconnectait, on s’éloignait de notre smartphone et de ces notifications qui emprisonnent toujours plus chaque jour notre cerveau ? L’extraordinaire article de Tristan Harris nous permet de comprendre à quel point les nouvelles technologies peuvent manipuler notre esprit et prendre le contrôle de chaque seconde de notre vie. À la fois passionnant et terrifiant.
Nous pouvons aussi faire le choix de faire comme Sylvain Tesson, nous couper du monde pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois, isolé en pleine nature. Perdu au milieu des éléments : la terre, l’eau, le vent, le froid, les arbres, le ciel. Une expérience de vie qui je crois change un homme pour toujours…
L’activité physique est un bon moyen de reconnecter notre esprit avec notre corps, de se recentrer sur l’essentiel.
Lorsque je nage ou que je me laisse porter par l’Océan sur ma planche de surf, j’ai la sensation de maîtriser le temps, ou du moins que le temps s’arrête. Tout devient plus lent, comme une communion parfaite avec la nature et son rythme bien à elle. Plus d’écrans, plus d’internet, plus de notifications, plus de sollicitations incessantes. Rien que l’Océan et moi. L’eau, les vagues, le vent, la chaleur du soleil, l’horizon à perte de vue.
C’est dans ces moments là que je me sens vraiment vivant et libre. Quand une vague de deux mètres s’abbat sur moi et que la masse d’eau m’emporte avec elle, mettant à l’épreuve ma respiration et mon corps tout entier, les sensations sont incroyables et le temps paraît parfois très long. C’est pour moi une source infinie de bonheur.
Chacun possède ses propres moments de liberté. Le temps est le même pour tout le monde, à nous de choisir comment nous allons l’occuper…
Mise à nu et moment présent
C’est marrant, je lisais l’autre jour sur le Washington Post que la chanteuse Alicia Keys souhaitait interdire les smartphones pendant ses concerts, pour que les spectateurs puissent de nouveau profiter des moments magiques qui se jouent devant leurs yeux.

Se reconnecter avec les émotions, avec ce qui se passent devant nous, ressentir pour de vrai, vivre, simplement…
Merci Alicia Keys.
Depuis quelques mois, la chanteuse apparaît sans maquillage, au naturel. On le voit notamment dans le clip de son nouveau single In Common, tourné en noir et blanc.
Dans une tribune publiée le 31 mai dernier sur le site Lenny Letter, Alicia Keys s’explique sur les raisons qui l’ont fait adhérer au mouvement #nomakeup.
Un joli pied de nez à notre société de l’image, où seule l’apparence compte, où il faut être beau, sexy et mince pour exister…
Cause I don’t want to cover up anymore. Not my face, not my mind, not my soul, not my thoughts, not my dreams, not my struggles, not my emotional growth. Nothing.
Je ne veux plus me couvrir à nouveau. Ni mon visage, ni mon esprit, ni mon âme, ni mes pensées, ni mes rêves, ni mes combats, ni mon essor émotionnel. Rien.
Voici les mots d’Alicia Keys.
J’avais envie d’évoquer cette histoire, car finalement cela rejoint un peu l’aventure de Sylvain Tesson qui est racontée dans le film.
Supprimer les artifices (dans le cas de l’artiste américaine, les smartphones et le maquillage) et tout ce qui caractérise notre société d’aujourd’hui pour se reconnecter à la réalité et vivre le moment présent. Être soi-même, vivre pour soi et non pour les autres.
Nous devrions tous nous accorder des moments de déconnexion, des moments où l’on reviendrait à des choses simples, plus humaines, plus naturelles. Je crois que c’est nécessaire pour notre équilibre. Arrêtons un peu de parler de productivité (je suis presque allergique à ce mot), de routines matinales et de planifications des tâches, laissons un peu plus de place à l’imprévu et au plaisir des choses simples.
Ne devenons pas des machines à produire ou des super-calculateurs, soyons un peu humain pour une fois. Réapprenons à lâcher l’accélérateur de temps en temps.
Comme le souligne Tristan Harris à la fin de son article, nous pouvons bien sûr tirer de belle choses des nouvelles technologies. Elles ne sont pas nécessairement le mal. Mais il est important d’avoir un certain recul envers elles et de prendre conscience de l’emprise qu’elles peuvent avoir sur nous.
Rien que le fait d’en avoir conscience, c’est déjà être libre, et humain.