Le français, utilisé par 274 millions de personnes sur les 5 continents

Le français n’appartient pas aux français. La langue de Molière est aussi langue officielle dans 32 états sur la planète.
D’abord “fruit des vagabondages de la France”*, l’usage du français a cours sur les 5 continents. Quelques 274 millions de personnes utilisent la langue française, qui remplit des fonctions diverses selon les endroits du globe (langue maternelle, officielle, courante ou administrative) . Cette communauté mondiale d’hommes et de femmes qui ont le français en partage s’appelle la francophonie (notez le “f” ; le “F” sert pour désigner l’institution Organisation Internationale de la Francophonie ou OIF)
Le français est une langue partagée par 80 états et gouvernements.

A travers le monde, on parle le français par héritage (les anciennes colonies), par adhésion (tel le Brésil, attiré par les valeurs de la Francophonie), ou par reprise de contacts (tel le Vietnam, qui compte 654 000 francophones).
C’est un développement mondial mais très inégal. Il passe par l’Afrique, l’Asie, l’Europe centrale et orientale. Il est soutenu par des communautés d’intellectuels, de scientifiques (qui l’ont voulu dès ses débuts). Par le business et la géopolitique également.
On distingue 2 profils de francophones : ceux qui s’en servent au quotidien et les autres, qui l’utilisent en langue seconde.
- En France, au Québec, dans la fédération Wallonie-Bruxelle, en Suisse romande, à Monaco, on est francophone de naissance. Le français est la langue du quotidien.
- Près de 55 % des locuteurs sont en Afrique ! (+15% en Afrique subsaharienne depuis 2010). Le continent africain est un vivier prometteur, vu sa vitalité démographique. Mais, sur ce continent, il a des assises différentes selon les pays :
a) Il est la langue officielle du Bénin, du Burkina Faso, du Congo, de la Côte d’Ivoire, du Gabon, de la Guinée, du Mali, du Niger, de la République démocratique du Congo, du Sénégal, du Togo. Mais être langue officielle ne garantit pas d’être parlée par tous les habitants…
b) Ailleurs, il cohabite avec une ou plusieurs autres langues officielles : au Burundi, au Cameroun, en Centrafrique, à Haïti, au Rwanda, aux Comores, à Djibouti, en Guinée Equatoriale, à Madagascar, au Tchad.
c) Le français est une langue étrangère en Algérie et au Maroc. Pourtant, 1/3 de la population comprend et/ou l’utilise. Il sert d’ailleurs de langue d’enseignement dans l’enseignement supérieur pour les matières scientifiques notamment.
Ainsi, le français revêt des statuts différents selon les pays.
- ténue en Asie et au Moyen-Orient,
- timide en Amérique et dans les Caraïbes,
- importante en Afrique,
sa présence suppose le multilinguisme, ou l’art d’être une langue parlée parmi les autres langues autochtones.
Le français, atout et outil

Une institution entretient ce désir de langue française : c’est l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). Ses programmes d’intervention et de coopération (envers les pays les plus pauvres du “club”, surtout en Afrique) font vivre et prospérer le français dans les secteurs de l’enseignement, de la formation professionnelle, de l’information (avec sa chaine TV5 Monde), de la culture, de l’économie, du développement durable.
Complicité, sentiment d’appartenance : parler le français est perçu comme un atout, une chance par ceux qui l’utilisent comme langue de communication. Il cimente les ambitions individuelles et collectives.
Il aiguise aussi les appétits. La francophonie, ce serait quelques 800 millions de locuteurs d’ici 2050 ! Une mine d’or potentielle, qui écrit, pense, rêve, s’informe et achète en français. Culture, business, géopolitique… le français est donc un outil de développement. L’information et la publicité en français sont des enjeux majeurs : les médias TV5 monde et France 24 ont d’ores et déjà des concurrents installés et à venir (Africable, Africanews, CC TV-F, Russia Today, Al-Jazeera…).
Selon les pays et les individus, le français est langue d’unification du pays, de communication, de mobilité sociale, d’émigration, de résistance, d’identité. Parlé dans la rue, il se fait « hybride », singulier à chaque pays, teinté des expressions et univers locaux.
Mais la flamme doit être entretenue. Différent d’un pays à l’autre, le sentiment d’appartenance à la francophonie ne va pas de soi. Il périclite même par endroit et appelle une politique fédératrice pour sauvegarder ce projet d’union linguistique.
Être populaire ou déchoir…

Pour perdurer, le français doit rester attrayant, être familier pour le plus grand nombre, dans le quotidien de l’école, de la rue, des médias, de la culture. Sans nuire aux autres langues locales…
Les pistes sont diverses, pour préserver et renforcer le statut de langue de communication, dans les 32 pays qui constituent le “noyau dur” de la francophonie.
L’enseignement est un levier incontournable. On escompte 800 millions de locuteurs à l’horizon 2050, dont 85% habiteraient l’Afrique. Or, le système éducatif pour former en français est déjà défaillant, faute de moyens adaptés. Seuls les enfants des élites, scolarisés dans le privé, maitrisent le français. Synonyme d’élitisme, le réseau éducatif français doit au contraire devenir force d’appui aux systèmes éducatifs locaux en souffrance. Il doit renforcer sa présence dans les filières bilingues. Cette stratégie, plus payante et moins coûteuse, rendrait la langue populaire, donc pérenne.
Déscolarisations précoces, écoles coraniques, préférence pour l’anglais …, le français doit être promu, ré-ancré par une Francophonie qui permet de scolariser plus et mieux.
Des projets sont menés, en Afrique notamment. Mais, dans les pays plurilingues, ces programmes interventionnistes doivent permettre d’améliorer en français les scolarisations, sans pénaliser les langues nationales. Il est crucial aussi de singulariser les manuels scolaires aux contextes locaux, d’en encourager l’édition par des éditeurs locaux, de promouvoir de nouveaux supports éducatifs multimédias.
In fine
Le français vit sa vie, loin de l’hexagone. Les démographes lui prédisent des jours prospères, en Afrique essentiellement. Une prédiction tangible à condition de résoudre une équation complexe : faire avec et contre les héritages politiques et culturels locaux.