Le formateur et l’apprenant adulte

On programme un cursus de formation… mais jamais ceux qui le suivent ! Il existe toutefois quelques pistes pour tenter de rendre une formation idoine.

1. Avoir en tête les caractéristiques d’un apprenant adulte, pointées par Malcom Knowles

L’adulte arrive chargé d’un bagage d’expériences, une biographie, des responsabilités, des contraintes et des besoins … qui impactent son rapport à la formation.

L’adulte est par définition autonome et responsable. Il est communément considéré comme un acteur, qui revendique l’autonomie.

Il est fort d’un parcours antérieur qui guide ses réactions. Sa construction identitaire, ses représentations se sont nourris de plusieurs matrices de socialisation, de ses échecs, de ses épreuves, de ses succès. Bref, son expérience laisse des traces et il anticipe toujours à partir de ce qu’il a déjà vécu.

Il occupe déjà des rôles sociaux. La vie d’adulte s’articule autour de 4 sphères -professionnelle / familiale / personnelle / sociale - soit 4 projets, qui interfèrent entre eux. Il doit parvenir à jouer de toutes ses sphères pour donner sens à sa vie.

Il veut des réponses à ses problèmes. Vu ses rôles, ses projets, ses contraintes, l’adulte est par nature confronté à la compétition, à l’obsolescence ou à l’insuffisance de ses compétences, à des problèmes à résoudre, à des obstacles à surmonter, à court, moyen et long.

Le temps ? Sa peau de chagrin. Conscient du temps déjà vécu, de celui qui lui reste, de celui qu’il lui faut pour se partager entre ses 4 sphères, l’apprenant adulte considère le temps comme une ressource à allouer, qui vient à manquer si elle est mal gérée.

Il a un besoin de stabilité : l’adulte fonctionne avec un stock d’habitudes, de repères, de connaissances qu’il cherche à préserver, car ce capital permet la routinisation, l’efficacité, l’économie de soi et des interactions prévisibles. Son expérience lui procure de la stabilité, mais engendre aussi un risque de viscosité cognitive.

2. Concevoir et piloter le dispositif de formation à partir de ces invariants

Pour être congruent avec les spécificités des apprenants adultes, un dispositif de formation, dans l’idéal, se dote de plusieurs règles.

Une organisation claire, structurée : l’adulte adhérera plus facilement s’il perçoit de suite la progression et l’intérêt des apprentissages prévus, le temps et l’énergie à leur consacrer, les sacrifices à concevoir par ailleurs, les échéances des travaux. 
Bref, il apprécie les formations découpées en modules et une planification temporelle fiable.

L’approche par compétences : insister sur les compétences visées confère à la formation une dimension de productivité, d’efficience, utile et convoitée pour le développement personnel et professionnel. La plus-value visée, objectivée, justifie l’énergie et le temps que la formation réquisitionne. Elle permet à l’apprenant d’identifier les pré-requis, les acquis, et la marge de progression pour atteindre la professionnalité attendue.

L’expérience, capital et source de développement : la formation gagne à explorer et exploiter la richesse des expériences en présence. Les formés sont ainsi actifs, valorisés, car associés au savoir qui se construit par la réflexion sur les pratiques et les « savoirs d’expérience » mis en partage par les participants.

L’analyse de l’activité, instrument d’apprentissage : ces temps de réflexion encouragent un regard réflexif et font apparaitre les logiques d’action, les affects et permettent de confronter les différences de pratiques. Ces éléments nouveaux peuvent amener l’adulte, même à la marge, à reconsidérer son système de références, ses représentations, son rapport au savoir, au monde, ses rôles.

Une ingénierie dédiée aux apprentissages : le formateur gagne à utiliser des outils à dimension sociale et des techniques d’animation qui rendent acteur (dossiers, cas, jeux de rôles, abaque de Régnier, travail coopératif, forums, wiki, peer to peer, didacticiels, simulateurs, Internet).

L’erreur, moteur de développement : la notion d’erreur doit être mise en valeur en formation, présentée comme un matériau à partir duquel on travaille, on transforme, on évolue. L’estime de soi de l’adulte est ainsi préservée ; le statut d’ “élève-évalué- sanctionné” est évité.

Des outils, réponses, méthodes, clés en mains. Le temps de formation doit permettre la conceptualisation de l’action, mais aussi permettre d’acquérir des outils et méthodes transférables dans son activité professionnelle.

Des temps d’évaluation :

  • ex-ante : pour vérifier les pré-requis, pour ajuster le programme
  • permanente : pour vérifier si les objectifs d’apprentissage sont atteints
  • terminale : au terme de la formation par les participants
  • ex-post : pour connaitre la plus-value permise par la formation en contexte de travail

Une relation pédagogique éthique : le formateur vise la relation d’accompagnement. Il sensibilise au rôle attendu ; il fait expérimenter des situations de référence ; il suscite l’identification à des personnes ou comportements modèles, pour que l’apprenant adulte découvre, évalue, s’oriente, évolue, agisse, déconstruise des croyances parfois incorrectes ou limitantes.

Le formateur veille à la sérénité : conscient du temps qui fait défaut aux publics d’apprenants adultes, le formateur respecte les horaires, ne surcharge pas les séances et prévoit des échéances raisonnables pour les productions réclamées aux participants. Il négocie les changements. Il prend en compte le temps de latence et la multiplicité des exercices nécessaires aux apprentissages. Il accompagne la déstabilisation des repères et des schèmes provoquée par le conflit socio-cognitif, les situations-problèmes, les apports nouveaux.
Il place son propos dans la perspective des attentes du métier pour aborder les objectifs, les évaluations, les non-négociables.

En résumé

S’engager dans un cursus de formation est un “coûteux” pas de côté. Pour maintenir l’adhésion des participants, le formateur doit convaincre que les efforts seront payants et surtout façonner le dispositif à partir des caractéristiques des apprenants adultes. Les notions d’activité, d’expérience, de compétences forment un tryptique gagnant pour y parvenir. Collaboration, ouverture, liberté de choix, logique de contrat… permettent de rendre les participants co-responsables de leurs apprentissages, car « on apprend toujours seul, mais jamais sans les autres », nous dit Philippe Carré. Et le formateur est l’un de ces autres.