La Vie Moderne d’une Princesse Déchue



Notre vie n’est faite que de croyances que nous nous sommes créées; notre idéal, modelé par notre imaginaire, la société et notre éducation nous pousse à tendre et à nous battre pour atteindre quelque chose de fictif, de complètement décalé de la réalité ambiante. Bien sûr, je le savais déjà, mais entre le savoir et le vivre, si petite la nuance soit-elle, il existe parfois un gros gap.

On en fait d’ailleurs l’expérience toute notre vie; entre image et réalité, nous tombons toujours des nues. Comme on a pu croire enfant, que les adultes étaient forcément des êtres d’une grandeur, d’une maturité et d’une sagesse sans pareils, comme on a pu croire ados, que notre petit(e) ami(e) était notre moitié, unique, parfait(e) comme on l’entend et qu’on finirait notre vie avec (bon pour cette dernière Ça peut arriver ;) ), qu’on ne trouverait jamais «mieux», ou encore plus tard, croire que le monde de l’entreprise était l’oasis tant attendu après ces longues années d’études interminables, qu’on travaillerait bien évidement jusqu’au terme de sa grossesse, qu’elle se passerait sans hurt aucun, qu’on se mariait forcément avant d’avoir des enfants, et j’en passe sûrement des milliards de milliers…

Et pourtant, à chaque fois, on se bat et se débat pour arriver à ce moi imaginaire qu’on voudrait être, devenir, en puisant des forces inouïes de je n’sais où pour y arriver, encore et encore. Une course perpétuelle contre le monde et soi même. Interminable enfer.

«Je lui en veux» me revoyais-je dire à mon psy. «Au début parce qu’il ne me comprenait pas. Maintenant parce qu’il est sencé m’offrir un cadeau d’anniversaire pour me faire plaisir et qu’en réalité il ne prend pas en compte mes choix trop exigeants et «fermés», par cause de budget et, surtout parce qu’il est sencé m’avoir offert la bague de fiançailles il y a un mois déjà, que je sais qu’il ne l’a pas fait par manque d’argent, que je dépense pour le lui faire faire payer, même si au final je sais que Cela retardera encore plus l’échéance… et tout ça parce que j’ai l’impression qu’il ne fait rien vraiment pour moi, puisqu’à chaque vacances prévues, c’était et ça reste pour un événement qui le concerne, soit dit en passant le prochain : le mariage d’un de ses meilleurs potes. Pourquoi dépense-t-il de l’argent qu’il n’a pas pour le mariage de son ami alors qu’il n’est même pas capable de le dépenser pour le notre ? Pourquoi est-ce que je passerais en 2ème plan alors que la bague coûterait trois fois moins cher que le budget voyage+EVG+costume+cadeau destinés au mariage de ce pote? Pourquoi anéantir le rêve de toute ma vie?»

C’n’etait tout d’même pas un raisonnement totalement idiot mais je voyais bien les limites d’un pareil comportement de ma part. Puisqu’à côté je m’en voulais moi-même de le lui faire subir : je gardais mes distances à cause de ressentiments vis à vis de lui. Qu’en plus, m’a peur de l’abandon me faisait angoisser sur le fait qu’il allait finir par être séduit par une autre fille, plus gentille, attentionnée, rigolote et légère avec lui. Bref, en gros je m’enfonçais et tout ça pour rien, puisqu’il ne soupçonnait même pas une once du problème.

J’ai toujours rêvé d’une vie de princesse. Comme dans les contes de fée. Mon enfance a d’ailleurs été bercée par les cassettes VHS Disney. Cendrillon, Blanche-Neige, La Belle aux Bois Dormants et Marie des Aristochats en héroïnes. Je chantais même «Ce Rêve Bleu» à travers les enceintes de la TV, accompagnant Aladin de sa belle voix, en espérant qu’il m’entende. Depuis, je n’ai cessé d’avoir comme but dans la vie d’avoir une famille, un cocon; avec comme étape obligatoire de construire ce nid douillet de brindilles d’or.

Il me fallait les plus belles robes, mon prince charmant galant et gentleman, une jolie situation sociale, être romantique et raffinée, etc. Ce n’était peut-être pas pour rien que j’aimais Chopin, Tchaykovski et Hayden, compositeurs de l’époque romantique, ou encore Audrey Hepburn, grande actrice jouant dans des films romantiques d’antan, que je jouais du piano, que j’étais parfois fleur bleue et émotive, que mes marques préférées de lingeries étaient Princesse Tam Tam et Aubade et que mon futur mariage se déroulerait obligatoirement dans un chateau, moi, habillée d’une robe longue, blanche, à bustier et en tuile ressemblant étrangement à celle de Cendrillon (sans les manches bouffantes car je suis tout de même, en nana qui se respecte, complexée par mes bras). Bon, peut-être poussais-je là l’analyse trop loin et que ce n’était simplement que le reflet de ma personnalité mais tout va tout de même ensemble.

Quoiqu’il en soit il fallait en finir avec ce cercle infernal, cette équation à plusieurs inconnues s’entremêlant dans une bouillasse gluante et puante qui m’enlisait de mal en pis. Ca ne faisait que m’épuiser d’avantage, puisant dans mon énergie vitale sans aucun avantage (puisque mon homme n’en avait pas même l’ombre d’un doute, ici au sens à proprement parlé du terme).

Puis il fallait bien qu’un jour je me résigne à accepter que la vie n’est qu’en effet qu’un dépouillement perpétuel. On croit devoir construire son nid et accumuler, alors que plus on avance, plus on se dépouille, jusqu’à certainement finir nu comme un vers. Avec comme sensation imagée d’une papate râpée et épluchée par un économe. Certains parleraient de pelure d’oignon; plus on enlève les couches et plus on pleur. Et alors ? Me direz-vous. Alors sûrement qu’on se rend compte, qu'au final, les vetements étaient superflus.