La personne que je serai fier d’être devenue

Suite aux nombreuses réactions à ce post que j’avais initialement publié en privé sur Facebook, j’ai décidé de rendre ici mon message accessible à tous… Bonne lecture !

Il y a exactement neuf mois, je prenais la décision de mettre fin à mon tour du monde pour rejoindre une des startups les plus prometteuses de la scène française et faire partie d’une équipe menée par des fondateurs aguerris rassemblés sur un même projet qui lève 10 millions d’euros; on a vu pire pour un premier CDI.

Il y a quelques jours, j’ai décidé de quitter cette entreprise. Je n’ai pas été le premier. Je ne serai pas le dernier. Et cela n’empêchera pas le projet de connaître le succès qui l’attend. Si je suis parti, c’est parce que j’aspire à plus de choses qu’un succès économique en rejoignant une entreprise. Plus de choses qu’une jolie ligne sur mon profil LinkedIn. Plus de choses qu’un beau CDI qui fait plaisir à mon banquier et rassure mes parents tous les mois.

En rejoignant une entreprise, j’aspire à une aventure collective, où chacun vient bosser avec l’excitation de retrouver une bande de types admirables qui se font confiance et s’estiment mutuellement, qui s’inspirent et se stimulent quotidiennement dans leur travail. Je parle d’un groupe qui partage les mêmes valeurs et qui se transcendera pour mener à bien son projet à travers lequel celles-là s’expriment.

J’ai 24 ans et mon emploi occupera la plus grande partie des mes journées dans les 50 années à venir. Ne me parlez pas de travail, parlez-moi d’engagement. Je ne passerai pas ce prochain demi-siècle dans un bureau en ayant laissé mes principes, ma manière d’être et ma liberté au placard. Des entreprises qui fonctionnent comme cela, dans une inertie qui rend toute évolution culturelle extrêmement longue et fastidieuse, il y en a malheureusement encore beaucoup. Des passionnés s’attellent à les transformer de l’intérieur (je pense notamment à des initiatives comme Stagiaires Sans Frontières, ainsi que la face corporate de Ticket For Change ou de MakeSense) mais, croyez-moi, il faudra être patient.

En ce qui me concerne, je ne compte pas attendre la moitié de ma carrière pour que mon emploi s’aligne avec la personne que je suis. Bien sûr, c’est un luxe incroyable : je suis Français, je sors d’une grande école et en cas de pépin la pire chose qu’il pourrait m’arriver serait de retourner vivre chez mes parents tout en bénéficiant d’aides sociales. Mais comment, dans ces conditions, ne pas avoir cette exigence de réalisation personnelle dans mon travail quotidien ? Le vrai risque serait de ne pas essayer.

Si je partage ces réflexions c’est parce que je vois bon nombre de gens autour de moi se poser ces questions. Combien de compromis faut-il être prêt à accepter dans son job ? “Cette entreprise là c’est clairement pas ma passion mais c’est top pour le CV et il parait que c’est formateur…” “Mes collègues sont des monstres mais je suis payé une blinde… Encore un ou deux ans.” Le CV, les compétences techniques, le salaire, la reconnaissance sociale… Oui, c’est important. Mais ce n’est pas le plus important. Ce sont des indicateurs et des outils mais ils sont loin d’être suffisants pour nous dire si l’on est sur la bonne voie et extrêmement limités pour nous aider à y parvenir. À trop faire de compromis on s’oublie, à trop repousser la prise de risque on s’enferme, dans un confort qui paralyse. Alors bien sûr c’est le message d’un idéaliste, et certains parleront même de naïveté, mais je ne mourrai pas sans avoir tenté le coup.

Comme nous l’avait dit Jean-Paul Delevoye lors du tour Ticket for Change : “il n’y a pas de solution, il y a des dynamiques à mettre en place.” Cette dynamique dont il parle elle commence dès aujourd’hui pour nous, un petit groupe d’anciens collègues, par un séjour de 3 semaines à Essaouira, dans un riad que nous avons loué pour refaire le monde entre sessions de code et cours de surf en compagnie de quelques autres jeunes “digital nomads” qui n’envisagent pas une seconde de renoncer à leur liberté par souci de confort et de stabilité.

Tout le monde ne doit pas monter une entreprise sociale ou partir à Bali développer sa startup en remote, mais il s’agit de la responsabilité de chacun de se poser la question : est-ce que l’énergie que je dépense chaque jour me rapproche de la personne que je serai fier d’être devenue ?

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