Le désastre au Népal après le séisme

Les relations entre la communauté internationale et le gouvernement Népalais ont rarement été plus mauvaises qu’à l’heure actuelle

Article de Thomas Bell pour Al Jazeera originalement publié le 13 mai 2015 traduit de l’anglais (avec autorisation) par Parimal Satyal avec l’aide d’Emmanuelle Emmel. (Photo de U.S. Marine Corps par MCIPAC Combat Camera Staff Sgt. Jeffrey D. Anderson/Released)


La succession de séismes qui continuent à secouer le Népal a créé une crise humanitaire d’une ampleur comparable à celle générée par la guerre civile ayant duré 10 ans. Celle-ci ici compressée en l’espace de moins de trois semaines.

Le premier séisme du 25 avril a tué plus de 8000 personnes, blessé plus de 18 000 et détruit des centaines de milliers d’habitations. Environ un million de personnes se sont retrouvées sans-abris. En raison de l’isolement dans lequel se trouve le pays et des carences dans l’intervention humanitaire, ces chiffres étaient incomplets ou de simples estimations quand un deuxième séisme majeur a renversé des bâtiments déjà endommagés et déclenché de nombreux glissements de terrain, entravant davantage les opérations de secours et étendant vraisemblablement la zone dévastée plus à l’Est. Des morts et des blessés on été immédiatement signalés. Cependant, du temps sera nécessaire pour connaître toute l’étendue des dommages.

Une situation presque intolérable existe aujourd’hui pour des millions de personnes au Népal. Il y a même eu des cas de suicide dans le sillage de la crise.

Arrogance internationale et fierté nationale

De tels ravages dans une région si inaccessible poserait des problèmes à n’importe quel gouvernement et limiterait la capacité de réaction aux catastrophes de la communauté internationale. Malheureusement, la réponse a été et continue à être désordonnée et très mal gérée. Ceci faisant peser le risque d’ajouter un désastre d’origine humaine à une catastrophe naturelle.

Les relations entre le gouvernement népalais, y compris sa puissante armée, et la communauté internationale étaient marquées par une suspicion réciproque avant le séisme. Les donateurs étrangers, qui envoient environ un milliard de dollars au Népal chaque année, sont devenus de plus en plus méfiants envers la corruption du gouvernement et la capacité de ce dernier à fournir des services publics. Pour autant, plusieurs d’entre eux augmentaient toujours leurs contributions.

Le gouvernement s’est senti ébranlé par l’accent que mettaient souvent les donateurs sur l’intégration des groupes sociaux marginalisés et leur soutien aux poursuites judiciaires lancées contre les auteurs présumés de violations des droits de l’homme. Ceci a renforcé un chauvinisme défensif essentiellement nationaliste dans certains milieux.

Quand le premier séisme a frappé, tant l’attitude du gouvernement que celle de la communauté internationale se sont révélées inadéquates.

Des années d’efforts communs et de préparation pour un événement auquel tout le monde s’attendait se sont effondrées aussi rapidement et intégralement que les bâtiments les plus faibles. Le résultat en fut une opération de secours lente et insuffisante qui, plus de deux semaines après la catastrophe, n’arrive toujours pas à venir en aide à une bonne partie des personnes touchées.

En cause : le manque en capacité de transport, surtout d’hélicoptères, et des goulots d’étranglement à l’aéroport ; mais aussi la confusion bureaucratique résultant des accusations mutuelles— en public et en privé— sur la responsabilité de la catastrophe et le contrôle des ressources. Tout cela a causé des retards considérables.

Aussi, leurs relations ont rarement étés plus mauvaises qu’aujourd’hui, alors même que la coopération n’a jamais été aussi urgente et essentielle.

Travailler ensemble maintenant, résoudre les problèmes après

Trois hélicoptères de transport lourd britanniques Chinook attendaient depuis des jours à Delhi l’autorisation pour s’envoler vers le Népal, celle-ci tardant à être accordée. Puis, la veille du deuxième séisme, l’armée népalaise a tenu une conférence de presse rejetant toute aide supplémentaire. “Nous n’en avons pas besoin maintenant,” a déclaré le porte-parole de l’armée. La venue d’un nouveau contingent américain annoncée par l’Ambassadeur des Etats-Unis ne serait ainsi pas autorisée non plus.

Le gouvernement a affirmé que les opérations de secours était presque terminées et que tous les survivants disposeraient d’un abri avant l’arrivée imminente de la mousson. Cependant, selon les chiffres fournis par le Ministère de l’intérieur, seulement 122 000 bâches, 2 000 tentes ont été distribuées, avec 2 millions kilos de riz. Selon des estimations conservatrices, un demi-million de personnes doivent être nourries et si l’aide humanitaire a été distribuée équitablement, ils n’ont alors reçu que 4 kilos par personne.

Tout cela avant cependant que le désastre soit aggravé et les dommages étendus par le deuxième séisme.

La situation est choquante, mais elle l’est moins pour les observateurs attentifs du Népal. La sur-réaction de la communauté internationale aux faiblesses bien connues du gouvernement népalais n’aide personne. Les internationaux doivent reconnaître que leur propre bilan est lui aussi peu impressionnant et qu’il n’y a pas d’autre choix que de travailler main dans la main avec le gouvernement légitime et démocratiquement élu du Népal. Toute tentative de le contourner aurait des conséquences désastreuses, et qui plus est impossible.

Le gouvernement est sans doute confronté à divers défis politiques et administratifs y compris ceux découlant du fait d’avoir de nombreuses forces militaires opérant à l’intérieur de ses frontières dans une zone géopolitiquement sensible entre l’Inde et la Chine.

Il a aussi une obligation, selon des directives internationales telles que le Projet Sphère et les principes directeurs de l’ONU relatifs aux personnes déplacées, d’accepter l’aide humanitaire dont il a besoin de toute urgence pendant une crise.

Des secours à la reconstruction

Il est normal lors des opérations de secours d’avoir de nombreuses agences nationales et internationales sur le terrain pour livrer des biens de première nécessité. Ceci constitue une menace moins importante pour le gouvernement que le risque que la population ne reçoive pas l’aide dont elle a besoin.

Mais après les secours vient la reconstruction. Des centaines de milliers d’habitations, ainsi que des infrastructures publiques, doivent être reconstruites. Il est alors normal que le gouvernement insiste pour que ces efforts soit placés sous son égide. Il appartient également à la communauté internationale de s’assurer de la mise en place de mécanismes permettant de rendre compte de l’utilisation des fonds. Trop souvent, cette transparence n’existe pas au Népal pour les fonds des donateurs.

Le temps de la reconstruction devra être celui d’une réflexion sur la meilleure gestion des programmes de long-terme et des relations entre acteurs. A ce jour, alors que l’arrivée de la mousson devient imminente, il est crucial d’accepter autant de secours humanitaires que possible.

Thomas Bell fait des reportages sur le Népal depuis plus d’une décennie. Son nouveau livre d’histoire et de reportages s’appelle “Kathmandu”. Les opinions exprimées dans cet article sont uniquement celles de l’auteur et ne représentent pas nécessairement la politique éditoriale officielle de Al Jazeera.

Source: Al Jazeera
Photo: U.S. Marine Corps photo by MCIPAC Combat Camera Staff Sgt. Jeffrey D. Anderson/Released

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